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Londres : Hackney annonce la fin de ses 58 ans de jumelage avec la ville de Haïfa

Après un débat houleux, le conseil londonien a décidé de rompre ses relations avec cette ville israélienne. L'opposition parle de punition collective

Zoe Garbett, maire de Hackney (debout à droite), le 29 juillet 2026. (Crédit : capture d'écran X)
Zoe Garbett, maire de Hackney (debout à droite), le 29 juillet 2026. (Crédit : capture d'écran X)

JTA – Mardi soir, lorsque le conseil de Hackney a voté pour la rupture, au bout de presque soixante ans, de son jumelage avec la ville de Haïfa, dans le nord d’Israë, il n’y avait qu’une kippa dans la salle face à une mer de keffiehs.

La motion, présentée par l’administration, menée par le Green party, a été votée à l’issue d’une trentaine de minutes de débats passionnés entre conseillers pour savoir si la fin de cette relation était un impératif moral au vu de la guerre à Gaza, ou si elle risquait de sonner le glas de ce qui était jusque-là un des plus anciens exemple de coexistence et de dialogue au sein de ce district.

Le 7 mai dernier, lors des élections locales à Hackney, le décompte final, qui n’a pas encore été rendu public, a donné une victoire écrasante au Green party, ce qui lui a permis de prendre le contrôle du conseil pour la première fois de l’histoire en remportant 42 des 57 sièges du district. Le Parti travailliste, qui contrôlait Hackney depuis une vingtaine d’années, n’a recueilli que neuf sièges, et les conservateurs six.

Hackney est un district du centre de Londres qui abrite l’une des plus importantes communautés juives de Grande-Bretagne mais aussi une très forte population musulmane.

Selon le rapport du conseil, qui cite des estimations de la Fondation Interlink, la communauté juive orthodoxe de Hackney compte 27 405 à 29 460 membres, ce qui représente de 11,7 % à 12,5 % de la population du district. Selon le recensement de 2021, la population juive de Hackney s’élevait alors à 6,7 %, et sa population musulmane à 13,3 %.

Ce vote ne signifie pas que le conseil va immédiatement rompre toute relation avec Haïfa, ville avec laquelle il est jumelé depuis 1968. Le conseil a voté le lancement du processus officiel, qui commence par l’envoi d’un courrier au maire de Haïfa, la réalisation d’une étude d’impact sur l’égalité et la création d’un groupe de travail multipartite avant la présentation de la décision finale à l’ensemble du conseil.

En présentant la proposition, la conseillère du Green party, Sam Mathys, a déclaré que cette mesure correspondait à l’une des principales promesses électorales.

« Depuis des dizaines d’années, nous sommes témoins des violations des droits humains commises par l’État d’Israël contre le peuple palestinien, lesquelles ont atteint un niveau effrayant et sans précédent ces dernières années », a-t-elle déclaré avant d’ajouter : « Nous voulons des partenariats civiques qui favorisent la paix, la justice et l’égalité. »

Le rapport du conseil note que Haïfa a été choisie, à l’origine, en raison de son « harmonieuse population multiculturelle et pluri-confessionnelle et de ses bons antécédents en matière de relations communautaires ». Ces trente dernières années, la relation s’est concentrée sur les liens entre l’hôpital universitaire Homerton de Hackney et le centre hospitalier Rambam de Haïfa, et non sur des échanges civiques.

Le conseiller conservateur et juif orthodoxe Simche Steinberger a soutenu que cette proposition ignorait à la fois l’histoire et les avantages pratiques de ce partenariat.

« Vous n’en avez parlé à aucun des six conseillers juifs », a-t-il déclaré. Citant les échanges médicaux entre les deux hôpitaux, il a ajouté : « C’est probablement le seul jumelage réellement opérationnel : je me souviens qu’il y a de cela quelques années, des médecins de l’hôpital de Haïfa étaient venus donner des cours à Homerton. »

Il a soutenu que les conseillers avaient été élus « pour des questions locales, pas pour des questions nationales », et a qualifié cette proposition de « honteuse », avant d’en demander le retrait.

Le conseiller travailliste Ben Lucas s’est lui aussi opposé à la proposition, tout en affirmant que son parti était « sans ambiguïté opposé aux ravages et violences causés à Gaza par le gouvernement israélien » et qu’il « condamnait fermement les attentats terroristes du Hamas ».

« Le groupe travailliste ne peut, en conscience, soutenir ce document », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « Haïfa n’est pas parfaite, mais pour ceux qui veulent la paix, elle représente un modèle de coexistence, une chance de se battre pour la paix. »

Un drapeau israélien flotte sur une voiture à Hackney, dans le nord de Londres, le 13 octobre 2023. (Daniel LEAL/AFP)

Il a également souligné que cette ville israélienne comptait dans ses rangs des « socialistes et des membres des Verts qui sont consternés par le conflit et oeuvrent en faveur de solutions durables ».

« Vous punissez une population pour les actions de son gouvernement », a-t-il déclaré en qualifiant cette proposition de « geste superficiel », ajoutant « Soyons ceux qui bâtissent des ponts, pas des pyromanes. »

Les personnes favorables à la motion ont soutenu que cette relation était contraire à l’engagement déclaré de Hackney en faveur des droits humains.

La conseillère du Green party Manal Massalha, qui se décrit comme la petite-fille de survivants de la Nakba, a longuement parlé des conditions de vie à Gaza et en Cisjordanie avant de déclarer : « Plus jamais ça, c’est plus jamais ça pour tout le monde. »

La motion a reçu le soutien très enthousiaste de la conseillère du Green party Florence Schechter, élevée dans le judaïsme orthodoxe mais qu’elle a par la suite abandonné.

Les jardins bahaïs de Haïfa, le 11 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Ce sont mes valeurs juives qui me guident. Hackney ne devrait plus être jumelée avec Haïfa », a-t-elle déclaré, ajoutant que sa collègue conseillère aussi issue du Green party Cathy Troupp, fille d’un survivant de la Shoah, était du même avis.

« Il n’est ni juste ni normal que ce que fait Israël rejaillisse sur l’ensemble du peuple juif », a-t-elle déclaré. « Si la communauté juive de Grande-Bretagne entend lutter contre le regain d’antisémitisme, qu’elle commence par condamner le génocide en Palestine. »

Au moment de clôturer les débats, Mathys a souligné que ce vote était « la première étape », ajoutant que le groupe de travail multipartite entendrait les parties intéressées avant de présenter ses recommandations au conseil en janvier 2027.

À l’issue du vote, le président du Board of Deputies, Phil Rosenberg, a écrit sur X : « Ce soir, le Green party de Hackney a montré son ignorance et son intolérance. » Il a ajouté : « Ce vote représente la priorité donnée à la rancœur au détriment du bon sens. »

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