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Livni : Le gouvernement de Netanyahu « préserve » le Hamas à Gaza

La cheffe de l'opposition a fustigé le Premier ministre et son gouvernement, déclarant qu'ils semblent finalement préférer aider l'organisation terroriste à se maintenir au pouvoir

La députée de l'Union sioniste Tzipi Livni assiste à une réunion de sa faction à la Knesset, le 21 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)
La députée de l'Union sioniste Tzipi Livni assiste à une réunion de sa faction à la Knesset, le 21 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)

Les politiciens israéliens issus des partis d’opposition ont critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu samedi, fustigeant le Premier ministre et son gouvernement pour leur gestion des violences continues le long de la frontière avec Gaza, leur échec présumé à répondre de manière efficace à la menace incarnée par les dispositifs incendiaires lancés vers le territoire israélien, et leur incapacité à contrecarrer l’organisation terroriste du Hamas, à la tête de l’enclave côtière.

La dirigeante de l’opposition Tzipi Livni, issue du parti de l’Union sioniste, a accusé le gouvernement de « passer d’une politique déclarée de vaincre le Hamas – une politique qui a échoué – à une autre, dissimulée, visant à le maintenir au pouvoir ».

« Le gouvernement a choisi la pire option parce que c’est la moins risquée au niveau politique », a-t-elle déclaré lors d’un discours prononcé à une conférence juridique organisée dans la ville d’Eilat, dans le sud du pays, des propos rapportés par les médias en hébreu. « Israël mène des négociations indirectes [en vue d’un retour au calme] avec le Hamas, au lieu de choisir des pourparlers directs avec l’Autorité palestinienne [de Mahmoud Abbas].

« Le Hamas est une menace pour la sécurité, mais il n’est pas une menace pour la paix [si elle est conclue avec le groupe terroriste] du point de vue du gouvernement », a-t-elle accusé.

Livni a expliqué qu’elle était favorable à un changement de régime à Gaza « avec des acteurs pragmatiques, et ce jusqu’à la pleine démilitarisation de la bande – ce qui doit être un objectif collaboratif international ».

Le parti du Likud au pouvoir de Netanyahu a déclaré en réponse aux propos de Livni que cette dernière devait se montrer « plus responsable et cesser de servir de porte-parole à Abu Mazen [Abbas] ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au siège de la division de Gaza de l’armée israélienne, le 17 octobre 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Le député Ofer Shelah, du parti Yesh Atid de Yair Lapid, s’en est également pris samedi à Netanyahu, estimant lors d’un événement culturel organisé à Shoham que le Premier ministre était « le premier responsable de cette politique défaitiste à Gaza ».

Shelah a ainsi évoqué les fuites qui ont filtré cette semaine autour d’une réunion de crise du cabinet de sécurité, lors de laquelle les ministres auraient mis en cause le chef de l’Etat-major israélien, le général de division Gadi Eizenkot, pour ce qui s’apparente, selon eux, à une politique « démesurément complaisante » envers Gaza.

Ces fuites ont eu lieu après une réunion marquée par les tensions, jeudi, des dix membres du cabinet. Plusieurs ministres ont critiqué le chef d’Etat-major qui, selon eux, permettrait une « perte de la souveraineté » israélienne sur la frontière. Ils ont également déploré des actions insuffisantes contre les lanceurs de ballon.

Le chef d’état-major Gadi Eisenkot durant une conférence au Centre interdisciplianire à Herzliya, le 2 janvier 2018. (Crédit : capture d’écran)

Shelah a expliqué que les fuites ont démontré que « ce cabinet sécuritaire est le plus irresponsable qu’il n’y ait jamais eu depuis la fondation de l’Etat ». Il a critiqué le ministre de la Défense Avigdor Liberman qui, selon lui, « attribue ce qui relève de ses responsabilités aux autres, comme s’il n’était pas lui-même ministre de la Défense ».

