L’UE dénonce l’absence de réponse d’Israël pour les élections palestiniennes
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L’UE dénonce l’absence de réponse d’Israël pour les élections palestiniennes

L'Autorité palestinienne a déclaré qu'Israël devait encore répondre à la demande portant sur l'organisation d'un vote à Jérusalem

Mahmoud Abbas, au centre, président de l'Autorité palestinienne, vote pendant le congrès du Fatah à la Mouqataa, le siège de l'Autorité, à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 décembre 2016. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Mahmoud Abbas, au centre, président de l'Autorité palestinienne, vote pendant le congrès du Fatah à la Mouqataa, le siège de l'Autorité, à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 décembre 2016. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Israël n’a pas répondu à une requête soumise au mois de février par l’Union européenne (UE), qui demandait qu’une délégation d’observateurs puisse se rendre à Jérusalem avant les prochaines élections palestiniennes, ont déploré mardi des responsables de l’UE.

« Le 8 février, l’Union européenne… a transmis une requête officielle au ministère israélien des Affaires étrangères demandant qu’une mission de l’Union européenne puisse accéder aux territoires palestiniens via Israël », a déclaré le représentant de l’UE auprès des Palestiniens, Sven Kühn von Burgsdorff, au cours d’une conférence de presse qui a été organisée mardi.

L’Autorité palestinienne (AP) avait officiellement demandé à l’UE de l’aider à contrôler le vote palestinien qui avait été décidé à la mi-janvier, et la demande avait été transmise à l’UE immédiatement après l’ordre donné par le président de l’AP, Mahmoud Abbas, que des élections soient organisées.

Von Burgsdorff a indiqué que l’UE n’avait pas reçu de réponse jusqu’à aujourd’hui, malgré des « contacts continus » de la part d’Israël. L’observation du bon déroulement du scrutin, a noté l’officiel de l’UE, nécessite qu’une délégation puisse se rendre sur le terrain « plusieurs mois avant le vote, de manière à pouvoir évaluer la situation ».

« Ces retards réduisent considérablement la possibilité, pour l’UE, de tenir un rôle d’observateur au cours de ces élections législatives du 22 mai », a poursuivi Von Burgsdorff.

« Nous n’avons aucun commentaire à faire à ce stade », a déclaré pour sa part le ministère israélien des Affaires étrangères en réponse à une demande de réaction sur le sujet. De même, un porte-parole du bureau du Premier ministre a refusé de s’exprimer.

Azzam al-Ahmad, haut-responsable du Fatah, a affirmé devant les caméras de la chaîne de télévision officielle de l’AP, lundi soir, que l’État juif avait demandé aux observateurs de l’UE de ne pas se présenter.

Le représentant de l’UE auprès des Palestiniens Sven Kühn von Burgsdorff pendant une visite dans le quartier controversé de Givat Hamatos, à Jérusalem-Est, le 16 novembre 2020. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

« Utilisant le prétexte du coronavirus, les Israéliens ont demandé aux observateurs européens de ne pas venir », a déclaré al-Ahmad, une référence potentielle aux lourdes restrictions imposées fin janvier par Israël sur l’entrée et la sortie du pays.

Abbas avait émis, à la mi-janvier, un décret ordonnant la tenue du tout premier scrutin national palestinien depuis plus de 15 ans. Si Abbas était revenu, dans le passé, sur ses promesses d’organiser des élections à plusieurs reprises, les Palestiniens devraient, cette fois-ci, pouvoir réellement se rendre aux urnes.

Les élections législatives palestiniennes sont prévues le 22 mai, tandis que le scrutin présidentiel aura lieu le 31 juillet.

Environ 25 groupes palestiniens se sont inscrits auprès de la Commission centrale des élections palestiniennes, notamment le groupe terroriste du Hamas et l’adversaire d’Abbas dorénavant en exil, Mohammad Dahlan.

Pas de réponse

Les officiels palestiniens affirment que s’ils ont officiellement fait part à l’État juif de leur intention d’organiser des élections à Jérusalem, conformément aux Accords d’Oslo, ils n’ont pas reçu de réponse formelle à cette déclaration de la part d’Israël.

