L’Inquisition espagnole et la Diaspora juive
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‘La plupart des gens ne pensent pas que l’Inquisition agissait en Amérique du Nord’, mais elle a suivi les conquêtes

L’Inquisition espagnole et la Diaspora juive

Au musée d’histoire du Nouveau-Mexique, une exposition montre comment les juifs cachés ont fui dans les colonies après 1492, mais ne pouvaient toujours pas échapper à la persécution

"Une audience devant l'Inquisition", sculptée par l'artiste mexicain Constantino Escalante. (Crédit : domaine public)
"Une audience devant l'Inquisition", sculptée par l'artiste mexicain Constantino Escalante. (Crédit : domaine public)

Des siècles avant que le Nouveau-Mexique ne devienne un état américain en 1912, il était une frontière de l’Empire espagnol. En tant que tel, il est devenu un lien dans l’histoire des séfarades, les juifs d’Espagne qui ont été forcés en 1492 de se convertir au christianisme ou de quitter leur pays.

A présent, dans une combinaison sans précédent de l’Ancien Monde et du Nouveau, une exposition du musée de Santa Fe raconte l’histoire des séfarades, en se concentrant sur les conversos, ces juifs qui se sont officiellement convertis au christianisme et leurs descendants, qui se sont échappés des colonies espagnoles du Mexique et du Nouveau-Mexique.

Fractured Faiths: Spanish Judaism, The Inquisition, and New World Identities (Fois fracturées : le judaïsme espagnol, l’Inquisition, et les identités du Nouveau Monde) est présentée au musée d’histoire du Nouveau-Mexique jusqu’au 31 décembre. Dans cette exposition complète, les visiteurs peuvent voir des objets empruntés à plus de 20 institutions d’Europe et d’Amérique, dont beaucoup sont rassemblés pour la première fois.

Parmi les joyaux de l’exposition, on retrouve l’une des deux seules copies connues du décret d’Alhambra, l’édit de 1492 signé par le roi Ferdinand et la reine Isabelle, qui ordonnait aux séfarades de se convertir ou de quitter le pays sous 90 jours.

L'une des deux copies connues du décret d'Alhambra, qui ordonne la conversion ou l'expulsion des juifs, à Grenade, en Espagne, le 31 mars 1492. (Crédit : autorisation)
L’une des deux copies connues du décret d’Alhambra, qui ordonne la conversion ou l’expulsion des juifs, à Grenade, en Espagne, le 31 mars 1492. (Crédit : autorisation)

« C’est ce qui a commencé tout ce mouvement, la diaspora », a déclaré Josef Diaz, conservateur en chef de l’exposition. « Pensez que vous n’aviez que trois mois pour vous convertir et changer tout votre système de croyance, ou fuir. C’est très puissant. C’est un document puissant et effrayant. C’est celui qui m’émeut le plus. »

Il y a d’autres images cruciales : les colonnes architecturales rappelant le style maure de Santa Maria la Blanca, une synagogue de Tolède du 12e siècle qui est devenue une église, les registres de l’Inquisition de Dona Teresa de Aguilera y Roche, l’épouse d’un gouverneur du Nouveau-Mexique du 17e siècle emprisonnée car soupçonnée d’être juive ; des pierres tombales du 20e siècle de cimetières catholiques du Nouveau-Mexique avec des indices de racine juive.

« Je pense que c’est essentiellement la matérialisation d’une identité, via des documents et des objets, de l’histoire de la diaspora », a déclaré Frances Levine, ancienne directrice du musée qui a aidé à conceptualiser et développer l’exposition. « Du moment en 1492 où l’ordonnance est publiée, [cela a lancé] une chaîne d’évènements et de migrations qui vous amènent finalement au Nouveau-Mexique. »

L’histoire des origines

Les origines des séfarades remontent à la destruction du Deuxième Temple de Jérusalem, en l’an 70 de l’ère commune, quand des juifs ont fui vers la péninsule ibérique.