Depuis le 30 mars, les Palestiniens de la bande de Gaza prennent part à une série de manifestations et d’émeutes appelées la « grande marche du retour », qui ont surtout consisté à brûler des pneus et à lancer des pierres le long de la clôture de sécurité, mais qui ont été aussi marquées par des tirs, des explosions, ainsi que par l’envoi en Israël de ballons et cerfs-volants incendiaires.

Ces dispositifs chargés de combustibles ont brûlé des milliers d’hectares de terre et entraîné des millions de shekels de dégâts.

Les soldats prennent position durant des affrontements avec les manifestants palestiniens de l’autre côté de la frontière de Gaza, le 19 octobre 2018 à Nahal Oz (Crédit : Jack Guez/AFP)

Quelque 155 Palestiniens ont été tués et des milliers d’autres ont été blessés lors des affrontements avec l’armée israélienne. Le Hamas a reconnu que des dizaines de morts faisaient partie de ses rangs. Un soldat israélien a été abattu par un sniper palestinien à la frontière.

Ces dernières semaines, des médiateurs égyptiens se sont efforcés de négocier une trêve entre Israël et le Hamas pour mettre un terme à ces violences.

Jeudi, le cabinet de sécurité israélien a donné pour instruction à l’armée de rester dans l’expectative pour permettre aux efforts de médiation de porter leurs fruits, tout en ordonnant aux militaires de renforcer les attaques de représailles s’il devait y avoir des violences frontalières.

Les ministres ont expliqué que l’armée israélienne devait opter pour une politique de tolérance zéro envers les attaques à la roquette, les ballons incendiaires et les émeutes le long de la frontière israélienne, selon des informations parues dans les médias israéliens.

Liberman avait, pour sa part, pris la défense d’Eizenkot durant la rencontre du cabinet de sécurité et après, estimant que les critiques contre le chef d’Etat-major relevaient d’une « politique mesquine ».

Livni, elle aussi, était montée au créneau, déclarant que les propos des ministres du cabinet étaient « honteux, et notre excellent chef d’Etat-major doit prendre place face à eux quotidiennement… [Eizenkot est] une personne responsable qui fait le mieux qu »on puisse faire face à des politiciens irresponsables ».

Un policier israélien regarde un incendie déclenché par un ballon transportant un tissu en feu lancé par des Palestiniens de la bande de Gaza dans la réserve naturelle de Karmia, le jeudi 11 octobre 2018 (Crédit : AP/Tsafrir Abayov)

S’exprimant vendredi sur la chaîne Hadashot, Lapid a pour sa part appelé le gouvernement israélien à détruire les habitations des chefs du mouvement terroriste du Hamas dans la bande de Gaza, déclarant que les responsables de l’organisation devaient payer le prix des attaques continues menées contre l’Etat juif.

« Personne ne veut la guerre mais même ceux qui veulent une armistice négociée doivent comprendre que s’il n’y a pas une dissuasion réelle, l’armistice ne vaut rien », a-t-il dit.

« Si nous trouvons un arrangement où le Hamas n’aura pas le sentiment de payer un prix lourd pour avoir bombardé la population israélienne, ou pour les ballons incendiaires, ou pour les violations effectuées le long de la clôture de sécurité, alors l’armistice ne vaudra rien ».

Les tensions entre Israël et Gaza ont failli dégénérer en guerre ouverte, cette semaine, après qu’une roquette transportant une ogive de 20 kilogrammes a explosé aux abords d’une habitation dans la ville de Beer Sheva, dans le sud du pays, dans la nuit de mercredi. Elle a entraîné des dégâts significatifs mais aucun blessé n’est à déplorer – la femme qui y habitait avec ses trois enfants ayant trouvé refuge dans un abri anti-aérien peu de temps avant.

Une seconde roquette s’est également abîmée en mer, au large des côtes de Tel Aviv.

En réponse, l’armée de l’air israélienne a frappé 20 cibles dans la bande de Gaza, notamment un tunnel d’attaque transfrontalier qui entrait sur le territoire israélien depuis la ville palestinienne de Khan Younès.

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