Magda Fyssas, mère du rappeur grec tué, savoure sa victoire sur les néonazis
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Magda Fyssas, mère du rappeur grec tué, savoure sa victoire sur les néonazis

C'est le meurtre de son fils, rappeur antifasciste, par un membre d'Aube dorée en 2013, qui avait braqué les projecteurs sur les multiples exactions et violences du parti grec

Des manifestants brandissent une bannière dépeignant le chanteur grec de rap Pavlos Fyssas, poignardé et tué par un partisan de la formation d'extrême-droite Aube dorée en 2013, aux abords du tribunal, avant le verdict qui sera rendu dans l'affaire, le 7 octobre 2020. (Crédit :  AP Photo/Yorgos Karahalis)
Des manifestants brandissent une bannière dépeignant le chanteur grec de rap Pavlos Fyssas, poignardé et tué par un partisan de la formation d'extrême-droite Aube dorée en 2013, aux abords du tribunal, avant le verdict qui sera rendu dans l'affaire, le 7 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Yorgos Karahalis)

Pendant plus de cinq ans, Magda Fyssas, petit bout de femme infatigable vêtue de noir, s’est battue bec et ongles en mémoire de son fils assassiné, pour obtenir la condamnation « maximale » du parti néonazi grec Aube dorée.

Larmes et cris de colère en marge des 450 journées d’audience, la mère de famille est devenue un personnage emblématique du procès fleuve qui s’est refermé mercredi avec un verdict historique dont elle peut enfin se réjouir.

C’est le meurtre de son fils, le rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, tué par un membre d’Aube dorée le 18 septembre 2013, qui avait braqué les projecteurs sur les multiples exactions et violences du parti néonazi. L’assassinat du musicien engagé avait aussi poussé les autorités judiciaires grecques à poursuivre près de 70 dirigeants et membres de la formation, qualifiée pour la première fois mercredi d' »organisation criminelle ».

« Pavlos, tu as réussi », a-t-elle hurlé mercredi, à l’énoncé du verdict, faisant de ses bras un geste de triomphe.

En cette journée qualifiée d' »historique » par la présidente grecque Katerina Sakellaropoulou, Magda Fyssas portait toujours le deuil de son fils, sept ans après sa mort, la bouche recouverte d’un masque estampillé du surnom du rappeur tué : Killah P.

Les paroles engagées des chansons de Pavlos avaient fait de lui une cible des militants néonazis, selon la famille du musicien. Ce militant de gauche a été poignardé à mort à l’âge de 34 ans, dans une apparente embuscade tendue par des sympathisants d’Aube dorée, devant un café de Keratsini, une banlieue ouest d’Athènes.

Son meurtrier, Yorgos Roupakias, membre d’Aube dorée, aussitôt arrêté, a été reconnu coupable d’homicide volontaire mercredi, et risque la prison à perpétuité.

Le chef du parti néonazi Nikos Michaloliakos avait assumé la « responsabilité politique » du meurtre mais nié sa « responsabilité pénale ».

Si la procureure Adamantia Economou a requis l’acquittement fin 2019, estimant que la culpabilité du parti et de ses dirigeants n’était pas établie, la cour d’appel d’Athènes en a jugé autrement mercredi en reconnaissant cet admirateur d’Hitler coupable d’avoir dirigé une « organisation criminelle ».

« Il faut se battre »

« Nous avons gagné une bataille », s’est exclamée Magda Fyssas, après avoir entendu le verdict les poings serrés. « Mais le fascisme n’est pas vaincu comme ça. Il faut se battre », a-t-elle déclaré aux journalistes, au côté de son mari.

Magda Fyssas n’a cessé de se battre depuis le début du procès marathon, en avril 2015. Elle a assisté à la quasi-totalité des 453 journées d’audience, sangloté à la comparution du meurtrier de son fils, dénoncé « une chape de plomb sur le procès », réclamé « la peine maximale » pour les dirigeants du parti, et enduré les railleries de supporteurs d’Aube dorée.

« Où est ton Pavlos maintenant ? », lui a crié l’un d’entre eux, en 2017.

Au bord de l’effondrement lors du réquisitoire d’acquittement, elle s’est demandée si elle pourrait en « supporter davantage ». « Tout ce temps, et c’est tout ce qu’ils ont compris ? », a-t-elle fustigé, scandalisée.

Troisième force politique du pays en 2015, Aube dorée, qui comptait alors 18 députés au parlement grec, bénéficiait d’une quasi impunité avant le procès. Nombre de ses électeurs se comptaient dans les rangs de la police. Lors de son arrestation, le soir du meurtre, l’assassin de Fyssas a déclaré à un policier : « je suis des vôtres ».

Un mémorial en souvenir de Pavlos Fyssas a été érigé sur une avenue d’Athènes, près du café où il est mort, et une rue porte son nom. Son assassinat a tant choqué la Grèce que chaque année, le 18 septembre, des milliers de personnes se rassemblent en sa mémoire.

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