« Cela parle vraiment de pourquoi l’Espagne est son propre genre de Terre Sainte biblique, au moins pour ces personnes », a déclaré Roger Martinez-Davila, conservateur invité de l’exposition et professeur de l’université du Colorado à Colorado Springs.

Vers l’an 1 000, dit-il, « les juifs séfarades allaient plutôt bien sous l’islam, et à un certain niveau sous la chrétienté. »

« L’exposition commence avec des aperçus de l’Age d’Or, comme la copie du Guide des Egarés, le document philosophique écrit par le rabbin Moshe ben Maïmon, plus connu sous le nom de Maïmonide.

Carreaux faits à la main qui ornaient autrefois la synagogue El Transito, l'une des plus anciennes d'Espagne. Transformée en église catholique après l'expulsion de 1492, elle est à présent un musée à Tolède, en Espagne. Les carreaux présentent une influence islamique. (crédit : autorisation)
Carreaux faits à la main qui ornaient autrefois la synagogue El Transito, l’une des plus anciennes d’Espagne. Transformée en église catholique après l’expulsion de 1492, elle est à présent un musée à Tolède, en Espagne. Les carreaux présentent une influence islamique. (crédit : autorisation)

Des fragments de stuc et de carreaux montrent la beauté de Nuestra Senora del Transito, une synagogue de Tolède du 14e siècle. Des détails architecturaux évoquent aussi Santa Maria la Blanca.

« Nous avons une designer merveilleuse pour notre musée, a déclaré Diaz. Elle rêve avec moi. [C’était une] chose merveilleuse de recréer, un bâtiment plutôt complexe avec des arches et des chapiteaux. »

Mais quand les rois chrétiens ont commencé la Reconquista, [la reconquête de l’Espagne], la situation des juifs a empiré. Après les pogroms dans l’Espagne chrétienne de 1391, environ 100 000 juifs ont été tués, 100 000 se sont convertis, et 100 000 ont émigré. Martinez-Davila a déclaré que bien que ces nombres soient « probablement incorrects », ils donnent « une idée de l’échelle ».

Un peu plus d’un siècle plus tard, en 1492, Ferdinand et Isabelle ont achevé la Reconquista en conquérant le dernier royaume maure de Grenade et sa citadelle, l’Alhambra. Les monarques ont publié le décret d’Alhambra le 31 mars 1492.

Le rabbin Neil Amswych, de la synagogue Beth Shalom de Santa Fe, a visité trois fois l’exposition. Il a raconté son choc en voyant le décret.

Registre des blasphémateurs, des hérétiques et des juifs du Saint Office de Tolède, en Espagne, 1632. (Crédit : musée d'histoire du Nouveau-Mexique)
Registre des blasphémateurs, des hérétiques et des juifs du Saint Office de Tolède, en Espagne, 1632. (Crédit : musée d’histoire du Nouveau-Mexique)

« [Vous] arrivez en face de ce document qui a tout changé, a-t-il dit. Je dois admettre que je ne m’attendais pas à le voir, et je n’ai pas été surpris de me retrouver à retenir mes larmes. »

« Je ne sais pas ce que j’aurais fait si cette question s’était posée, cette option : rester et se convertir, ou fuir, a déclaré Diaz. Ces personnes qui sont restées et se sont converties ont pratiqué en secret. Beaucoup ont choisi de fuir. »

Les séfarades ont fui vers le Portugal, Amsterdam, l’Empire ottoman et l’Afrique du Nord. (Le Portugal a expulsé ses juifs en 1497.) Mais à la fin du 15e siècle, les séfarades ont aussi envisagé de partir pour le Nouveau Monde que Colomb avait atteint en traversant l’Atlantique.

Le nombre de juifs qui est parti pour le Nouveau Monde ne peut qu’être estimé, en raison des restrictions de 1492.

