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L’Occident frustré commence à exercer des pressions sur l’Iran – officiel israélien

Le bureau des gouverneurs de l'AIEA, qui aurait estimé que l'Iran dispose de suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer trois bombes, devrait condamner Téhéran

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le directeur de l'AIEA, le général Rafael Mariano Grossi, lors d'une conférence de presse au siège de l'agence, dans le centre international de Vienne, en Autriche, le 2 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Lisa Leutner)
Le directeur de l'AIEA, le général Rafael Mariano Grossi, lors d'une conférence de presse au siège de l'agence, dans le centre international de Vienne, en Autriche, le 2 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Lisa Leutner)

Un haut-responsable israélien a déclaré, lundi, que les pressions diplomatiques se renforçaient sur l’Iran en raison de son programme nucléaire – ce qui pourrait entraîner le retour du dossier devant le Conseil de sécurité, une initiative qui, selon Israël, serait positive.

Le bureau des gouverneurs de l’Agence internationale de l’Énergie atomique est réuni depuis lundi à Vienne dans un climat fébrile, et ce jusqu’à vendredi. Il devrait condamner l’Iran pour la toute première fois depuis le mois de juin 2020 à l’occasion de cette rencontre par le biais d’une résolution.

« Cette décision va, pour la toute première fois, permettre d’exercer des pressions diplomatiques sur l’Iran », a dit l’officiel. « Des pressions diplomatiques qui n’ont pas pleinement et sérieusement été appliquées depuis le début des négociations sur la réintégration des États-Unis et de l’Iran au sein du JCPOA », a-t-il ajouté, se référant à l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 entre la république islamique et les puissances mondiales et connu sous le nom de Plan d’action global commun.

Les pourparlers visant à redonner vie à l’accord – qui s’était effondré après le retrait unilatéral des États-Unis du pacte, en 2018, sur décision de l’administration Trump, ce qui avait entraîné en représailles le renoncement de l’Iran à ses obligations – ont commencé au mois d’avril 2021 mais ils se trouvent dans l’impasse depuis quelques mois.

« Nous pouvons constater à partir des déclarations publiques et des menaces de l’Iran qu’ils commencent à montrer des signes de pression en raison de la présentation à venir de la décision prise par le conseil d’administration sur cette résolution », a noté le responsable.

La résolution de l’Agence internationale de l’Énergie atomique, qui a été rédigée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne somme l’Iran de « coopérer pleinement » avec l’agence de l’ONU.

Le responsable, qui s’est exprimé par visioconférence, a également dit que l’administration Biden était en train de changer d’approche face à l’Iran, comme le montrent les sanctions récentes contre le Corps des gardiens de la révolution islamique.

Le 25 mai, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a ainsi annoncé que Washington allait désigner soutien du terrorisme une cellule de blanchiment d’argent et de trafic de pétrole relevant des Gardiens de la révolution islamique.

Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken prend la parole lors d’une audition de la commission des affaires étrangères du Sénat au Capitole américain, le 26 avril 2022, à Washington. (Crédit: Bonnie Cash-Pool/Getty Images/AFP)

Le responsable a indiqué que la frustration croissante de l’Occident et la mise en place de pressions politiques marquaient le début d’un processus qui pourrait se terminer par la remise du dossier du programme nucléaire iranien entre les mains du Conseil de sécurité. Une telle décision, qui doit être prise par le bureau de l’AIEA, ne sera pas prise cette semaine, a reconnu le responsable.

Un prochain rapport du chef de l’Agence internationale de l’Énergie atomique, Rafael Grossi, qui est consacré aux violations du JCPOA de la part de Téhéran, devrait révéler que la quantité d’uranium enrichi dont dispose la République islamique est suffisante pour la fabrication de trois bombes nucléaires, a continué l’officiel. Le projet de résolution est considéré come un signe d’impatience croissante, alors que les diplomates avertissent que la fenêtre permettant de faire revivre l’accord historique sur le nucléaire est en train de se fermer.

Grossi a fait savoir, lundi, que la République islamique n’avait pas encore donné de réponse satisfaisante concernant la présence d’uranium dans plusieurs structures.

« L’Iran n’a pas apporté d’explication qui soient techniquement crédibles en lien avec les découvertes faites par l’agence sur trois sites non-déclarés » au sein de la république islamique, a-t-il indiqué, prenant la parole lors de la réunion du bureau des gouverneurs de l’AIEA à Vienne.

« L’Iran n’a pas informé non plus l’agence du lieu actuel, ou des lieux où se trouvent les matériaux nucléaires et/ou les équipements contaminés par des matériaux nucléaires qui avaient été transférés en 2018 de Turquzabad », a-t-il ajouté.

Dans ses propos, Grossi n’a pas évoqué son récent déplacement en Israël et ses rencontres avec des responsables israéliens. Jeudi, Grossi a atterri à Tel Aviv pour une visite-éclair, s’entretenant avec le Premier ministre Naftali Bennett avant de repartir pour Vienne.

L’officiel israélien a indiqué qu’il y avait actuellement une coordination remarquable sur le dossier iranien entre Israël et les États-Unis, sous la direction du Conseiller à la sécurité nationale israélien Eyal Hulata et de son homologue américain Jake Sullivan.

Le président du Conseil de Sécurité Nationale, Eyal Hulata (à gauche), et le conseiller à la Sécurité Nationale des États-Unis, Jake Sullivan. (Crédit : Composite/autorisation, AP)

Évoquant la question de la désignation, par les États-Unis, des Gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste étrangère, le responsable a signalé que le guide suprême iranien Ali Khamenei avait demandé à ce que le groupe disparaisse de la liste noire alors qu’un projet d’accord était d’ores et déjà sur la table.

« Le guide suprême a pensé qu’il pourrait obtenir tout ce qu’il voulait et il a fait une nouvelle demande », a ajouté l’officiel.

Cette demande soumise par l’Iran de supprimer le Corps des gardiens de la révolution de la liste des entités terroristes américaines a été un point de friction dans les négociations sur la remise en vigueur de l’accord sur le nucléaire mais, mercredi dernier, l’envoyé américain sur la question iranienne, Rob Malley, a fait savoir que le refus de l’Iran de faire des concessions de toute nature rendait vaine toute tentative de faire revivre le JCPOA.

Israël a lancé une campagne publique contre cette suppression du Corps des gardiens de la révolution de la liste noire des groupes terroristes, affirmant que ce serait une récompense faite à une organisation pourtant à l’origine de la mort de milliers de citoyens américains.

Ceux qui soutiennent cette suppression expliquent que c’est une initiative qui permettra de garantir la remise en vigueur du JCPOA, et qu’il s’agit d’une décision largement symbolique. Ils notent que des sanctions économiques significatives à l’encontre du Corps des gardiens de la révolution continueront à être appliquées.

L’AFP a contribué à cet article.

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