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L’idéologie du Hamas plonge ses racines dans le nazisme – Institut YIVO

Depuis le 26 février, le centre propose un webinaire en 3 parties avec des universitaires opposés à l'idée que le 7 octobre est une "revanche" sur la domination d'Israël sur la Cisjordanie

Haj Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem et président du Conseil suprême islamique, avec le dictateur allemand Adolf Hitler en 1941. (Archives fédérales allemandes via Wikimedia Commons)
Haj Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem et président du Conseil suprême islamique, avec le dictateur allemand Adolf Hitler en 1941. (Archives fédérales allemandes via Wikimedia Commons)

Lorsque, suite à l’attaque du Hamas du 7 octobre contre Israël, Jonathan Brent a entendu les réactions pro-palestiniennes de nombreuses personnes – y compris celles de certains jeunes Juifs – il lui a paru évident qu’ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi cela s’était produit.

Directeur exécutif et PDG de l’Institut YIVO pour la recherche juive, il a estimé que son organisation pourrait contribuer à faire connaitre les motivations du Hamas. L’islamisme radical, génocidaire et anti-juif du groupe terroriste a en effet émergé dans les années 1930 et 1940, alimenté par un lien idéologique avec le nazisme hitlérien.

Brent a demandé à l’historien spécialiste de l’Allemagne moderne Jeffrey Herf, qui a étudié le lien entre le Hamas et le nazisme, à organiser sous les auspices de YIVO une série de webinaires en trois parties intitulée « Les origines de l’idéologie du Hamas ».

« YIVO possède la deuxième collection de documents primaires sur la Shoah. Le thème du génocide contre les Juifs est au cœur de notre institut. Il est tout à fait dans les compétences historiques du YIVO d’enquêter sur un acte de génocide contre les Juifs de ce type », explique Brent.

Le webinaire, gratuit, a commencé le 26 février : il fait intervenir des chercheurs dont le travail, selon Brent et Herf, n’est pas suffisamment reconnu au plan international. On trouve parmi eux l’historien israélien Benny Morris, le politologue allemand Matthias Küntzel, l’historien israélien du Moyen-Orient Meir Litvak, le professeur américain d’études sur la Shoah Norman Goda, la sociologue allemande Karin Stögner et le sociologue britannique David Hirsh.

Brent espère en particulier que des jeunes progressistes y prendront part et seront ouverts à des informations qui ne leur parviendraient probablement jamais sur leurs campus compte tenu du climat politique anti-Israël actuel.

Jonathan Brent, directeur exécutif et PDG de l’Institut de recherche juive YIVO (Avec l’aimable autorisation de YIVO)

La domination d’Israël sur la Cisjordanie est très certainement une polémique importante dans le conflit israélo-palestinien, mais selon Brent, ce n’est pas l’unique problème.

« Les terroristes qui ont sauvagement attaqué Israël ont grandi dans une culture de haine génocidaire vieille de quatre-vingts ans et qui fait partie intégrante, à la fois des origines et de l’existence du Hamas », affirme Brent.

« C’est une arme très puissante contre le peuple juif dans le monde entier, comme nous le voyons aujourd’hui, à l’aune de cet incroyable regain d’antisémitisme dans le monde entier ».

Le contexte historique du Hamas

Selon l’historien Herf, le principal objectif de ces webinaires est de contextualiser le Hamas, émanation des Frères musulmans, et d’éclairer sur l’idéologie qui l’a conduit à creuser un vaste réseau de tunnels sous Gaza, s’armer jusqu’aux dents et commettre des meurtres de masse et une autres atrocités contre les Israéliens, le 7 octobre dernier.

Lors de la première session, le 26 février, Herf a animé une discussion avec Küntzel.

Le professeur Jeffrey Herf (Crédit : Sonya Michel)

« Il a parlé des années 1930 et 1940 et d’un texte très célèbre et important de 1937 de Haj Amin al-Husseini intitulé ‘L’islam et les Juifs’. C’est l’un de ces textes canoniques de l’histoire culturelle intellectuelle du XXe siècle qui mériterait une bien plus grande attention », explique Herf.

« C’est un texte fondateur de l’islamisme et de l’interprétation de l’islam qui définit cette religion comme intrinsèquement anti-juive. Ce qui signifie qu’elle est hostile au judaïsme, au peuple juif et, par conséquent, à l’État d’Israël. L’anti-sionisme est donc le résultat direct de cet antagonisme », souligne-t-il.

A également été évoquée la collaboration entre les tenants de cet islamisme anti-juif et le régime nazi. Herf précise qu'[à l’époque] des intellectuels islamistes écrivaient et diffusaient déjà leurs idées au Moyen-Orient, qui ont fusionné culturellement avec les théories complotistes antisémites diffusées par la propagande nazie.

« Tout cela était très connu à l’époque, tout sauf secret. Si vous aviez vécu et été politiquement conscient à cette époque, vous l’auriez su », note Herf.