« Après la publication du décret d’Alhambra, il était illégale d’être juif n’importe où dans le monde espagnol, a déclaré Levine. [C’était] passible de la peine de mort. Si vous étiez juif, vous étiez plus ou moins clandestin n’importe où dans l’Empire espagnol. »

Quiconque soupçonné de pratiquer le judaïsme risquait le courroux d’une nouvelle et terrifiante organisation : l’Inquisition espagnole.

Fondée en Espagne en 1478, l’Inquisition a commencé ses enquêtes actives en 1480. Les 40 années suivantes ont vu une vague de persécution contre des crypto-juifs, des conversos qui pratiquaient secrètement le judaïsme, en Espagne et à un certain niveau aux Amériques, a déclaré Martinez-Davila.

David et le prêtre Ahimelech, Mexique, début du 18e siècle. Cette œuvre d'un artiste inconnu est remarquable par sa combinaison de l'Arche d'Aliance, d'une ménorah et de la description correcte d'un prêtre juif. (Crédit : musée d'histoire du Nouveau-Mexique)
David et le prêtre Ahimelech, Mexique, début du 18e siècle. Cette œuvre d’un artiste inconnu est remarquable par sa combinaison de l’Arche d’Aliance, d’une ménorah et de la description correcte d’un prêtre juif. (Crédit : musée d’histoire du Nouveau-Mexique)

Il a ajouté que les responsables de l’Inquisition comprenaient « beaucoup de gens d’origine juive », comme le grand inquisiteur Tomás de Torquemada.

« Ils étaient les pires des renégats », a-t-il déclaré.

Une copie de 1507 du Libro Verde d’Aragon de Belchite, en Espagne, montre les noms de ceux qui ont été exécutés pour hérésie envers la foi catholique.

« Un livre nommant tous ceux tués par l’Inquisition touche profondément, comme les listes de juifs qui ont été déportés dans les camps de concentration par les nazis 500 ans plus tard’, a déclaré le rabbin Amswych.

La propagation de l’Inquisition aux colonies

« La plupart des gens ne pensent pas que l’Inquisition agissait en Amérique du Nord, mais qu’elle agissait seulement en Espagne, a déclaré Levine. Mais la puissance et l’autorité de l’Inquisition ont suivi les conquêtes. N’importe où dans une colonie espagnole, l’Inquisition apparaissait en même temps. »

A Mexico pendant les années 1590, une deuxième vague de persécutions a émergé, s’étendant sur plus de dix ans. Ses victimes comptaient notamment Don Luis de Carvajal, gouverneur colonial du Nouveau-Mexique, et sa famille.

Registre Carvajal : Maniel de Lucena, registre de l'Inquisition sur la famille Carvajal, Mexico, Mexique, 1594. (Crédit : The Bancroft Library, Université de Californie, Berkeley)
Registre Carvajal : Maniel de Lucena, registre de l’Inquisition sur la famille Carvajal, Mexico, Mexique, 1594. (Crédit : The Bancroft Library, Université de Californie, Berkeley)

« [Carvajal] venait d’une famille de judaïsants », a expliqué Martinez-Davila, en utilisant le terme technique avec lequel l’Inquisition accusait les crypto-juifs. « Toute sa famille a été exécutée, brûlée sur le bûcher. Deux ont fui vers l’Empire ottoman. Il a été le plus célèbre. Nous avons des lettres de lui. Il a complètement avoué : ‘j’étais juif, j’organisais des offices de Shabbat, des offices le vendredi soir’. »

Et pourtant, a ajouté Martinez-Davila, « des parties de la famille élargie [de Carvajal] dirigeaient l’Inquisition. Une partie était très catholique, et pour protéger leur position au sein de l’Inquisition et du gouvernement royal, [ils étaient volontaires] pour exécuter des membres de leur famille. »

Carvajal est mort en prison en 1591. Les registres de l’Inquisition de sa famille, de Mexico en 1594, font partie de l’exposition. En 1596, l’Inquisition a jugé 46 conversos, dont des membres de la famille de Carvajal qui ont été brûlés sur le bûcher. »

En 1601, 45 autres conversos ont été exécutés. Entre 1574 et 1603, 115 personnes ont été accusées d’être « judaïsants ».

