Liberman est ouvert au gel des constructions à l’extérieur des blocs d’implantations
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« Les Français peuvent faire ce qu’ils veulent, c’est grotesque. »

Liberman est ouvert au gel des constructions à l’extérieur des blocs d’implantations

Si Washington reconnaît la construction dans les implantations à population juive dense, Israël ne construira pas dans les régions isolées, affirme le ministre de la Défense - Livni abonde dans ce sens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman pendant une cérémonie au ministère, à Tel Aviv, le 3 novembre 2016. (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman pendant une cérémonie au ministère, à Tel Aviv, le 3 novembre 2016. (Crédit : Flash90)

Mercredi, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a appelé le gouvernement israélien a obtenir des accords avec la future administration américaine pour poursuivre la construction dans les blocs d’implantations, même si cela signifie qu’il faille abandonner le droit à l’expansion des implantations dans la périphérie.

Liberman exhorte les responsables à attendre que le président-élu Donald Trump nomme son administration avant de discuter publiquement de leurs attentes au sujet de la future politique américaine.

Parallèlement, il dit être prêt à geler les constructions à l’extérieur des blocs en échange d’une autorisation pour agrandir les implantations d’Efrat, de Maale Adumim et d’autres régions, ce qui fait clairement comprendre qu’elles resteraient sous la souveraineté israélienne dans un éventuel accord de paix.

« Nous avons actuellement une coalition de droite en Israël, et un président républicain, ainsi qu’un congrès républicain. Par conséquent, nous devrions être en mesure de s’accorder sur la question du Moyen-Orient, au sujet des implantations en Judée et en Samarie, ainsi que sur la question iranienne », déclare Liberman, en utilisant le nom biblique de la Cisjordanie dans son premier discours face à des journalistes israéliens depuis que son parti Yisrael Beyteinu a rejoint le gouvernement en mai.

Liberman a cité une lettre de 2004 de George W. Bush, alors président à Ariel Sharon, alors Premier ministre, dans laquelle les États-Unis reconnaissent que les blocs d’implantations resteront sous la souveraineté israélienne dans un éventuel accord de paix.

Dans la lettre, Bush écrit : « c’est surréaliste d’espérer que le statut final des négociations sera un retour complet aux frontières de 1949. »

Le président américain George W.Bush et le Premier ministre Ariel Sharon, à la Maison Blanche en avril 2004. (Crédits : White House/Wikimedia Commons)
Le président américain George W.Bush et le Premier ministre Ariel Sharon, à la Maison Blanche en avril 2004. (Crédits : White House/Wikimedia Commons)

« Si l’administration nous autorise à agir selon la formule Bush-Sharon, nous devrons saisir cette opportunité à deux mains », affirme Liberman, même si cela implique d’accepter un gel des constructions à l’extérieur des blocs. « il est clair que nous ne construirons pas en dehors des blocs », ajoute-t-il.

Liberman a déclaré se sentir très concerné par la question des implantations. En effet, il vit dans la ville de Nokdim en Cisjordanie, juste en dehors du Gush Etzion. Le ministre de la Défense a néanmoins maintenu qu’il était prêt à abandonner la construction à l’extérieur des blocs au profit de 80 % des résidents des implantations qui vivent dans ces régions.

« Politiquement parlant, ça n’est peut-être pas intelligent de dire cela, mais si nous pouvions concentrer la construction sur 80 % des résidents et ne pas construire à Nokdim, ce serait une bonne chose. Bien sûr, je serais content que l’on puisse construire aussi à Nokdim, mais si les options sont ‘nulle part’ ou ‘juste dans les blocs’, le choix me semble évident. »

L’adjointe au ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely a rapidement réagi aux propos de Liberman au sujet de l’administration américaine et des implantations. Elle a indiqué que ces propos lui sont propres « et ne reflètent en rien la position du gouvernement ».

« La nouvelle administration et le gouvernement israélien ouvriront le dialogue comme c’est l’habitude, lorsque Trump rentrera à la Maison Blanche, et toute limitation sur le droit d’Israël à construire nuit aux intérêts du pays pour l’instant », déclare-t-elle.