« Nous nous sommes officiellement adressés au gouvernement israélien concernant la participation des habitants de Jérusalem, électeurs et candidats, et nous avons tous les documents pour le prouver. Et ce que dit le président israélien est donc incorrect », avait écrit sur Twitter, à la mi-mars, Hussein al-Sheikh, officiel de l’AP.

Hussein al-Sheikh, un proche confident du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, s’exprimant sur Palestine TV, la chaîne officielle de l’AP. (Capture d’écran Palestine TV)

Environ 350 000 Palestiniens vivent à Jérusalem-Est. Sous les dispositions de la loi israélienne, ils sont considérés comme des résidents permanents – et non comme des citoyens israéliens – et il leur est interdit de voter au cours des élections israéliennes nationales. Si l’État juif leur a offert la citoyenneté sur le papier, les résidents de Jérusalem-Est doivent affronter des obstacles pratiques importants pour l’obtenir. D’autres refusent par principe la citoyenneté.

Israël est, en théorie, dans l’obligation de laisser les Palestiniens organiser des élections à Jérusalem, selon les dispositions des Accords d’Oslo qui avaient été signés en 1995.

Ces accords – une série d’accords bilatéraux conclus entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine – précisent que les Palestiniens habitant Jérusalem-Est peuvent voter dans l’un des six bureaux de vote répartis dans la partie orientale de la ville.

Les critiques accusent les responsables palestiniens d’utiliser le problème de la participation des résidents de Jérusalem-Est comme prétexte pour ne pas organiser de vote.

« C’est une excuse, c’est une manière pour toutes les parties de se désengager en conservant de la dignité et en ne prenant pas le risque de perdre le pouvoir », avait commenté au mois de février Michael Milshtein, ancien officiel israélien de la Défense, auprès du Times of Israel.

Al-Sheikh avait semblé s’offusquer de déclarations attribuées au président Reuven Rivlin dans la presse israélienne, début mars. Rivlin aurait ainsi déclaré au président allemand Frank-Walter Steinmeier que l’État juif « n’interviendra pas dans les élections palestiniennes ».

« Les Palestiniens prennent un grand risque avec des élections démocratiques qui vont probablement amener un mouvement non-démocratique au pouvoir, comme le Hamas, un groupe considéré comme terroriste à l’international – qui pourra alors prendre le contrôle des institutions palestiniennes », avait dit Rivlin, selon le site d’information Walla.

Al-Sheikh a affirmé qu’Israël devait encore répondre à une demande réclamant que les deux parties puissent se coordonner pour le vote prévu.

Alors qu’il lui était demandé d’apporter des preuves écrites de ses affirmations, le bureau d’al-Sheikh a fourni au Times of Israel ce qui est, selon lui, une lettre officielle envoyée au département militaire israélien qui est chargé de la coordination avec les responsables palestiniens.

Une lettre écrite par le haut-responsable de l’Autorité palestinienne Hussein al-Sheikh à son homologue de l’appareil sécuritaire israélien concernant les élections palestiniennes qui sont programmées (Autorisation)

Ce département – qui est connu sous le nom de Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires, ou COGAT – s’est refusé à tout commentaire.

Le courrier d’Al-Sheikh – qui a été envoyé le 17 janvier, deux jours après le décret électoral d’Abbas – informe les autorités israéliennes qu’un scrutin législatif aura lieu le 22 mai « dans les secteurs israéliens » et conformément aux lois électorales palestiniennes.

« Je saurai apprécier votre coopération dans la facilitation de ce processus, notamment par le biais de la formation d’une commission technique conjointe qui permettra d’évoquer tous les sujets relatifs à la mise en œuvre de ces élections, conformément aux mêmes procédures ayant été appliquées lors des votes de 1995, de 2005 et de 2006, sur la base des accords signés entre les deux parties », écrit al-Shekh dans la missive.

Si la lettre ne mentionne pas explicitement Jérusalem-Est, les accords bilatéraux conclus entre Israéliens et Palestiniens garantissent le droit des habitants de Jérusalem-Est à voter au cours du scrutin palestinien.

Selon al-Sheikh, Israël aurait informé les Palestiniens qu’aucune réponse officielle ne serait donnée jusqu’au lendemain du vote israélien, qui a eu lieu la semaine dernière. De hauts-responsables palestiniens ont fait savoir depuis qu’ils n’ont encore reçu aucune réponse de l’État juif.

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