« Ce ne sont pas des nombres énormes, mais ils sont plutôt gros, la société coloniale se comptant alors en dizaines de milliers de personnes », a déclaré Martinez-Davila.

Les tableaux mexicains de l’exposition montrent des autos-da-fe, des « processions publiques [pendant lesquelles] ceux qui avaient été jugés coupables d’hérésie [allaient être] jugés, faire pénitence, ou être exécutés, a expliqué Martinez-Davila. Cela a vraiment dû occuper la société, avec cette horreur des jeux de gladiateurs. »

Plus de 50 ans après, l’autre procès célèbre du Nouveau-Mexique

Dona Teresa de Aguilera y Roche est née en Italie, fille du gouverneur de Carthagène dans l’actuelle Colombie et d’une mère irlandaise. La jeune Dona Teresa a été élevée en Italie et en Espagne.

Dans les années 1660, la possibilité qu’elle soit juive l’a placée dans une prison de l’Inquisition. Son mari, Don Bernardo Lopez de Mendizabal, était le gouverneur du Nouveau-Mexique, et était selon Levine « assez peu flatteur » en général et « assez agressif » envers sa femme.

Pendentif portant l'emblème de l'Inquisition, Mexique, 17° siècle. Artiste inconnu ; argent, or et huile sur cuivre. (Crédit : autorisation)
Pendentif portant l’emblème de l’Inquisition, Mexique, 17° siècle. Artiste inconnu ; argent, or et huile sur cuivre. (Crédit : autorisation)

Le gouverneur avait affronté le père Alonso de Posada, le père-custode des Franciscains, qui a cherché à se venger quand le mandat de Don Bernardo s’est terminé en 1662.

« Le gouverneur suivant a pris le parti du père Posada, et a arrêté le gouverneur Mendizabal et Dona Teresa, ainsi que quatre des alliés de Mendizabal, a déclaré Levine. D’une certaine manière, Dona Teresa [était] coupable par association… Le père Posada dit, à un moment, que son crime est d’être mariée à [Mendizabal]. »

Et, a ajouté Levine, l’accuser d’être juive était le « seul moyen par lequel Posada pouvait agir contre le gouverneur. »

L’ancien gouverneur et sa femme ont été emprisonnés à Mexico, où Don Bernardo était mort en septembre 1664. L’un de ses sergents a affronté ses propres humiliations.

« Les chirurgiens discutaient pour savoir si la marque sur son prépuce indiquait qu’il avait été circoncis », a déclaré Martinez-Davila.

Ce jouet permettant de faire du bruit pour Pourim est assez petit pour ne pas faire trop de bruit. Il peut aussi se faire passer pour une 'matraca' catholique. Mexique, 17° siècle. (Crédit : autorisation)
Ce jouet permettant de faire du bruit pour Pourim est assez petit pour ne pas faire trop de bruit. Il peut aussi se faire passer pour une ‘matraca’ catholique. Mexique, 17° siècle. (Crédit : autorisation)

La lutte de Dona Teresa ne faisait que commencer.

« Les crimes dont elle était accusé étaient des failles dans la pratique religieuse, a déclaré Levine. Changer le linge dans sa maison le vendredi pour préparer Shabbat. [Utiliser] des peaux d’oignons sur son pied semblait être un rituel pour sa bonne. Elle a été accusée d’être dure avec ses employées quand elles allaient à l’église, de mal parler des moines, et accusée d’être juive. »

« Elle est tenace », a dit Levine, dont la biographie de Dona Teresa a été publiée en juillet. « Elle a été éduquée, a beaucoup voyagé, a sans aucun doute plus vu le monde que n’importe qui d’autre. Elle était la fille d’un gouverneur colonial, d’une famille très haut placée, très connectée. Cela, son éducation, les relations de sa famille, lui a donné une exposition, de la confiance. »

Torah séfarade d'Espagne, datant du 16° siècle environ. (Crédit : autorisation)
Torah séfarade d’Espagne, datant du 16° siècle environ. (Crédit : autorisation)

Dona Teresa a été présentée plusieurs fois devant la cour, et a écrit elle-même son dossier de défense, présenté par l’exposition.

