Malka Leifer, soupçonnée de pédophilie, sera extradée vers l’Australie
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Malka Leifer, soupçonnée de pédophilie, sera extradée vers l’Australie

Dans ce qui pourrait être le jugement venant clore six années d'audience, la magistrate a statué que la pédophile présumée devrait répondre de ses actes à Melbourne

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

A gauche, Malka Leifer via lien vidéo durant une audience du tribunal de Jérusalem, le 20 juillet 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
A gauche, Malka Leifer via lien vidéo durant une audience du tribunal de Jérusalem, le 20 juillet 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Cour de district de Jérusalem s’est prononcée lundi en faveur de l’extradition de Malka Leifer vers l’Australie où l’ancienne directrice d’une école ultra-orthodoxe pour filles devra répondre de 74 chefs d’accusation d’abus sexuels sur mineures.

Cette décision semble venir clore les tentatives de Leifer d’échapper à la justice depuis douze ans. Elle avait fui en Israël, en 2008, lorsque les accusations à son encontre avaient fait leur apparition en Australie.

La pédophile présumée pourra toutefois encore faire appel de ce jugement.

L’Australie réclame l’extradition de Leifer depuis 2014. Elle y est accusée d’agressions sexuelles sur les élèves qui lui avaient été confiées dans une école juive de Melbourne.

Le dossier avait accumulé les retards et les reports, Leifer et son équipe de défense affirmant que son état de santé n’était pas compatible avec les audiences judiciaires. Les responsables israéliens avaient aussi été mis en cause, accusés de faire traîner le dossier pour protéger Leifer – ce qui avait entraîné des tensions entre Israël, le gouvernement et la communauté juive australienne.

« C’est une victoire pour la justice !! Une victoire pour toutes les survivantes !! » a écrit l’une des victimes présumées de la pédophile, Dassi Erlich, à l’issue du jugement.

La décision prise par la magistrate Miriam Lomp était largement attendue par les procureurs ainsi que par les groupes de défense des droits des victimes, dans la mesure où la juge avait d’ores et déjà déterminé, au mois de mai dernier, que Leifer était apte à être traduite en justice.

Malka Leifer, (à droite), est amenée dans une salle d’audience du tribunal de Jérusalem, le 27 février 2018. (Crédit : AP Photo / Mahmoud Illean, File)

Les avocats de Leifer avaient fait appel de ce jugement devant la Cour suprême qui avait rejeté les arguments avancés par la défense au début du mois, affirmant notamment que les questions relatives à l’état mental de l’accusée, âgée de 59 ans, devaient être prises en charge par une cour australienne et non israélienne.

La Défense devrait également faire appel de la décision de lundi mais, au vu de la frustration de la Cour suprême face à la nature interminable de la procédure, il n’est même pas évident que les magistrats acceptent, une fois encore, de se pencher sur le dossier.

Il faudra encore qu’Avi Nissenkorn, ministre de la Justice, signe l’ordonnance d’extradition pour que Leifer soit placée dans un avion en partance pour l’Australie – autre initiative susceptible de donner lieu à un appel.

Manny Waks, à la tête de Kol V’Oz, un groupe international de défense des victimes d’abus sexuels sur mineurs, a qualifié le jugement de Lump de « grand jour pour la justice ».

Les sœurs australiennes Nicole Meyer, (à gauche), et Dassi Erlich (à droite) participent à une manifestation le 13 mars 2019 devant le tribunal de Jérusalem lors de l’audience d’extradition de Malka Leifer, une ancienne directrice d’école de filles recherchée pour abus sexuels en Australie.
(Yonatan Sindel/Flash90)

« Alors qu’il pourrait y avoir un appel supplémentaire, nous avons maintenant franchi les plus importants obstacles et nous pouvons nous préparer à l’extradition de Malka Leifer. Nous espérons et nous avons la certitude que toutes les procédures qui se présenteront seront prises en charge rapidement et que nous pourrions bien voir Leifer fouler à nouveau le sol australien en 2020 », a-t-il commenté dans un communiqué.

Le président de la Fédération sioniste d’Australie, Jeremy Leibler, a dit espérer, après le jugement, que Leifer renoncerait à toute forme d’appel.

« Il est largement temps de faire revenir Leifer ici. Les survivantes méritent que justice soit faite », a-t-il affirmé.

Dans un communiqué conjoint qui avait été émis avant le jugement de lundi, Erlich, Nicole Meyer et Ellie Sapper – les victimes présumées de Leifer – avaient déploré la lenteur des procédures nécessaires pour décider d’une éventuelle extradition.

En l’an 2000, Leifer avait quitté l’Etat juif pour travailler au sein d’Adass Israel, une école juive orthodoxe de Melbourne.

Lorsque les accusations d’agressions sexuelles à son encontre avaient émergé, les membres du conseil d’administration avaient acheté à cette mère de huit enfants un billet d’avion vers Israël, lui permettant d’échapper à une mise en examen.

Elle avait été assignée à résidence en 2014 après le dépôt, par l’Australie, d’une demande d’extradition – une procédure qui avait été néanmoins suspendue en 2016, les magistrats ayant estimé qu’elle n’était pas apte à être traduite en justice. Elle avait été à nouveau arrêtée en 2018 après des vidéos qui l’avaient montrée vivant une vie totalement normale et sans difficultés.

Leifer aurait été aidée par le chef du parti Yahadout HaTorah Yaakov Litzman, dont la police avait recommandé l’inculpation l’année dernière en raison de pressions qu’il aurait exercées sur les psychiatres, avec pour objectif de changer les expertises des médecins soumises aux magistrats, faisant en sorte que l’accusée soit considérée inapte à être envoyée vers l’Australie.

Après plus d’un an d’audiences supplémentaires, la juge Chana Lomp du tribunal de Jérusalem avait conclu que les preuves concernant la santé de Leifer étaient non-concluantes et elle avait ordonné une nouvelle expertise réalisée par un panel de spécialistes pour déterminer si l’ex-principale feignait la maladie psychiatrique.

Au mois de février, le panel avait déposé ses conclusions, estimant que Leifer avait simulé la pathologie mentale.

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