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L’Irak ordonne l’arrestation des responsables souhaitant des liens avec Israël

Bagdad déclare que les 300 participants à l'événement au Kurdistan seront arrêtés quand leur identité sera connue; Sahar al-Tai, Wisam al-Hardan étaient les principaux intervenants

Des Irakiens écoutent Sahr al-Tai lors de la conférence sur la paix et la récupération organisée par le groupe de réflexion américain Center for Peace Communications à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, au nord de l'Irak, le 24 septembre 2021. (Safin Hamed/AFP)
Des Irakiens écoutent Sahr al-Tai lors de la conférence sur la paix et la récupération organisée par le groupe de réflexion américain Center for Peace Communications à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, au nord de l'Irak, le 24 septembre 2021. (Safin Hamed/AFP)

Les autorités irakiennes ont annoncé dimanche qu’elles avaient émis des mandats d’arrêt à l’encontre de deux Irakiens qui ont pris la parole lors d’une conférence appelant leur pays à faire la paix avec Israël. Les autorités ont déclaré qu’elles arrêteraient les plus de 300 participants dès qu’elles auraient établi leur identité.

Plus de 300 Irakiens se sont réunis vendredi à Erbil, dans la région du Kurdistan irakien, pour soutenir la normalisation avec Israël. La conférence était organisée par le Center for Peace Communications, un groupe basé à New York qui prône un rapprochement entre Israël et le monde arabe.

« Israël aujourd’hui, comme vous le savez, est un pays fort et une partie intégrante du monde et des Nations unies. L’Irak ne peut négliger ce fait et vivre isolé du monde », a déclaré aux participants Sahar al-Tai, haute fonctionnaire du ministère irakien de la Culture.

« C’est de cette manière que les Émirats arabes unis se sont tournés vers les générations futures et le bien commun, et ont conclu les Accords d’Abraham », a ajouté al-Tai, en référence aux récents accords de normalisation entre Israël et quatre États arabes, dont les Émirats.

Dimanche, un tribunal de Bagdad a émis un mandat d’arrêt contre al-Tai, ainsi que contre le chef tribal Wisam al-Hardan. Ce dernier, qui a également participé à la conférence de paix, avait appelé à la réconciliation avec Israël dans une tribune publiée vendredi par le Wall Street Journal.

Les autorités judiciaires irakiennes ont déclaré que les quelque 300 participants restants seraient arrêtés « dès que leur identité aura été déterminée ».

Wissam al-Hardan, un leader tribal sunnite de la province d’Anbar en Irak, appelle à la normalisation avec Israël lors d’une conférence à Erbil, le 24 septembre 2021. (Crédit : Center for Peace Communications)

L’Irak est officiellement en guerre avec Israël depuis la fondation de l’État juif en 1948. Les soldats irakiens ont combattu dans trois guerres arabes successives contre Israël.

En 1991, le dictateur irakien Saddam Hussein a tiré des dizaines de missiles Scud sur Tel Aviv et Haïfa dans le but d’attirer Israël dans la guerre du Golfe.

Dr. Sahr al-Tai, activiste en faveur de la normalisation des liens avec Israël, lors d’une conférence à Erbil, au Kurdistan, le 24 septembre 2021. (Capture d’écran)

La loi irakienne continue d’infliger des sanctions strictes aux citoyens et aux résidents qui entretiennent des contacts avec des Israéliens. Pendant des décennies, l’association avec des « organisations sionistes » ou la promotion des « valeurs sionistes » était passible de la peine de mort. Un amendement de 2010 au code pénal irakien a limité cette peine à la prison à vie.

Dans ses remarques vendredi, al-Hardan a sévèrement critiqué les lois contre les relations avec les Israéliens, affirmant qu’elles violaient les droits humains fondamentaux des Irakiens.

« Les lois dites ‘anti-normalisation’ en Irak sont moralement répugnantes et ont été dénoncées à plusieurs reprises par la communauté internationale comme une atteinte aux droits de l’homme et aux libertés d’expression et d’association », a déclaré M. al-Hardan.

Des Irakiens lors de la conférence de paix organisée par le think-tank CPC (Center for Peace Communications) à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan en Irak, le 24 septembre 2021. Crédit : Safin HAMED / AFP)

La conférence de vendredi a déclenché une tempête médiatique en Irak. Le président irakien Barham Salih a dénoncé la conférence comme étant « illégale » et a accusé les participants de chercher à provoquer des troubles.

« La récente réunion organisée pour promouvoir [la normalisation] ne représente pas le peuple et les résidents de l’Irak. Elle ne représente que ceux qui y ont participé », a déclaré Salih.

« Erbil doit empêcher ces réunions terroristes sionistes. Sinon, le gouvernement doit arrêter tous les participants », a déclaré l’éminent religieux chiite irakien Muqtada al-Sadr.

Suite à la controverse, al-Hardan a semblé tenter de retirer ses remarques. Dans une interview accordée au média kurde Rudaw, al-Hardan a déclaré qu’il avait voulu appeler au retour des Juifs d’Irak, et non à la normalisation avec Israël.

Des centaines de militants irakiens se rassemblent à Erbil, au Kurdistan, pour appeler à la normalisation avec Israël, le 24 septembre 2021. (Capture d’écran)

Le rassemblement a eu lieu au Kurdistan irakien, qui jouit d’un certain degré d’autonomie dans le cadre du système fédéral irakien. Des responsables kurdes se sont rendus occasionnellement en Israël, tandis que des Israéliens ont également visité discrètement des zones kurdes.

Mais le gouvernement du Kurdistan a pris ses distances avec l’événement à la suite de la controverse, plaidant pour que les autres factions irakiennes traitent la question « plus calmement ».

« Nous n’étions ni au courant de la réunion ni de son contenu. Ce qui y a été exprimé n’est pas l’opinion, la politique ou la position du [Kurdistan] », a déclaré le président kurde Masoud Barazani dans un communiqué.

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