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Bennett publie des documents qui prouveraient que l’Iran a espionné l’AEIA

Le Premier ministre a rejeté l'affirmation du ministre iranien des Affaires étrangères selon laquelle l'opération d'espionnage présumée n'est qu'un "mensonge sioniste"

Capture d'écran de la vidéo du Premier ministre Naftali Bennett montrant des documents qui, selon lui, prouvent que l'Iran a espionné l'Agence internationale de l'énergie atomique, le 31 mai 2022. (Crédit: Twitter)
Capture d'écran de la vidéo du Premier ministre Naftali Bennett montrant des documents qui, selon lui, prouvent que l'Iran a espionné l'Agence internationale de l'énergie atomique, le 31 mai 2022. (Crédit: Twitter)

Le Premier ministre Naftali Bennett a publié mardi des documents qui, selon lui, ont été pris en Iran et prouvent que les services de renseignement iraniens ont espionné l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) afin de mieux dissimuler ses activités nucléaires malhonnêtes.

Bennett a tweeté un lien vers les fichiers, qui sont en persan, ainsi qu’une vidéo dans laquelle il répond aux remarques du ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, qui a rejeté les allégations d’espionnage la semaine dernière les qualifiant de « mensonges sionistes ».

« Répandre des mensonges ? Allons donc. J’ai la preuve de vos mensonges ici même dans mes mains », a déclaré Bennett dans la vidéo, en brandissant des copies des documents. « Vous voyez, après que l’Iran a volé des documents classifiés à l’AIEA, l’Iran a utilisé ces informations pour comprendre ce que l’agence atomique espérait trouver, puis a créé des histoires de couverture et caché des preuves pour échapper à leurs sondes nucléaires ».

« Comment savons-nous cela ? Parce que nous avons mis la main sur le plan de l’Iran il y a quelques années. Et il se trouve juste ici, dans mes mains », a déclaré Bennett, faisant référence à une opération audacieuse de 2018 lors de laquelle des agents israéliens ont extrait des centaines de milliers de documents sur le programme nucléaire iranien d’un entrepôt en Iran.

 » Voici le plan, en langue perse, des centaines de pages marquées du tampon du ministère iranien du Renseignement », a déclaré Bennett.

Il a ajouté que certains des documents comportaient des notes manuscrites, dont une de Mohsen Fakhrizadeh, considéré comme le responsable du programme nucléaire iranien.

Dans cette note, Fakhrizadeh a écrit : « Tôt ou tard, ils (faisant référence à l’agence atomique) nous questionneront – et nous devrons avoir une histoire complète à leur fournir », a cité Bennett.

« L’Iran a menti au monde, l’Iran ment à nouveau au monde en ce moment, et le monde doit s’assurer que l’Iran ne s’en tire pas à bon compte », a averti Bennett.

Lors du Forum économique mondial de Davos jeudi dernier, Amir-Abdollahian, le ministre iranien des Affaires étrangères, a été directement interrogé lors d’une interview sur l’opération d’espionnage présumée de l’AIEA.

« Malheureusement, les sionistes répandent des mensonges, beaucoup de mensonges », a-t-il répondu, selon une traduction anglaise dans la vidéo de Bennett.

Des révélations sur l’espionnage iranien ont été publiées la semaine dernière par le Wall Street Journal, sur la base de documents provenant des archives qu’Israël a prises à Téhéran. Le journal a déclaré avoir eu accès aux documents « d’une agence de renseignement du Moyen-Orient originaire d’un pays qui s’oppose au programme nucléaire iranien ». Auparavant, seuls les services de renseignement américains avaient accès à l’ensemble des documents d’archives, un accès partiel étant également accordé à des experts indépendants.

Selon le rapport, des responsables iraniens ont obtenu l’accès à des documents de l’AEIA et les ont fait circuler parmi les hauts responsables impliqués dans son programme nucléaire entre 2004 et 2006.

L’entrepôt « atomique » présumé de Turquzabad, à Téhéran, en Iran (Capture d’écran :YouTube)

Dans un communiqué émis mardi contenant la réponse faite par Bennett à Amir-Abdollahian, le bureau du Premier ministre a noté que l’AIEA venait tout juste de publier un rapport sur des matériaux nucléaires qui n’auraient pas été déclarés et qui ont été découverts sur trois sites, et sur le refus opposé par l’Iran de répondre aux questions des inspecteurs sur les endroits où ils se trouvaient. L’État juif avait révélé l’existence de l’un de ces sites – une existence qui avait été ensuite confirmée par les inspecteurs de l’Agence.

L’Iran a fait savoir mardi que le rapport de l’AIEA était « injuste » et le pays a suggéré que cette évaluation critique avait été entraînée par « les pressions exercées » par Jérusalem.

« Malheureusement, ce rapport ne reflète pas la réalité des négociations entre l’Iran et l’Agence internationale de l’Énergie atomique », a dit aux journalistes le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh.

« Ce rapport n’est ni stable, ni équilibré », a-t-il continué, ajoutant : « Nous espérons que des corrections seront apportées ».

Dans le rapport, le groupe de veille de l’ONU a indiqué qu’il avait encore des questions « qui n’ont pas été clarifiées » concernant des matériaux nucléaires non-déclarés qui avaient été retrouvés sur trois sites – à Marivan, Varamin et à Turquzabad, un quartier de Téhéran qui, avait affirmé Israël dans le passé, accueillait une usine d’activités nucléaires secrètes.

Le rapport a ajouté que ses efforts de longue date visant à obtenir une explication de la part des responsables iraniens sur la raison de la présence de matériaux nucléaires à ces endroits précis avaient été vains.

