Liberman semble abandonner la coalition d’unité et veut s’associer à la gauche
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Liberman semble abandonner la coalition d’unité et veut s’associer à la gauche

Ne croyant plus à un gouvernement Likud-Kakhol lavan, le faiseur de roi électoral et chef d'Yisrael Beytenu n'est pas opposé à servir avec l'alliance Travailliste-Gesher-Meretz

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le président du parti Kakhol lavan, le député Benny Gantz, (à droite) et le président du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman font une déclaration commune aux médias après une réunion pour les négociations de coalition à l'hôtel Kfar Maccabia à Ramat Gan, le 14 novembre 2019. (Avshalom Sassoni/Flash90)
Le président du parti Kakhol lavan, le député Benny Gantz, (à droite) et le président du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman font une déclaration commune aux médias après une réunion pour les négociations de coalition à l'hôtel Kfar Maccabia à Ramat Gan, le 14 novembre 2019. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Le leader d’Yisrael Beytenu, Avidgor Liberman, a déclaré jeudi qu’il n’excluait pas de siéger dans un gouvernement comprenant l’alliance de gauche Travailliste-Gesher-Meretz après les prochaines élections nationales et semble avoir abandonné sa précédente demande de gouvernement d’union entre les partis Likud et Kakhol lavan.

Liberman – dont les opinions en matière de religion et d’État sont conformes à celles du parti Travailliste-Gesher-Meretz, mais dont les vues bellicistes sur la sécurité et les relations avec les Palestiniens sont en contraste flagrant – a rappelé à la radio de l’armée qu’il avait déjà siégé dans un gouvernement avec le chef du Parti travailliste, le député Amir Peretz, et que la dirigeante de Gesher, Orly Levy-Abekasis, avait été membre de son parti Yisrael Beytenu.

« J’ai siégé dans un gouvernement avec Peretz et je n’ai eu aucun problème pour m’entendre avec lui », a souligné le député, faisant référence à la période en 2013 où Peretz était ministre de l’Environnement dans un gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Liberman était alors ministre des Affaires étrangères.

Liberman, dont le parti devrait remporter huit sièges lors des élections du 2 mars selon les sondages, ce qui le placerait probablement à nouveau en position de faiseur de roi, a également déclaré qu’il était prêt à rejoindre une coalition dirigée par le rival de Netanyahu, le chef de l’alliance Kakhol lavan, Benny Gantz.

« Tout dépend de la base de référence », a-t-il précisé en se référant à ses demandes de droits accrus pour la communauté laïque dans un pays où les actes de mariage, de divorce et de conversion sont contrôlés par les partis orthodoxes.

Le député Amir Peretz, (à droite), le député Avi Dichter, (au centre), et le ministre de la Défense de l’époque, Avigdor Liberman, assistent à une réunion de la commission de la Défense et des Affaires étrangères à la Knesset, le 22 octobre 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Une impasse politique a empêché deux élections précédentes de déboucher sur une coalition, ce qui a provoqué l’organisation d’un nouveau scrutin, prévu le 2 mars, le troisième en un an. Après le vote de septembre, Netanyahu a pris la tête d’un bloc de 55 députés de droite et de partis religieux – en deçà des 61 sièges dont il avait besoin pour former un gouvernement majoritaire – face à Gantz à la tête d’un bloc de centre-gauche plus petit. Sur la touche et refusant de rejoindre tout camp se trouvaient Yisrael Beytenu et la Liste arabe unie, une alliance de quatre partis à majorité arabe.

Après les dernières élections de septembre, Yisrael Beytenu comptait suffisamment de sièges pour porter Netanyahu au-delà du minimum de 61 sièges dont il avait besoin, mais Liberman a plutôt insisté sur la formation d’un gouvernement d’unité avec le Likud, Kakhol lavan et son parti Yisrael Beytenu.

Netanyahu et Gantz, qui ont tous deux été chargés de rassembler une coalition gouvernementale, n’ont pas réussi à s’entendre sur un gouvernement d’unité.

Toutefois, M. Liberman a indiqué jeudi qu’il ne portera plus cette exigence après les prochaines élections.

« Il est clair qu’un gouvernement d’union ne sera pas formé. Cela ne s’est pas produit les deux fois précédentes », a-t-il indiqué.

Même avec le soutien de Liberman, Gantz aurait probablement besoin de députés du bloc de droite pour former un gouvernement majoritaire.

