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L’Iran accuse l’AIEA de partialité suite à la visite de Rafael Grossi en Israël

Le ministre iranien des Affaires étrangères met également en garde l'Occident contre toute tentative de censurer Téhéran lors de la prochaine réunion de l'AIEA

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, s'exprimant lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue libanais, Abdallah Bouhabib, à Beyrouth, au Liban, le jeudi 24 mars 2022. (Crédit: AP Photo/Bilal Hussein)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, s'exprimant lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue libanais, Abdallah Bouhabib, à Beyrouth, au Liban, le jeudi 24 mars 2022. (Crédit: AP Photo/Bilal Hussein)

Le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré vendredi que la visite du directeur-général de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) en Israël violait la « neutralité » de l’organisation, et a averti d’une réponse « immédiate » si les pays occidentaux décidaient de censurer Téhéran lors d’une réunion de l’AIEA la semaine prochaine.

Le ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a qualifié la visite du chef de l’AIEA, Rafael Grossi, en Israël de « contraire au principe de neutralité ».

Il a accusé Israël d’être le « principal responsable des activités nucléaires illégales dans le monde », faisant référence aux rapports sur le stock d’armes nucléaires non déclaré du pays.

Amir-Abdollahian a également mis en garde les nations occidentales contre toute « action politique » contre l’Iran lors de la réunion de la semaine prochaine.

Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne souhaitent que le Conseil des gouverneurs de l’AIEA censure l’Iran pour n’avoir pas répondu aux questions de longue date sur les traces d’uranium dans des sites non déclarés.

« Toute action politique des États-Unis et des trois pays européens au sein de l’AIEA provoquerait sans aucun doute une réponse proportionnelle, efficace et immédiate de la part de la République islamique d’Iran », a déclaré Amir-Abdollahian lors d’une conversation avec son homologue européen Josep Borrell, selon un communiqué de l’Iran.

Grossi s’est rendu en Israël vendredi pour des entretiens avec le Premier ministre Naftali Bennett axés sur le programme nucléaire iranien.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, rencontre Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, le 3 juin 2022. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Un communiqué du bureau de Bennett a indiqué que le Premier ministre avait averti le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, que l’Iran poursuivait le développement d’une arme nucléaire tout en trompant le monde avec de « fausses informations et des mensonges » pour dissimuler ses travaux.

Bennett a souligné le « besoin urgent » de confronter l’Iran en utilisant « tous les moyens » pour l’empêcher d’acquérir des armes nucléaires, selon le bureau du Premier ministre. Il a également demandé à l’AIEA d’envoyer à Téhéran un « message clair et sans équivoque » lors d’une prochaine réunion du Conseil des gouverneurs consacrée aux sites nucléaires iraniens non déclarés.

« Bennett a clairement indiqué que si Israël préfère la diplomatie afin de priver l’Iran de la possibilité de développer des armes nucléaires, il se réserve le droit de se défendre et de prendre des mesures contre l’Iran afin de bloquer son programme nucléaire si la communauté internationale n’y parvient pas dans les délais impartis », a indiqué le communiqué.

De retour de Vienne, après la réunion, Grossi a déclaré que Bennett et lui avaient eu « des échanges importants sur des questions d’actualité ».

« J’ai souligné l’importance des garanties de l’AIEA et du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) pour la paix et la sécurité mondiales », a tweeté Grossi.

Israël, dont on pense généralement qu’il est le seul État du Moyen-Orient doté de l’arme nucléaire, n’est pas membre du TNP.

Le voyage de Grossi a eu lieu alors qu’Israël a exprimé des préoccupations croissantes concernant les activités atomiques de l’Iran et tout retour potentiel à l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et les puissances mondiales. Les négociations visant à rétablir l’accord sont toujours dans l’impasse après avoir achoppé en mars, l’un des principaux points de friction étant la demande de l’Iran – rejetée par Washington – de retirer le Corps des gardiens de la révolution islamique, le bras idéologique de l’armée iranienne, d’une liste noire américaine sur le terrorisme.

La semaine dernière, le Premier ministre israélien a accusé l’Iran d’avoir volé des documents classifiés à l’AIEA et de les avoir utilisés pour tromper les inspecteurs internationaux il y a près de vingt ans. Il a publié ce qu’il a dit être certains des documents en question. L’Iran a rejeté ces allégations en les qualifiant de mensonges.

Israël était un farouche opposant à l’accord nucléaire de 2015 et a salué le retrait unilatéral de l’administration Trump de l’accord, qui a provoqué son effondrement. Cependant, un certain nombre de responsables de la sécurité, anciens et actuels, ont commencé à dire que le retrait était une erreur, car il a conduit l’Iran à accélérer ses efforts d’enrichissement nucléaire.

L’administration Biden a essayé de renouveler l’accord, qui a levé les sanctions contre l’Iran en échange de limites et d’une surveillance de son programme nucléaire.

L’Iran a toujours affirmé que ses activités nucléaires étaient purement pacifiques, mais le pays a accéléré l’enrichissement de l’uranium après l’échec de l’accord nucléaire pour atteindre des niveaux proches de ceux des armes.

Les agences de renseignement américaines, les pays occidentaux et l’AIEA ont déclaré que l’Iran avait mené un programme d’armement nucléaire organisé jusqu’en 2003. Ni les États-Unis ni Israël n’ont exclu le recours à la force militaire pour empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire.

Le drapeau de l’Iran flottant devant le bâtiment de l’International Center, siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), à Vienne, en Autriche, le 24 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Florian Schroetter)

La semaine dernière, l’AIEA a publié un rapport estimant que les stocks d’uranium enrichi de la République islamique excédaient de plus de 18 fois la limite convenue dans le cadre de l’accord sur le nucléaire de 2015 qui avait été conclu entre Téhéran et les grandes puissances, connu sous le nom de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action).

L’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU a également déclaré qu’il avait encore des questions « non résolues » concernant la présence de matière nucléaire sur trois sites non déclarés en Iran : Marivan (ouest), Varamin et Turquzabad, au sud de Téhéran, précédemment identifié par Israël comme un site présumé d’activité atomique secrète.

Les responsables américains et israéliens estiment qu’il ne faudra dorénavant que quelques semaines à la République islamique pour amasser suffisamment de matière fossile pour fabriquer une bombe si le pays doit choisir de le faire, même s’il lui faudrait encore du temps pour rassembler les autres composantes nécessaires à la fabrication d’un tel dispositif.

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