L’Iran « répondra » aux violations américaines de l’accord nucléaire
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L’Iran « répondra » aux violations américaines de l’accord nucléaire

La chambre basse du Congrès américain a voté mardi de nouvelles sanctions contre Téhéran ; Inquiétudes de l'UE

Le ministre adjoint des Affaires étrangères de l'Iran, Seyed Abbas Araghchi, devant le Conseil de sécurité des Nations unies lors d'une réunion sur la situation concernant l'Irak le 19 septembre 2014, au siège de l'ONU à New York. (Crédit : Eduardo Munoz Alvarez / Getty Images / AFP)
Le ministre adjoint des Affaires étrangères de l'Iran, Seyed Abbas Araghchi, devant le Conseil de sécurité des Nations unies lors d'une réunion sur la situation concernant l'Irak le 19 septembre 2014, au siège de l'ONU à New York. (Crédit : Eduardo Munoz Alvarez / Getty Images / AFP)

L’Iran répondra à une quelconque violation par les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, a déclaré mercredi le président iranien Hassan Rouhani au lendemain du vote par la chambre basse du Congrès américain de nouvelles sanctions contre son pays.

« Si l’ennemi piétine une partie de l’accord, nous ferons de même, s’il piétine la totalité de l’accord, nous ferons la même chose aussi », a déclaré M. Rouhani lors d’un conseil des ministres diffusé par la télévision publique IRIB.

La Chambre des Représentants américaine a voté mardi de nouvelles sanctions contre la Russie, la Corée du Nord et l’Iran. Ces dernières visent notamment les Gardiens de la Révolution, l’armée d’élite du régime.

Le ministre adjoint aux Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi a qualifié ce vote de « mesure hostile » contre l’Iran dans une déclaration rapportée par l’agence ISNA.

Même s’il s’agit d' »une compilation de sanctions déjà en vigueur dans le domaine non nucléaire », le texte voté par les représentants américains pourrait influencer négativement l’application de l’accord historique sur le nucléaire conclu en juillet 2015 et « réduire les bénéfices » que l’Iran pourrait tirer de cet accord, a-t-il mis en garde.

L’accord signé entre Téhéran et les grandes puissances prévoit que l’Iran limite son programme nucléaire à des usages civils en échange de la levée progressive des sanctions internationales prises à son encontre.

Le ministre iranien a jugé que les sanctions votées sont « incompatibles » avec les engagements de Washington dans ce dossier.

« Ce que fait le Congrès va à l’encontre de ces engagements et il y aura pour sûr une réaction de l’Iran », a-t-il ajouté.

La commission du Parlement iranien sur la Sécurité et les Affaires étrangères a annoncé qu’elle tiendra une séance extraordinaire samedi pour examiner la réponse à apporter aux Etats-Unis.

Les Nations unies et des grandes puissances ont estimé que l’Iran se conformait à ses obligations en vertu de l’accord sur le nucléaire, maintenu avec réticence par le président américain Donald Trump.

« La nouvelle administration américaine a été forcée de reconnaître que l’Iran était loyal à l’accord (…) et elle n’a pas eu d’autre choix car l’AIEA (Agence internationale pour l’énergie atomique) a conclu au respect par l’Iran de ses engagements », a poursuivi M. Araghchi.

Les relations entre l’Iran et les Etats-Unis se sont nettement durcies depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Moscou veut riposter, Bruxelles s’inquiète

L’adoption par le Congrès des Etats-Unis de nouvelles sanctions contre la Russie a provoqué mercredi la colère de Moscou mais aussi l’inquiétude des Européens, qui ont assuré vouloir défendre leurs intérêts face aux risques courus par leurs entreprises.

Votée mardi à une quasi-unanimité par la chambre basse du Congrès (419 voix contre 3), la proposition de loi éloigne encore plus toute perspective de voir se concrétiser la normalisation voulue par Donald Trump des relations entre Washington et Moscou.

Elle fissure aussi l’unité affichée jusqu’à présent entre les Etats-Unis et l’Union européenne face à la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014, suivie d’une guerre qui a fait plus de 10.000 morts dans l’Est ukrainien.

Le projet, qui doit encore être adopté par le Sénat, inclut aussi des sanctions contre l’Iran, notamment contre les Gardiens de la révolution accusés de soutenir le terrorisme, et contre la Corée du Nord, pour ses tirs de missiles.

A Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a dénoncé « un pas très sérieux en direction d’une destruction des perspectives de normalisation des relations avec la Russie ».

« Ces actes ne resteront pas sans réponse », a-t-il averti, cité par l’agence TASS, tout en assurant que Moscou ne comptait pas « céder à l’émotion » et travaillerait à la recherche de « compromis » sur des questions comme la lutte contre le terrorisme.

Les parlementaires américains, forçant la main du président Donald Trump au moment où il veut la tendre à son homologue russe Vladimir Poutine, veulent en premier lieu infliger des représailles à la Russie après une campagne de désinformation et de piratage attribuée à Moscou durant l’élection présidentielle américaine de l’an dernier.

L’annexion de la Crimée et des ingérences en Ukraine sont les autres motifs de punition avancés.

Le président ukrainien Petro Porochenko (Crédit : AFP/Sergei Supinsky)
Le président ukrainien Petro Porochenko (Crédit : AFP/Sergei Supinsky)

Le président ukrainien Petro Porochenko s’est félicité d’une « décision importante » : « Le prix à payer pour l’agression doit augmenter ! » a-t-il écrit sur Twitter.

En plus de renforcer l’arsenal des mesures pénalisant l’économie russe, le texte prévoit un mécanisme inédit qui déplaît à la Maison Blanche : les parlementaires vont s’arroger le droit de s’interposer si jamais Donald Trump décidait de suspendre des sanctions existantes contre la Russie.

Si le texte passait le Sénat, Donald Trump pourrait mettre son veto. Mais il suffirait au Congrès de revoter à une majorité des deux tiers pour le surmonter, et il est d’usage que les présidents s’épargnent cette humiliation en apportant un soutien tardif à la législation.

De Paris à Berlin en passant par Bruxelles, l’initiative du Congrès américain passe très mal, car elle est unilatérale. Jusqu’à présent, le régime de sanctions contre la Russie en raison de la Crimée a été coordonné des deux côtés de l’Atlantique, de façon à faire bloc.

Dans un communiqué, la Commission européenne a fait part de son « inquiétude » concernant d’une part le « possible impact sur l’indépendance énergétique de l’UE » et d’autre part les « conséquences politiques négatives possibles », rappelant l’importance de coordonner la politique de sanctions entre tous les pays du G7.

La Commission a prévenu qu’elle restait « prête à agir pour protéger les intérêts européens » si ses craintes n’étaient pas prises en compte, s’inquiétant des conséquences sur « les infrastructures transportant des ressources énergétiques en Europe (…) ainsi que des projets cruciaux pour les objectifs européens de diversification énergétique ».

La loi donnerait au président Donald Trump la possibilité de sanctionner les entreprises qui travaillent sur des pipelines venant de Russie, en limitant par exemple leur accès aux banques américaines ou en les excluant des marchés publics aux Etats-Unis.

Cette disposition pourrait en théorie ouvrir la voie à des sanctions contre les groupes européens partenaires du projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne via la Baltique : le français Engie, les allemands Uniper (ex-EON) et Wintershall (BASF), l’autrichien OMV et l’anglo-néerlandais Shell.

Jusqu’à présent, la ligne rouge fixée par Washington et Bruxelles avait été que les sanctions n’affectent pas l’approvisionnement en gaz de l’Europe.

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