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L’invasion russe en Ukraine pose de nouveaux défis aux aides des survivants de la Shoah

Lors d'une cérémonie jeudi à Berlin, va être annoncé le résultat des toutes dernières négociations entre l'Allemagne et la Claims Conference

La survivante de la Shoah et réfugiée de guerre, Tatyna Ryabaya, 99 ans, et sa fille sont assises sur un lit, dans une chambre d’hôtel en Moldavie, après avoir fui l’Ukraine avant de prendre un vol médical spécial pour Israël,  le 27 avril 2022. (Crédit : International Fellowship of Christians and Jews)
La survivante de la Shoah et réfugiée de guerre, Tatyna Ryabaya, 99 ans, et sa fille sont assises sur un lit, dans une chambre d’hôtel en Moldavie, après avoir fui l’Ukraine avant de prendre un vol médical spécial pour Israël, le 27 avril 2022. (Crédit : International Fellowship of Christians and Jews)

Survivante de la Shoah, Colette Avital œuvre depuis des décennies pour que les victimes des nazis obtiennent réparation. Plus de soixante-dix ans après la chute du Reich, elle doit affronter de nouveaux défis, avec l’invasion russe en Ukraine.

Agée de 83 ans, Colette Avital fait partie des négociateurs clés de la Claims Conference, une association d’organisations juives destinée à aider les rescapés à recevoir des compensations après l’accord conclu en septembre 1952 entre l’Allemagne de l’Ouest et Israël.

Soixante-dix ans après ce traité où la jeune RFA avait assumé la responsabilité pour les atrocités commises sous Hitler, Colette Avital a expliqué dans un entretien à l’AFP que son travail allait bien au-delà de simples réclamations de soutiens financiers.

Ainsi, avec l’arrivée des troupes russes le 24 février dernier sur le sol ukrainien, il a fallu coordonner des opérations d’évacuations de personnes âgées.

« On a dû les transporter en ambulance puis en avion dans différents endroits, dont Israël, et ensuite leur apporter les soins dont ils avaient besoin », a raconté Colette Avital, qui a quitté enfant la Roumanie pour Israël.

Lors d’une cérémonie jeudi à Berlin, marquant les 70 ans de cet accord, va être annoncé le résultat des toutes dernières négociations : le versement dès cet automne d’aides humanitaires d’urgence de 12 millions d’euros pour 8 500 survivants ukrainiens de la Shoah, ainsi qu’une augmentation à partir de janvier prochain des sommes dédiées aux soins à domicile.

Au terme de l’accord signé à Luxembourg le 10 septembre 1952, l’Allemagne de l’ouest a accepté de payer plus de trois milliards de marks de l’époque à l’Etat d’Israël et à la Claims Conference.

Par ce geste, la jeune RFA rejoignait la communauté des Nations après la Seconde Guerre mondiale, la Shoah et l’extermination de six millions de juifs.

Depuis cette date, le gouvernement allemand a déboursé plus de 90 milliards d’euros pour « réparer » les souffrances et les pertes des victimes des persécutions nazies, après les négociations menées par la Claims Conference.

Parmi les survivants, ceux qui ont été incarcérés dans les camps de concentration reçoivent des paiements en continu, tandis que ceux qui ont fui le régime nazi obtiennent un dédommagement en une seule fois.

Aujourd’hui, 280 000 rescapés sont encore en vie. Moins nombreux qu’avant, « leurs besoins sont assez différents » que par le passé, constate Colette Avital, ancienne diplomate israélienne.

« Ils sont plus âgés, ils sont malades et ils sont fragiles. Les soins à domicile constituent une large partie des aides », ajoute-t-elle.

La survivante de la Shoah, Maya Zernova lors d’un vol l’emmenant d’Ukraine en Israël le 17 mars 2022 (Crédit : Capture d’écran/Treizième chaine)

Pour le chancelier allemand Olaf Scholz, qui doit assister jeudi à la cérémonie, l’accord de 1952 est « essentiel ».

« Les paiements aux survivants et le programme de soins à domicile nous tiennent à cœur », a-t-il déclaré.

Colette Avital, qui tiendra un discours pendant la cérémonie, se souvient encore de sa petite enfance déchirante en Roumanie, dirigée par le dictateur et allié d’Adolf Hitler, Ion Antonescu, pendant une grande partie de la Seconde Guerre mondiale.

Elle et sa famille devaient porter l’étoile jaune, son père était emprisonné. Elle vivait cachée avec sa mère pendant la guerre.

Exécution du dictateur roumain Ion Antonescu devant Bucarest (Crédit : domaine public)

En 1950, quand elle avait dix ans, ils se sont enfuis en Israël, où cette membre du parti travailliste a embrassé une carrière diplomatique, occupant notamment le poste de consul général d’Israël à New York.

Selon elle, l’accord de 1952 a permis de soutenir l’économie en lambeaux du jeune Etat israélien.

« L’économie israélienne était sur le point de s’effondrer », se souvient-elle. « Il n’y avait rien, pas d’argent pour payer la nourriture ou tout type de carburant ».

Cet anniversaire, selon elle, est « très important » pour montrer à quel point les liens entre Israël et l’Allemagne se sont renforcés.

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