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Liberman assure qu’il ne fera partie d’aucun gouvernement aux côtés de Netanyahu

Alors que la coalition vacille, le ministre des Finances a fustigé le bloc d’opposition de l’ex-Premier ministre, qualifié de "partenaire inacceptable"

Le ministre des Finances Avigdor Liberman s'exprimant lors d'une réunion de faction de son parti Ysrael Beytenu à la Knesset, à Jérusalem, le 23 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre des Finances Avigdor Liberman s'exprimant lors d'une réunion de faction de son parti Ysrael Beytenu à la Knesset, à Jérusalem, le 23 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre des Finances, Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, a déclaré jeudi qu’il ne siégerait en aucun cas avec le chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, dans un futur gouvernement. La coalition au pouvoir, chancelante, lutte pour réunir une majorité autour d’un texte de loi clef, dernière crise en date qui semble la rapprocher de la rupture.

« En ce qui me concerne, il n’y a aucune chance que je fasse partie d’un gouvernement avec Netanyahu, qu’il soit ministre ou Premier ministre », a déclaré Liberman dans une interview accordée à la radio publique Kan.

Liberman a ajouté que les alliés politiques de Netanyahu, les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, comme les députés d’extrême droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, étaient « inenvisageables » comme partenaires potentiels.

Liberman a commencé sa carrière politique sous l’aile de Netanyahu, avant d’en devenir un ennemi acharné et il a refusé de le rejoindre depuis, dans le cadre d’une coalition.

La coalition actuellement au pouvoir est au bord du gouffre depuis que la députée Idit Silman a démissionné début avril, privant le gouvernement de sa majorité. Des informations publiées cette semaine indiquent que la coalition ne dispose pas des voix nécessaires pour voter la prorogation de la loi assurant l’application du droit civil et pénal israélien aux citoyens israéliens vivant en Cisjordanie. Il s’agit du tout dernier test en date d’un gouvernement extrêmement fragilisé.

Un sondage réalisé la semaine dernière a révélé que l’opposition dirigée par Netanyahu gagnait du terrain auprès des électeurs et se rapprochait de la majorité à la Knesset.

Des informations ont également fait état de pourparlers entre le parti Tikva Hadasha du ministre de la Justice Gideon Saar et le Likud de Netanyahu. Saar a assuré mercredi que ces informations étaient « totalement fausses ».

Saar est le fer de lance du projet de loi visant à proroger ce qui avait été conçu comme une mesure d’urgence, étendant le droit pénal israélien et certaines lois civiles clés – telles que l’impôt sur le revenu et l’assurance maladie – aux Israéliens demeurant en Cisjordanie.

Bien qu’Israël n’ait pas annexé la Cisjordanie, la mesure garantit que les résidents d’implantations qui y vivent soient traités comme s’ils vivaient en Israël dans la plupart des cas.

Les Palestiniens n’en bénéficient pas. Promulguée à l’origine dans la foulée de la guerre des Six Jours, en 1967, la loi demeure une « mesure d’urgence » qui doit être prorogée tous les cinq ans. Adoptée pour la dernière fois en 2017, elle expire à la fin du mois de juin.

Saar a indiqué plus tôt cette semaine que l’avenir du gouvernement pourrait dépendre de l’adoption de ce projet de loi, technique mais controversé.

Le parti islamiste Raam, membre de la coalition, semble être le seul opposant au projet de loi au sein du gouvernement. La radio Kan croit savoir que le président de Raam, Mansour Abbas, soutient le projet, mais il n’est pas certain que le reste du parti le suive. Même si c’était le cas, cela n’assurerait que 60 voix à la coalition – pas assez pour adopter le projet de loi si tous les députés de l’opposition venaient à voter contre.

Au sein de l’opposition, le bloc religieux de droite dirigé par le Likud soutient en principe le renouvellement, mais il s’est engagé à s’opposer à tout texte promu par le gouvernement, quel qu’en soit le contenu, afin d’obtenir sa chute.

Le chef du parti Raam, le député Mansour Abbas, s’exprime lors d’une conférence à l’université Reichman à Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Liberman a fait l’éloge d’Abbas lors de l’interview qu’il a donnée jeudi.

« Il dit clairement : ‘Je suis d’ici et je veux faire partie de la société.’ C’est extraordinaire, de mon point de vue », a assuré Liberman à propos du leader du Raam.

Liberman s’en est, par ailleurs, pris à la Liste arabe unie, qui se trouve dans l’opposition sans être alignée sur le bloc de Netanyahu.

« Ils ne veulent pas être Israéliens, ne veulent pas être citoyens d’Israël », a résumé Liberman.

Mercredi, Saar s’en est indirectement pris à Raam au sujet du projet de loi pour la Cisjordanie, déclarant : « Si tous les membres de la coalition ne votent pas en faveur de l’extension des règlements d’urgence, c’est qu’ils ne veulent pas que le gouvernement actuel survive. »

Abbas lui a répondu, jeudi, dans une interview à la radio arabophone Nas.

« Raam s’oppose à toute loi qui perpétue l’occupation. Dans le même temps, nous menons des discussions concernant le vote pour le renouvellement de la réglementation la semaine prochaine », a expliqué Abbas.

« J’aurais pu démanteler la coalition il y a longtemps, et passer pour un héros aux yeux des Palestiniens, mais je suis un dirigeant responsable, soucieux de l’avenir de la communauté arabe et de la société israélienne dans son ensemble », a déclaré Abbas.

Un sondage réalisé par la Douzième chaîne, la semaine dernière, a révélé que le bloc de Netanyahu obtiendrait 59 sièges, si des élections avaient lieu aujourd’hui, à quelques voix de la majorité au sein de la Knesset, qui compte 120 sièges. Si le gouvernement s’effondrait, se profilerait une nouvelle impasse politique avant de parvenir à former une majorité solide à la Knesset, alors même qu’Israël a connu quatre élections éreintantes depuis 2019.

Le sondage a également révélé que la plupart des Israéliens pensaient que le gouvernement actuel s’effondrerait d’ici six mois, et que Netanyahu serait le favori au poste de Premier ministre.

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