« Une page est de sa propre écriture, a précisé Levine. Vous sentez presque, c’est palpable, elle est dans sa cellule, écrivant furieusement, rayant [des mots]. »

Même si le musée a ouvert en 2009, il est lié à Dona Teresa : il est situé le long du Palais des Gouverneurs, une structure d’adobe (brique de terre crue séchée au soleil) du 17e siècle qui était la base espagnole dans le sud ouest américain.

« Elle a été arrêtée [en] 1662 dans le même bâtiment où j’ai mon bureau et ai travaillé pendant 12 ans », a dit Levine.

A Noël 1664, l’Inquisition a rejeté le cas de Dona Teresa, ne la jugeant pas coupable, ni innocente. Elle a poursuivi l’Inquisition pour récupérer ses biens, et a cherché à laver son nom et celui de sa famille de l’accusation d’être juive.

Levine a déclaré que ni Dona Teresa ni sa famille n’étaient juives, bien que Martinez-Davila ait affirmé qu’elle avait des ancêtres juifs.

« Je ne sais pas si nous saurons un jour », a déclaré Martinez-Davila.

Essayer de trouver les juifs pionniers

Des expositions précédentes du musée ont tenté de découvrir les ancêtres insaisissables des juifs du Nouveau-Mexique.

A la fin des années 1990 et au début des années 2000, le Palais des Gouverneurs a organisé une exposition sur les pionniers juifs, qui a permis de faire progresser le discours sur l’identité.

« Les gens en demandaient plus, le public en demandait plus, a dit Levine. Cette exposition parlait des juifs européens. Ils voulaient que nous étudiions les conversos, les séfarades du Nouveau Monde. »

Frances Levine, ancienne directrice du musée d'histoire du Nouveau-Mexique. (Crédit : autorisation)
Frances Levine, ancienne directrice du musée d’histoire du Nouveau-Mexique. (Crédit : autorisation)

Levine qualifie le sujet de « très, très contentieux et très important de l’histoire du Nouveau-Mexique. »

A ce moment, Levine est allée Tolède et a visité le musée séfarade de Santa Maria la Blanca.

« Debout devant le décret d’expulsion, pour la première fois j’ai compris ce qui avait commencé la diaspora juive d’Espagne et du Portugal, a-t-elle raconté. C’est peut-être à ce moment, en Espagne en 2002 ou 2003, devant le décret d’expulsion, que la graine a été plantée. »

En 2010, elle et Diaz ont commencé à travailler sur l’exposition, contactant finalement Martinez-Davila. Ils ont emprunté 95 % du matériel à des institutions comme la Bibliothèque nationale d’Espagne de Madrid, le musée séfarade, le musée Franz Mayer de Mexico, la société hispanique d’Amérique et le musée juif de New York.

« Comme l’Espagne n’autorise les documents à sortir du pays que pendant six mois, nous avons dû raccourcir l’exposition, a expliqué Diaz. Nous espérions un an. Le gouvernement nous a autorisé six mois. »

Martinez-Davila a déclaré que les conservateurs avaient envisagé une exposition itinérante, « mais cela demandait beaucoup, beaucoup de contrats et d’accords de prêts. Nous ne pouvions pas garder beaucoup de pièces après décembre. »

Et les institutions espagnoles ont aussi des exigences individuelles.

