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Malgré son statut de ville la plus chère au monde, Tel Aviv attire beaucoup d’olim

Derrière cette première place, se cache un boom des investissements dans la haute technologie, qui tire certains salaires vers la hausse, mais se répercute dans le coût de la vie

Aussi loin que l'œil peut voir : la vue de Tel Aviv depuis l'observatoire Azrieli (photo : autorisation)
Aussi loin que l'œil peut voir : la vue de Tel Aviv depuis l'observatoire Azrieli (photo : autorisation)

Shir Meir, un musicien israélien dans la vingtaine, partage avec trois amis une chambre dans une auberge de jeunesse, à défaut de pouvoir se payer un appartement à Tel-Aviv, devenue la ville la plus chère au monde.

« Le désespoir nous a gagnés. Il n’y a pas d’appartement normal pour les jeunes qui commencent leur vie dans cette ville », raconte Shir Meir, qui fait partie du demi-million d’habitants de cette métropole animée, confrontés à la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier et du coût de la vie en général.

Tel-Aviv, coeur culturel et économique d’Israël, a détrôné cette semaine Paris, Singapour, Zurich, Hong-Kong et New-York dans le classement des villes les plus chères du monde de la revue britannique The Economist, tandis que la capitale syrienne Damas, située à 220 km au nord-est à vol d’oiseau, est considérée comme la ville la moins onéreuse.

Derrière cette première place israélienne se cache un boom des investissements dans la haute technologie, secteur phare de la nouvelle économie israélienne, qui tire certains salaires vers la hausse, favorise l’appréciation du shekel, mais se répercute aussi dans la hausse des coûts de transport et d’alimentation, et de l’immobilier.

« Nous vivons à découvert », explique Janine Vosburgh, assise sur un banc d’une rue commerçante de Tel-Aviv, ville où, en 2019 déjà, les loyers étaient 146 % plus chers que dans le reste du pays, selon le bureau des statistiques.

Elle-même a dû faire une croix sur certaines dépenses, cessant de s’attabler dans des restaurants et cafés qui ne désemplissent pourtant pas.

Mais la septuagénaire, qui a autrefois habité à Manhattan, n’envisage pas de quitter sa nouvelle ville, explique-t-elle à l’AFP. « À Tel-Aviv, le (brassage) des idées, la liberté et la considération pour chacun, qu’importe son âge, son genre, sa religion… Cela correspond à ma façon de penser », dit-elle, alors qu’un passant lui demande de l’argent.

Le shekel au sommet

Le coût de la vie est un problème récurrent dans la métropole où les grues s’activent à longueur de journée. En 2011, de jeunes Israéliens s’étaient emparés du boulevard Rothschild, l’une des artères les plus huppées de la ville, pour protester contre la hausse des loyers lors de la « révolte des tentes ».

Des tentes sur le boulevard de Rothschild contre le prix des logements – 2 mars 2015 (Crédit : Melanie Lidman)

Dix ans plus tard, les tentes ont disparu mais les loyers inabordables restent une réalité dans cette ville où un studio de 20 m2 peut facilement se louer 4 000 shekels (1 100 euros) auxquelles s’ajoutent des charges élevées (eau, électricité, taxes municipales).

Selon Asher Blass, ancien économiste en chef à la Banque centrale israélienne, Tel-Aviv s’est avant tout hissée à la première place du podium des villes les plus chères pour des raisons monétaires. Le mois dernier, le shekel israélien a enregistré son appréciation la plus forte vis-à-vis du dollar en 26 ans. Résultat : le coût de la vie augmente et les salaires ne suivent pas nécessairement.

A Tel-Aviv, comme en Israël en général, le prix des denrées alimentaires reste élevé : huit euros pour une douzaine d’oeufs bios et dix pour un « pita-shawarma ». « Il faut en faire davantage pour ouvrir à la concurrence certains produits, agricoles notamment » afin de faire baisser les prix dans le secteur de l’alimentation, estime M. Blass.

Mode de vie

Malgré sa cherté, Tel-Aviv continue à attirer de nouveaux habitants, même si davantage la quittent une fois avoir trouvé leur partenaire. La ville qui ne dort jamais, bordée par la Méditerranée, est ainsi l’une des destinations privilégiées des Juifs de l’étranger qui viennent y faire leur alyah.

« Tel-Aviv est une ville unique où certaines personnes veulent vivre », note Eyal Furmansky, copropriétaire de l’agence immobilière Rothschild Real Estate, qui traite principalement avec des étrangers et des personnes travaillant dans le secteur de la haute technologie.

« Peu importe où vous investissez (dans l’immobilier), c’est un bon placement », dit-il, en chiffrant à 10 % en un an la hausse locale de la valeur des propriétés. Avec la hausse du shekel, « les clients de Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou d’Europe ont toutefois le sentiment que c’est désormais plus difficile pour eux d’acheter un bien immobilier », précise-t-il.

Malgré le coût de l’immobilier et des factures au supermarché plus élevées que dans sa ville d’origine de Haïfa, Aimy Schefner, une actrice israélienne de 26 ans, a fait le choix de s’établir à Tel Aviv : « C’est comme un voyage à l’étranger (…) Vous savez que ça dure un temps, que ce n’est pas pour toute la vie. »

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