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L’Iran annonce une première peine de mort liée aux manifestations

Une grande majorité des 290 députés ont réclamé l'application de la loi du talion aux moharebs (ennemis de Dieu), - une référence aux manifestants

Lors d'un rassemblement dans le centre de Rome, le samedi 29 octobre 2022, une femme dont le visage est scindé en deux : d'un côté du rouge sang qui dégouline et de l'autre le drapeau de l'Iran, en mémoire à la mort de Mahsa Amini, une femme décédée alors qu'elle était en garde à vue en Iran.(Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia )
Lors d'un rassemblement dans le centre de Rome, le samedi 29 octobre 2022, une femme dont le visage est scindé en deux : d'un côté du rouge sang qui dégouline et de l'autre le drapeau de l'Iran, en mémoire à la mort de Mahsa Amini, une femme décédée alors qu'elle était en garde à vue en Iran.(Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia )

L’Iran a condamné à mort dimanche, pour la première fois, une personne accusée d’avoir participé aux manifestations qui secouent le pays depuis deux mois, a annoncé l’autorité judiciaire.

Aucune information n’a été donnée sur son identité ni sur son âge.

Selon le verdict rendu par un tribunal de Téhéran, cette personne est jugée coupable « d’avoir incendié un bâtiment gouvernemental, de trouble à l’ordre public, de rassemblement et conspiration en vue de commettre un crime contre la sécurité nationale, d’être un ennemi de Dieu et de corruption sur terre », a précisé Mizan online, l’agence de l’autorité judiciaire.

Un autre tribunal de la capitale a condamné cinq personnes à des peines de cinq à 10 ans de prison pour « rassemblement et conspiration en vue de commettre des crimes contre la sécurité nationale et trouble à l’ordre public ».

Il s’agit de tribunaux de première instance et les condamnés peuvent faire appel, a indiqué Mizan online.

Des manifestants américains portant une grande photo de Mahsa Amini lors d’une manifestation contre le régime iranien suite à la mort d’Amini lors de sa détention par la « police des mœurs » de la République islamique, à Los Angeles, le 22 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Richard Vogel)

L’Iran connaît une vague de manifestations depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, arrêtée trois jours plus tôt par la police des mœurs pour avoir enfreint le strict code vestimentaire de la République islamique.

La justice iranienne a par ailleurs inculpé près de 800 personnes pour leur participation à de « récentes émeutes » dans les provinces d’Hormozgan, d’Ispahan et Markazi.

Plus de 2 000 personnes ont été inculpées, dont la moitié à Téhéran, depuis deux mois, selon les chiffres fournis par la justice iranienne.

Selon Mahmood Amiry-Moghaddam, le directeur de l’ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, au moins 20 personnes font maintenant face à des accusations passibles de la peine de mort. « Nous sommes très préoccupés à l’idée que les exécutions puissent être menées à la hâte », a-t-il aussi déclaré à l’AFP.

Il a pressé « la communauté internationale d’avertir fermement les autorités iraniennes qu’appliquer la peine de mort à des manifestants n’était pas acceptable et aurait des conséquences ».

Récemment, une grande majorité des 290 députés iraniens avaient réclamé à la justice d’appliquer la loi du talion aux moharebs (ennemis de Dieu), en référence aux manifestants qui secouent le pays.

L’Iran a par ailleurs fustigé dimanche la rencontre à Paris entre le président français et des opposantes, qualifiant de « regrettables et honteuses » ses déclarations à l’issue de cette réunion.

Le président français Emmanuel Macron serre la main de la dissidente iranienne Masih Alinejad au palais de l’Élysée à Paris, le 12 novembre 2022. (Capture d’écran : Twitter)

Emmanuel Macron avait reçu vendredi à Paris quatre militantes iraniennes et salué la « révolution qu’elles sont en train de conduire » dans leur pays.

« Il s’agit d’une violation flagrante des responsabilités internationales de la France dans la lutte contre le terrorisme et la violence et nous considérons qu’elle favorise ces sinistres phénomènes », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanani.

L’Iran a en outre vivement réagi dimanche aux propos la veille du chancelier allemand Olaf Scholz sur son podcast vidéo hebdomadaire.

« Quel genre de gouvernement êtes-vous qui tire sur ses propres citoyens ? Quiconque agit de cette manière doit s’attendre à notre opposition », avait dit le chancelier.

Le chancelier allemand Olaf Scholz prononce un discours lors du sommet des dirigeants de la conférence sur le climat COP27 au Centre international de convention de Sharm el-Sheikh, le 7 novembre 2022. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

« La destruction des relations historiques entre l’Iran et l’Allemagne aura des conséquences à long terme et l’Iran possède une longue liste de revendications vis-à-vis de l’Allemagne en matière des droits de l’Homme », a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, dénonçant ce qu’il a appelé la position « interventionniste » et « provocatrice » de l’Allemagne.

Selon IHR, au moins 326 personnes, dont 43 enfants, ont été tuées par les forces de sécurité lors de la répression des manifestations. Ce chiffre comprend au moins 123 personnes tuées depuis le 30 septembre dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), limitrophe du Pakistan.

Pour tenter d’apaiser la situation au Sistan-Baloutchistan, une délégation dépêchée par le guide suprême Ali Khamenei s’est rendue ce week-end dans cette province défavorisée, peuplée d’une importante minorité sunnite.

Arrivé samedi soir à Zahedan, la capitale provinciale, son représentant Mohammad-Javad Haj Ali Akbari a déclaré dimanche : « Nous sommes venus pour vous faire part du chagrin et de la tristesse qu’éprouve le guide suprême concernant les incidents qui se sont produits » au Sistan-Baloutchistan.

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