Mais cela a disparu des mémoires et n’a plus été suffisamment évoqué depuis. Les nationalistes palestiniens ont trouvé toutes les excuses pour relativiser la profondeur et l’importance de ces choses ».

Küntzel a par ailleurs évoqué la guerre [d’Indépendance] d’Israël, en 1948, qu’il a replacée dans ce contexte. Selon Herf, Küntzel y voit plus ou moins « une réplique » de l’alliance nazi-islamiste de la Seconde Guerre mondiale, une sorte de guerre de religion digne de celles des temps pré-modernes.

Une version arabe de « Mein Kampf » retrouvée sur le corps d’un combattant du Hamas dans la bande de Gaza, exhibée par le président Isaac Herzog lors d’une interview avec la BBC, le 12 novembre 2023. (Crédit : Résidence de la Présidence)

Lors de la deuxième session, le 25 mars prochain, Herf accueillera Morris autour du thème « Colonialisme, racisme et guerre israélo-arabe de 1948 ». Herf y parlera du contexte international de la guerre, et Morris développera les principaux points de son livre de 2008, « 1948 : une histoire de la première guerre israélo-arabe ».

Il examinera l’histoire militaire de la guerre de 1948 et, par conséquent, les polémiques tenant aux réfugiés palestiniens. Cela remettra en question l’argument selon lequel la guerre de 1948 a été une guerre de dépossession des Palestiniens, connue sous le nom de Nakba [catastrophe] », explique Herf.

Pourquoi ces réactions antisémites suite au 7 octobre ?

La troisième et dernière séance, le 16 avril, examinera les réactions suite au 7 octobre. Hirsh, qui est directeur du Centre londonien pour l’étude de l’antisémitisme contemporain, y parlera de la gauche et de l’anti-sionisme en Grande-Bretagne.

« Cette organisation est née de l’initiative de membres du Parti travailliste britannique opposés à l’antisémitisme régnant au sein du parti lorsque Jeremy Corbyn en était le chef », rappelle Herf.

Copie annotée d’une traduction en arabe de « Mein Kampf » qui, selon le président Isaac Herzog, a été trouvée par des soldats israéliens dans une chambre d’enfants utilisée comme base terroriste dans la bande de Gaza, photo publiée le 12 novembre 2023 (Crédit : Résidence de la Présidence)

Herf a invité la professeure américaine Goda, spécialisée dans l’étude de la Shoah, à présenter ses idées « astucieuses et incisives » sur la Cour internationale de justice, suscitées par les accusations de génocide portées par l’Afrique du Sud envers Israël.

« Meir Litvak, peut-être le plus grand historien d’Israël et analyste de l’islamisme et de l’antisémitisme islamiste, parlera de l’islamisation du mouvement palestinien telle qu’elle est mise en évidence par le Hamas », annonce Herf.

« Enfin, Stögner parlera de l’intersectionnalité, du féminisme et de la réponse à l’idéologie islamiste pour le moins surprenante des féministes aux États-Unis et en Europe ».

Herf concède que le programme est chargé, mais il espère que le public trouvera ces mini-cours intéressants et s’y inscriront. Selon YIVO, plus de 1 200 personnes s’étaient inscrites à la mi-février.

Karin Stögner, professeure de sociologie à l’Université de Passau en Allemagne. (Avec l’aimable autorisation de YIVO)

Brent espère accueillir un public de tous âges, à commencer par les jeunes Juifs bien intentionnés et épris de justice, mais qui ne comprennent pas que scander des slogans accrocheurs comme « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre ! » est, de son avis, dangereux pour le peuple juif dans sa globalité.

« L’omniprésence de l’idéologie de libération de la Palestine et de la pensée anti-israélienne et antisémite qui accompagne cette idéologie est nettement plus grave, au sein du monde juif, que ne le pensent les gens », estime Brent.

« Les dangers ne viennent pas uniquement de l’extérieur… Il y a un danger tout aussi puissant au sein de la culture juive, en particulier de la gauche qui, depuis des dizaines sinon des centaines d’années, même avant tout ce conflit israélo-arabe, a assimilé des idées qui l’ont amenée à se retourner contre elle-même », analyse-t-il.

Un manifestant brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Du fleuve à la mer » lors d’un rassemblement de solidarité avec les Palestiniens sur la place Oranienplatz, dans le quartier de Kreuzberg à Berlin, en Allemagne, le 11 novembre 2023. (Crédit : Tobias Schwarz/AFP)

Herf acquiesce et ajout que les menaces venues de l’extérieur doivent être prises au pied de la lettre. Ayant étudié l’Allemagne nazie et la Shoah durant une grande partie de sa carrière, il se sent une responsabilité de s’assurer que ce qui s’est passé en Europe dans les années 1930 et 1940 ne se reproduira plus jamais.

« Quand [les dirigeants iraniens], ou Sinwar [du Hamas], ou quiconque annonce son intention de détruire l’État juif, de jeter les Juifs à la mer ou de tuer les Juifs cachés derrière des arbres, je les prends très au sérieux. Ils ne plaisantent pas », conclut Herf.

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