Liban : démission de journalistes d’un quotidien proche du Hezbollah
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Liban : démission de journalistes d’un quotidien proche du Hezbollah

Les journalistes ont annoncé l'un après l'autre sur les réseaux sociaux leur démission du journal pour des raisons "liées à la couverture de la contestation"

Un homme brandit un drapeau du Liban durant une manifestation sur l'autoroute qui relie Beyrouth à Tripoli, pendant des manifestations contre l'augmentation des impôts et la corruption au sein du gouvernement, le 26 octobre 2019. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)
Un homme brandit un drapeau du Liban durant une manifestation sur l'autoroute qui relie Beyrouth à Tripoli, pendant des manifestations contre l'augmentation des impôts et la corruption au sein du gouvernement, le 26 octobre 2019. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)

Quatre journalistes du quotidien libanais Al-Akhbar ont démissionné en réaction à une volte-face de ce journal proche du Hezbollah, passé de l’enthousiasme à la retenue face à la contestation populaire sans précédent qui agite le Liban depuis le 17 octobre.

Depuis la semaine dernière, les journalistes ont annoncé l’un après l’autre sur les réseaux sociaux leur démission du journal pour des raisons « liées à la couverture de la contestation ».

La dernière démission a été annoncée mardi.

L’un des quatre journalistes, Mohammed Zbib, responsable de la page économique du quotidien, a annoncé lundi sa « démission la semaine dernière pour protester contre l’attitude de la direction du journal envers le soulèvement » populaire.

Depuis bientôt trois semaines, les manifestations se multiplient ainsi que les actes de désobéissance civile pour réclamer le renouvellement d’une classe politique accusée de corruption et d’incompétence sur fond de crise économique qui s’aggrave.

Un soutien du président libanais Michel Aoun brandit sa photo lors d’une contre manifestation à proximité du palais présidentiel, le 3 novembre 2019. (Photo par ANWAR AMRO / AFP)

Al-Akhbar est l’un des journaux les plus lus et les plus respectés du Liban, même par ceux qui ne partagent pas ses prises de positions politiques.

Au fil des années, le quotidien n’a eu de cesse de produire des articles sur les difficultés économiques des moins privilégiés, l’un des facteurs clés des manifestations actuelles.

Lors du déclenchement le 17 octobre des manifestations, dont l’étincelle a été l’annonce d’une taxe sur les appels passés sur la messagerie WhatsApp, le journal s’est d’abord rangé derrière le mouvement.

Il avait titré notamment « Le peuple peut », estimant que la contestation était la conséquence d' »une grave situation économique et sociale ».

Mais les griefs économiques des manifestants se sont vite mués en une demande de remplacement immédiat d’une classe politique quasiment inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).

Des partisans du groupe terroriste du Hezbollah se déplacent en convoi pour soutenir le discours de son dirigeant Hassan Nasrallah, dans la zone de la Porte de Fatima à Kfar Kila sur la frontière libanaise avec Israël, le 25 octobre 2019. (Ali Dia/AFP)

Depuis, l’ensemble de la classe dirigeante est conspuée dans la rue. Fait inédit, le leader du puissant groupe terroriste du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a lui aussi été la cible de critiques jusque dans des régions d’ordinaire acquises à la cause du groupe terroriste chiite.

En réponse, M. Nasrallah a mis en garde les manifestants contre le chaos et une manipulation extérieure de la contestation, lors de discours télévisés dans lesquels il s’était notamment prononcé contre une démission du gouvernement.

L’enthousiasme initial d‘Al-Akhbar pour le mouvement a alors laissé place à la réserve, mettant en garde contre « le risque de chaos » et « la division du Liban ».

Le Premier ministre Saad Hariri, rival du Hezbollah au sein de la coalition au pouvoir, a cédé à la pression de la rue en annonçant la démission de son cabinet le 29 octobre.

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