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Analyse

Malgré ses revers électoraux, le Hezbollah reste une menace croissante pour Israël

Les alliés du groupe chiite ont perdu des sièges lors du vote au Liban, mais ce pays voisin d'Israël reste un État dysfonctionnel où le groupe terrorisme fait ce qui lui plait

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des affiches expriment leur soutien au leader du Hezbollah au Liban, Hassan Nasrallah, sur une route principale de la capitale de Beyrouth avant les élections parlementaires, le 14 mai 2022. (Crédit :  LOUAI BESHARA / AFP)
Des affiches expriment leur soutien au leader du Hezbollah au Liban, Hassan Nasrallah, sur une route principale de la capitale de Beyrouth avant les élections parlementaires, le 14 mai 2022. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

Alors que des résultats électoraux partiels viennent d’être révélés, les gros titres des médias, lundi, donnent l’impression que le scrutin parlementaire libanais a été une victoire pour les opposants du Hezbollah dans le pays du cèdre, dans la région et, bien sûr, en Israël.

Il est indubitable que les alliés druzes et chrétiens du Hezbollah ont perdu des sièges tandis que le parti des Forces libanaises, résolument défavorable au Hezbollah et aux Syriens deviendra le plus important groupe chrétien au Parlement. Une démonstration de force impressionnante de la part de plusieurs candidats indépendants réformateurs qui indique aussi le désir, au sein de l’opinion publique du pays, d’enfin en finir avec les responsables corrompus qui ont fait s’effondrer le pays.

Mais tout espoir que le pays soit parvenu à amorcer un tournant réel ou que la menace représentée par le Hezbollah pour Israël se réduise « s’apparente à de la pensée magique », commente Jacques Neriah, analyste spécialiste du Moyen-Orient au centre des Affaires publiques de Jérusalem.

« L’image finale que nous entrevoyons, aujourd’hui, est celle de l’embourbement du Liban », explique Neriah. « Il n’y a aucune possibilité de réforme. Il n’y a aucune possibilité de changement du système politique. Nous sommes bloqués dans un état de paralysie et de stagnation. »

Ces élections surviennent après des années de troubles au Liban, un pays qui, ces dernières années, a cessé d’honorer les paiements sur sa dette et dont la monnaie a perdu 95 % de sa valeur.

Le Liban a aussi été traumatisé par une explosion dévastatrice. Du nitrate d’ammonium qui avait été stocké de manière inadéquate dans un entrepôt du port de Beyrouth a pris feu avant d’exploser, faisant plus de 200 morts et des milliers de blessés.

Une photo prise par un drone montre la scène d’une explosion dans le port maritime de Beyrouth, au Liban, le 5 août 2020. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla) 

Les responsables politiques sont parvenus à obstruer l’enquête sur ce drame de 2020 et deux des principales personnalités mises en cause ont même semblé se faire réélire avec succès dimanche.

Au lendemain de ce vote, force est de constater Liban n’est pas mieux armé pour s’attaquer aux dysfonctionnements profonds qui se trouvent au cœur de son système de gouvernance.

« La république du Liban est un État détruit », dit Amos Gilad, directeur exécutif de l’Institut de politique et de stratégie au sein de l’université Reichmann de Herzliya. « Le gouvernement est paralysé, l’État est corrompu. Et ces élections ne nous aident d’aucune manière ».

« Personne ne peut procéder à quelque changement que ce soit dans ce pays qui est un malade en phase terminale », ajoute-t-il.

Un électeur met son bulletin dans l’urne lors des élections parlementaires dans un bureau de vote de la ville de Tripoli, dans le nord du Liban, le 15 mai 2022. (Crédit : Ghassan Sweidan/AFP)

Alors que le bloc du Hezbollah et ses adversaires se partagent le Parlement de manière relativement uniforme, la prochaine décision politique majeure pour le pays ne sera pas chose facile. Le président Michel Aoun, allié du Hezbollah, 88 ans, quittera son poste au mois d’octobre et le Parlement va devoir choisir son remplaçant qui, par convention, devra être un chrétien maronite. Aoun voudrait que son gendre corrompu, Gebran Bassil, lui succède – mais il est impopulaire et le Hezbollah l’a lâché.

« Ce Parlement ne parviendra pas à voter pour un président », prédit Neriah.

Alors que les dysfonctionnements actuels rendent impossible un retour à la normalité pour les citoyens ordinaires, ils n’empêcheront pas par ailleurs le Hezbollah à continuer à se construire une puissance militaire.

« Personne ne prendra les armes du Hezbollah, cela ne figure absolument pas à l’ordre du jour », souligne Michel Harari, ancien ambassadeur israélien en Grèce qui travaille dorénavant à l’Institut Mitvim.

Le pire scénario que puisse envisager le Hezbollah, à l’issue des élections de dimanche, est la perte de sa majorité au Parlement. « Ce qui signifierait que le jeu politique se durcit pour le Hezbollah », commente Harari.

Une manifestante aux abords d’un tribunal pendant une manifestation en solidarité avec le juge Tarek Bitar, qui enquête sur l’explosion meurtrière survenue sur le port de Beyrouth en 2020, le 29 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)

Mais ce serait à peu-près la seule mauvaise nouvelle pour Nasrallah.

« Il n’y a aucune tendance permettant de déceler un affaiblissement significatif du Hezbollah ou un éventuel désarmement », explique Harari.

De plus, le marasme, dans le pays, offre en réalité de nombreuses opportunités au groupe terroriste.

Le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah parle en visioconférence pendant une cérémonie marquant le deuxième anniversaire de l’assassinat du chef des forces al-Quds iraniennes, le général Qassem Soleimani, dans la banlieue de Daliyeh, au sud du Liban, le 3 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

« Il y a 150 000 roquettes entre Beyrouth et la frontière et celui qui les exploite, c’est Nasrallah », poursuit Gilad. « Le Hezbollah est le seul acteur à être organisé ici »

Nasrallah sait très bien que tout ira bien pour son organisation, indépendamment des résultats finaux du scrutin. Juste avant ce dernier, il s’était senti suffisamment confiant pour menacer les travaux de prospection de gaz dans le gisement contesté Karish.

« Les élections ne vont rien résoudre », explique Gilad. « Les résultats obtenus indiquent que deux options s’offrent à nous : soit le Hezbollah prend la tête du mouvement, soit il profite de cette crise pour se renforcer. »

L’AFP a contribué à cet article.

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