L’Iran a vu la main d’Israël dans les conclusions tirées par l’Agence.

« Il y a une crainte que les pressions exercées par le régime sioniste et par d’autres acteurs aient transformé la nature habituelle des rapports de l’agence qui, de purement techniques, sont devenus politiques », a déclaré Khatibzadeh.

Le représentant iranien au sein de l’Agence internationale de l’Énergie atomique, Mohammad Reza Ghaebi, avait déclaré antérieurement que le rapport « ne reflète pas la coopération extensive de l’Iran avec l’Agence ».

« L’Iran considère cette approche comme non-constructive et destructrice pour les relations étroites de coopération actuelles qui se sont tissées entre le pays et l’AIEA », a-t-il affirmé, ajoutant que « l’Agence doit avoir conscience des conséquences destructrices de la publication d’un rapport si biaisé ».

Le directeur-général de l’Agence internationale de l’Énergie atomique, Rafael Grossi, avant le conseil d’administration trimestriel de l’instance au siège de l’AIEA à Vienne, le 7 mars 2022. (Crédit : Joe Klamar/AFP)

Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’Énergie atomique avaient visité le site de Turquzabad à plusieurs reprises après la révélation de son existence par le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations-unies. Ils avaient prélevé des échantillons de sol et ils en avaient ultérieurement conclu qu’il y avait bien « des traces de matériaux radioactifs » dedans, avait fait savoir la Treizième chaîne en 2019.

Des sources avaient déclaré au mois de février 2021 à l’AFP que rien n’indiquait que le site ait été utilisé pour traiter de l’uranium, mais qu’il avait pu servir pour son stockage.

Dans un autre rapport qui a été publié lundi, l’AIEA a estimé que les stocks d’uranium enrichi de la république islamique excédaient de plus de 18 fois la limite convenue dans le cadre de l’accord sur le nucléaire de 2015 qui avait été conclu entre Téhéran et les grandes puissances, connu sous le nom de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action).

Il a ainsi « évalué qu’en date du 15 mai 2022, le stock total d’uranium enrichi de l’Iran est de 3 809,3 kilogrammes ».

La limite fixée par le JCPOA était de 300 kilogrammes de composant spécifique – soit l’équivalent de 202,8 kilos d’uranium. Le rapport a aussi indiqué que l’Iran continuait ses activités d’enrichissement de l’uranium à des niveaux plus élevés que la limite de 3,67 % définie dans l’accord.

Le stock d’uranium enrichi jusqu’à 20 % est dorénavant estimé à 238,4 kilogrammes, soit 56,3 kilogrammes de plus que dans le dernier rapport publié au mois de mars, tandis que la quantité enrichie à 60 % est de 43,1 kilogrammes, ce qui représente une augmentation de 9,9 kilogrammes.

Il faut un niveau d’enrichissement d’environ 90% pour une arme nucléaire.

Au début du mois de mai, l’Agence internationale de l’Énergie atomique a annoncé qu’elle était « extrêmement inquiète » du silence iranien sur de potentiels sites nucléaires non-déclarés.

« Je me réfère au fait que nous avons pu, au cours des derniers mois, identifier des traces d’uranium enrichi à des endroits qui n’avaient jamais été signalés par l’Iran comme étant des lieux accueillant ce type d’activité », a déclaré le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, lors d’une commission du parlement européen.

« La situation ne semble pas très bonne. L’Iran, pour le moment, n’a pas été franche concernant ce type d’information dont nous avons besoin… Ce qui nous inquiète extrêmement », a continué Grossi.

L’Iran a toujours répété que son programme nucléaire avait des fins pacifiques. Israël considère qu’un Iran devenu un pays du seuil nucléaire est une menace inacceptable, Téhéran ayant promis de détruire l’État juif.

Les responsables américains et israéliens estiment qu’il ne faudra dorénavant que quelques semaines à la république islamique pour amasser suffisamment de matière fossile pour fabriquer une bombe si le pays doit choisir de le faire, même s’il lui faudrait encore du temps pour rassembler les autres composantes nécessaires à la fabrication d’un tel dispositif.

Le ministre de la Défense Benny Gantz pendant une conférence à l’Institut d’études nationales sécuritaires à l’université Reichman de Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Gilad Kvalarchik)

« L’Iran n’est qu’à quelques semaines du moment où elle aura accumulé suffisamment de matière fossile pour une première bombe, elle dispose de 60 kilogrammes de matière enrichie à 60 %, elle produit de l’uranium métallique à un niveau d’enrichissement de 20 % et elle empêche les inspecteurs de l’AIEA d’accéder à ses structures », a déclaré, le 17 mai, le ministre de la Défense Benny Gantz.

Les responsables de l’administration américaine, avec à sa tête Joe Biden, attribuent la responsabilité de la situation actuelle à la décision prise par l’ancien président Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire en 2018, de manière unilatérale. Le JCPOA allégeait les sanctions écrasantes imposées à l’Iran en échange de la réduction de ses activités nucléaires, afin de l’empêcher de développer une bombe atomique – une ambition qui a toujours été niée par Téhéran. Mais après son retrait, Washington a réimposé des sanctions lourdes sur Téhéran, ce qui a amené à l’Iran à rapidement revenir sur ses propres engagements.

Les deux rapports ont été diffusées alors que les négociations visant à redonner vie au JCPOA restent au point mort, après être tombées dans l’impasse au mois de mars.

L’un des principaux points de friction est la requête soumise par Téhéran – qui a été rejetée par Washington – de supprimer de la liste noire des organisations terroristes, aux États-Unis, le corps des Gardiens de la révolution islamique, l’aile idéologique de l’armée iranienne.

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