Liberman a prédit que le parti nationaliste HaYamin HaHadash, dirigé par le ministre de la Défense Naftali Bennett et la députée Ayelet Shaked, serait le plus susceptible de changer de camp et d’abandonner Netanyahu en faveur de Gantz.

Il a également affirmé que Netanyahu, qui est accusé dans trois affaires de corruption et attend son procès, est impopulaire parmi ses propres députés, affirmant que « plus de la moitié de la faction du Likud rêve de choisir un nouveau président. Ils rêvent du jour où ce cauchemar prendra fin ».

Photo montage, de gauche à droite : le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, le chef du parti Yisrael Beytenu, Avidgor Liberman, et le Premier ministre et chef du Likud, Benjamin Netanyahu. (Crédit : Yonatan Sindel, Noam Revkin Fenton/Flash90)

Netanyahu a rapidement réagi à cette interview, dénonçant sur Twitter que Liberman allait rejoindre un gouvernement avec le Parti travailliste et Meretz – « un gouvernement qui ne peut pas être formé sans le soutien de la Liste arabe unie ».

« Seul le fait de voter pour le Likud empêchera la tenue de quatrièmes élections et la mise en place d’un gouvernement dangereux pour Israël », a écrit le Premier ministre.

Les dirigeants des deux factions ultra-orthodoxes fidèles à Netanyahu ont également critiqué le n°1 d’Yisrael Beytenu pour ses propos.

Aryeh Deri, ministre de l’Intérieur et chef du parti Shas, a écrit sur Twitter que Liberman avait confirmé « qu’il s’était mis d’accord avec Gantz pour mettre en place un gouvernement avec Meretz et la Liste arabe unie. Il s’agit d’une faillite personnelle et idéologique ».

« Après que Liberman a fait tomber par deux fois un gouvernement de droite, il prévoit de former un gouvernement de gauche anti-juif et anti-religieux », a ainsi accusé Aryeh Deri.

Le dirigeant du parti Yahadout HaTorah, Yaakov Litzman, a assuré à la radio de l’armée que le bloc de droite ne s’effondrerait pas et a averti que « si une quatrième élection devait avoir lieu, ce serait uniquement à cause de Liberman ».

Le ministre de la Défense Naftali Bennett assiste au lancement de la campagne de l’alliance politique de droite Yamina, le 12 février 2020. (Tomer Neuberg/FLASH90)

Sur Twitter, Naftali Bennett a également réagi en écrivant : « Liberman, tout comme Lapid et Gantz, veulent faire stopper le sionisme religieux, l’idéologie de droite et Yamina », une référence au n°2 de Kakhol lavan, le député Yair Lapid.

Mercredi, le chef de Yamina a juré de ne pas siéger dans un gouvernement avec Gantz, réitérant sa loyauté envers Netanyahu.

« Il est évident que nous allons entrer dans un gouvernement de droite dirigé par Netanyahu », a-t-il assuré à ses partisans lors d’un événement de la campagne Yamina à Kfar Maccabiah. Bennett a dénoncé ce qu’il a décrit comme « des mensonges et des rumeurs » selon lesquelles il formerait une alliance politique avec le rival de Netanyahu.

« En aucun cas nous n’entrerons dans un gouvernement antireligieux et de gauche de Gantz et [Yair] Lapid, qui veulent nuire à tout ce en quoi nous croyons », a-t-il soutenu.

Le chef du Likud n’a pas réussi à former de gouvernement à la suite des élections d’avril, après le refus de Liberman d’intégrer celui-ci en raison de désaccords avec les partis ultra-orthodoxes sur une loi de conscription militaire. Après le vote de septembre, Yisrael Beytenu s’est abstenu d’approuver la nomination de Netanyahu ou de Gantz au poste de Premier ministre, insistant sur le fait qu’il ne rejoindrait qu’un gouvernement d’unité de leurs partis respectifs.

Malgré ce soutien de Liberman, le n°1 de Kakhol lavan ne semble pas en mesure de former un gouvernement, à moins que son parti ne fasse un bond spectaculaire dans les urnes le 2 mars, après que la Liste arabe unie a déclaré qu’elle ne le soutiendrait pas à moins qu’il ne rejette des éléments du plan de paix de l’administration Trump. Gantz, en début de semaine, a affirmé que son gouvernement n’inviterait pas la Liste arabe unie – qui n’a jamais siégé dans une coalition. L’alliance de partis arabes avait également exclu de gouverner avec Liberman, jugé trop à droite.

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