L’Iran commence à limiter les inspections sur son programme nucléaire
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L’Iran commence à limiter les inspections sur son programme nucléaire

La France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont appelé Téhéran "à revenir en arrière sur toutes les mesures qui réduisent la transparence et à coopérer pleinement avec l'AIEA"

La centrale nucléaire de Bushehr, à l'extérieur de la ville de Bushehr, dans le sud de l'Iran. (Crédit : AP Photo/Mehr News Agency, Majid Asgaripour)
La centrale nucléaire de Bushehr, à l'extérieur de la ville de Bushehr, dans le sud de l'Iran. (Crédit : AP Photo/Mehr News Agency, Majid Asgaripour)

L’Iran a commencé mardi à restreindre les inspections de son programme nucléaire par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) faute d’avoir obtenu la levée des sanctions américaines, une décision jugée « dangereuse » par les signataires européens qui tentent de sauver l’accord de 2015. 

La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont appelé, dans un communiqué commun, Téhéran « à revenir en arrière sur toutes les mesures qui réduisent la transparence et à coopérer pleinement avec l’AIEA ».

« L’objectif reste de préserver l’accord et de soutenir les efforts diplomatiques en cours pour une solution négociée, qui permette le retour de l’Iran et des États-Unis au plein respect de leurs engagements », ont-ils insisté.

C’est aussi notre but, a souligné le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, disant son « inquiétude » face à une puissance iranienne « qui va dans la mauvaise direction ».

En riposte au retrait américain de l’accord de 2015, la République islamique s’est affranchie progressivement depuis 2019 de nombreuses limitations qu’elle avait accepté d’imposer à son programme nucléaire en échange d’un allègement des rétorsions à son encontre.

Le président iranien Hassan Rouhani visite la centrale nucléaire de Bushehr, aux abords de Bushehr, en Iran, le 13 janvier 2015. (AP Photo/Bureau de la présidence iranienne, Mohammad Berno, File)

‘Bandes enregistrées’

En décembre, le Parlement iranien est allé plus loin en ordonnant une série de mesures à mettre à œuvre en cas de maintien des sanctions rétablies en 2018 par l’ex-administration de Donald Trump.

Dans la foulée, l’Iran a annoncé avoir repris l’enrichissement à hauteur de 20 %, dans ce qui a constitué le plus spectaculaire de ses désengagements. 

Puis, il a dit entamer la production d’uranium métal pour alimenter son réacteur de recherche à Téhéran, une matière qui peut être utilisée dans la fabrication d’armes nucléaires. 

Dernière étape de cette escalade, la limitation de certaines inspections de l’AIEA sur des installations non nucléaires, y compris des sites militaires suspects, est entrée en vigueur ce mardi.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, cité par l’agence officielle Irna, a néanmoins souligné que la coopération de Téhéran avec le gendarme onusien du nucléaire se poursuivrait.

À l’issue d’une visite à Téhéran, le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, avait annoncé dimanche un accord technique « temporaire » pour maintenir une surveillance, bien que réduite, le temps que les pays parties de l’accord international engagent des pourparlers.

« Les bandes enregistrées sur notre programme nucléaire (…) seront conservées et ne seront pas fournies à l’Agence », a détaillé M. Zarif.

Selon l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), ces données seront « supprimées à jamais » si les sanctions ne sont pas « complètement levées d’ici trois mois ».

La Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères Federica Mogherini (à gauche) et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (au centre) participent à une réunion ministérielle du Plan d’action global (JCPOA) sur l’accord nucléaire iranien le 6 juillet 2018, à Vienne, en Autriche. (AFP/APA/Hans Punz)

‘Vivement préoccupée’

En revanche, si les grandes puissances parviennent à s’entendre, « nous pourrons récupérer toutes les informations » portant sur cette période, a précisé M. Grossi, à l’occasion d’un séminaire en ligne organisé par le groupe de réflexion américain Nuclear Threat Initiative (NTI).

« En d’autres termes, nous saurons exactement ce qui s’est passé, combien de composants ont été fabriqués, combien de matières ont été fabriquées, traitées ou enrichies et ainsi de suite ».

« Naturellement, c’est loin d’être une situation idéale (…) mais cela offre du temps pour que les indispensables efforts diplomatiques se déploient dans les prochains jours », a commenté le responsable de l’AIEA.

En ce qui concerne les sites nucléaires déclarés, l’impact des limitations sera « négligeable », a estimé une source diplomatique basée à Vienne.

Conclu à Vienne entre l’Iran et le groupe 5+1 (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, Allemagne), le pacte visait initialement à encadrer le programme nucléaire de la République islamique. Malgré ses démentis, l’Iran est accusé de chercher à se doter de l’arme atomique, notamment par Israël, son ennemi juré.

Le président américain Joe Biden s’est engagé à rejoindre à nouveau cet accord, mais à la condition que Téhéran revienne au préalable au respect des engagements pris.

Dans ce contexte tendu, l’AIEA s’est déclarée « vivement préoccupée » par la possible présence de matière nucléaire sur un site non déclaré, celui du district de Turquzabad à Téhéran, selon un rapport consulté par l’AFP à Vienne.

« Au bout de 18 mois, l’Iran n’a toujours pas fourni les explications nécessaires, entières et techniquement crédibles », écrit-elle.

Téhéran continue par ailleurs à accumuler de l’uranium faiblement enrichi, dont la quantité dépasse désormais de 14 fois la limite autorisée par l’accord.

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