Parallèlement, Liberman a reçu le soutien inattendu de la député Tzipi Livni (Union sioniste) : « Liberman a raison ».

« Israël doit entériner vis-à-vis des Américains son engagement que j’ai obtenu de Bush, contre le droit de retour [des Palestiniens] et pour la préservation des blocs », écrit l’ancien ministre des Affaires étrangères sur Twitter.

De son côté, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réagi de façon laconique aux propos de Liberman : « j’écouterai les ministres et adopterai une position gouvernementale avec la nouvelle administration américaine ».

Liberman a déclaré qu’Israël a reçu des messages de la part des proches de Trump, demandant à Israël de nuancer le discours d’Israël, qui pare d’une nouvelle ère pour le mouvement des implantations en Israël.

« Israël a été destinataire de messages de la part de l’équipe de transition de Trump disant qu’ils devaient réfréner leur enthousiasme post-électoral et faire montre de plus d’humilité. »

« J’espère qu’ils seront assez intelligents pour arrêter avec cet enthousiasme et cette jubilation », dit le ministre de la Défense, dans ce qui ressemble à une référence aux politiciens de la droite qui ont déclaré que le président élu donnera carte blanche à Israël pour la gestion des Palestiniens, et notamment une expansion des implantions sans limites.

Pour le ministre de la Défense, de tels propos sont « forcément néfastes » pour la position d’Israël.

Liberman a hésité à évoquer en profondeur ses attentes de la future administration de Trump, disant que tout dépendrait des personnes que Trump nommera aux postes-clef, notamment au poste de Secrétaire d’État, conseiller à la sécurité nationale, procureur général et Secrétaire au Trésor.

« Trump n’a pas été élu pour sa position au sujet du Moyen-Orient ou du conflit israélo-palestinien, mais à cause des taxes, du mécontentement de la réforme du système de santé, et d’autres sujets internes. C’est pourquoi, je pense qu’il se focalisera sur ces problématiques. »

Stephen Bannon (Crédit : Twitter)
Stephen Bannon (Crédit : Twitter)

Le ministre de la Défense a également refusé de commenter la nomination très controversée de Stephen Bannon, et a tout juste dit que Bannon ne sera probablement pas chargé des affaires relatives au Moyen-Orient. Bannon a entre autres été accusé d’avoir des visions racistes et d’être du côté des suprématistes blancs, bien qu’il nie ces accusations.

Liberman a également dit qu’il était trop tôt pour déterminer si l’élection de Trump accentuera l’antisémitisme aux États-Unis. « Nous ne pourrons en faire une première estimation à partir d’avril ou mai. »

Il n’y a pas vraiment de raisons de s’inquiéter que l’administration américaine sortante ne soutienne les résolutions anti-Israël au Conseil de Sécurité des Nations unies.

Liberman souligne : « Lorsqu’il s’agit de son héritage, Obama semble davantage intéressé par ses réussites nationales, sa réforme de santé par exemple, et beaucoup moins par la Palestine. Obama a actuellement d’autres choses à faire que de s’inquiéter de la Palestine ». Mais Liberman ajoute : « tout peut arriver ».

Liberman a assuré qu’aucun sommet sur la paix entre palestiniens et israéliens n’aura lieu avant le jour de l’investiture, le 20 janvier, ni à Moscou, ni au Caire. Lorsque le Times of Israel l’a interrogé sur l’initiative française d’accueillir une conférence pour la paix à Paris le mois prochain, Libeman a répondu avec condescendance : « les Français peuvent faire ce qu’ils veulent, c’est grotesque. »

Liberman a indiqué que l’accord sur les 10 milliards de dollars pour l’armement, est loin d’être conclu entre la Russie et l’Iran, mais il a exprimé ses appréhensions.

« Il ne fait aucun doute que cela ne nous fait pas plaisir, mais ils ne nous demandent pas notre avis. Lorsqu’ils négocient de tels accords, nous tentons d’expliquer [pourquoi nous y sommes opposés], mais au bout du compte, chaque pays agit selon ses propres intérêts. La Russie agit selon ses propres intérêts. »

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