La couverture du dernier livre de Frances Levine, Dona Teresa Confronts the Spanish Inquisition (Dona Teresa face à l'Inquisition espagnole). (Crédit : Oklahoma University Press)
La couverture du dernier livre de Frances Levine, Dona Teresa Confronts the Spanish Inquisition (Dona Teresa face à l’Inquisition espagnole). (Crédit : Oklahoma University Press)

« Les caisses doivent être à une certaine température, avoir un [certain] âge, avec des avions spéciaux et des camions qui retiennent cette humidité, a déclaré Diaz. Souvent, nous avons dû avoir des transports de luxe, avec les membres d’un institut d’Espagne à bord du même avion. »

« Je suis si fière d’être associée à ce que [Diaz et Martinez-Davila] ont rassemblé », a dit Levine, déclarant que l’exposition était « magistrale ».

Le rabbin Amswych est d’accord.

« J’ai le sentiment que l’exposition pose la question non seulement aux personnes croyantes, particulièrement les juifs, sur la manière dont elles pourraient répondre face à ce choix terrible, mais aussi à nous tous à propos de notre propre humanité et d’à quel point nous pouvons rapidement oublier l’humanité des autres, a-t-il déclaré. C’est une exposition puissante et émouvante qui honore et enrichit Santa Fe de sa présence. »

Sur les trois experts qui ont participé à la création de l’exposition, deux se trouvent à présent ailleurs. Levine est à Saint Louis, où elle dirige le musée d’histoire du Missouri depuis 2014. Martinez-Davila est en Espagne, comme chercheur à l’université Carlos III.

Ils sont tous deux revenus pour l’inauguration. Levine est à nouveau revenue le 24 juillet pour parler de son nouveau livre, Dona Teresa Confronts the Spanish Inquisition (Dona Teresa face à l’Inquisition espagnole).

"Les cinq commandements en lettres hébraïques" montre l'influence juive dans un cimetière catholique dans la vallée du Rio Grande, en 1905. (Crédit : Cary Herz/autorisation)
« Les cinq commandements en lettres hébraïques » montre l’influence juive dans un cimetière catholique dans la vallée du Rio Grande, en 1905. (Crédit : Cary Herz/autorisation)

« Ils ont dû renvoyer des gens, et ont vendu tous les livres que le magasin avait, dit-elle. C’est gratifiant que les gens veuillent en savoir plus que ce que contient l’exposition. La voix de Dona [Teresa] est vivante, longtemps après son triste procès. »

Le Nouveau-Mexique a essayé de tourner la page de son passé colonial. Aujourd’hui, Santa Fe accueille une population juive, qui comprend la synagogue Beth Shalom et le rabbin Amswych. Et l’exposition, dans sa dernière partie, examine les traces juives dans la population de l’état depuis le 19e siècle. Ceci comprend des images du défunt photographe du Nouveau-Mexique Cary Herz, comme les « Cinq commandements » gravés sur une pierre tombale de 1905 dans un cimetière catholique.

« Je pense que c’est une histoire qui n’est pas terminée », a déclaré Diaz, ajoutant que des personnes du Nouveau-Mexique « commencent tout juste à s’auto-identifier, à réaliser via des recherches familiales, généalogiques, qu’ils ont une origine ‘converso’, une famille d’origine juive. Ils remontent jusqu’en Espagne. »

En février 2014, le gouvernement espagnol a fait voter une loi permettant aux descendants de séfarades de demander la nationalité espagnole. Cependant, a déclaré Martinez-Davila, « ils ont ensuite changé les règles. Il y avait un examen sur la Constitution, et un examen de langue. Donc aussi vite que la porte s’est ouverte, elle s’est pratiquement fermée. »

Mais à Santa Fe, les portes de l’exposition sont grandes ouvertes.

« Nous avons pris l’histoire, dont il est si difficile de parler, qui a été ridiculisée, a dit Levine. Nous avons embrassé leur identité, ce moment de l’histoire, et c’est au musée d’histoire de l’état du Nouveau-Mexique. C’est énorme. »

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