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Mandelblit: les critiques n’ont influencé ni l’inculpation de Netanyahu ni les négociations

L'ancien procureur affirme que la décision d'enquêter et d'inculper l'ex-Premier ministre a été la plus difficile de son mandat, mais que les protestations n'ont rien changé

Le procureur-général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Tel Aviv, le 29 juin 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le procureur-général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Tel Aviv, le 29 juin 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

L’ancien procureur général Avichai Mandelblit a déclaré lundi que les efforts de l’ancien Premier Ministre Benjamin Netanyahu pour délégitimer le système judiciaire n’ont joué aucun rôle dans sa prise de décision, y compris celle concernant une éventuelle négociation de peine.

M. Mandelblit, qui a pris sa retraite fin janvier, a fait l’objet d’attaques virulentes de la part de M. Netanyahu et de ses alliés en raison de sa décision d’inculper l’ancien Premier Ministre pour corruption, fraude et abus de confiance dans le cadre de trois dossiers. Lundi, le président Isaac Herzog a jugé « inédits » les obstacles rencontrés par Mandelblit.

Mais l’ancien procureur général a déclaré que les critiques n’ont aucunement influencé sa volonté de discuter de la possibilité d’une négociation de plaidoyer avec Netanyahu.

« Ma porte a toujours été ouverte, et cela a toujours été la règle, y compris pour d’autres dossiers », a-t-il déclaré à la foule rassemblée pour une cérémonie de départ à la retraite. « On ne peut pas prendre de décisions sous le coup de la critique – il existe toujours une possibilité de parvenir à un accord avec un accusé. Même s’il a délégitimé le système d’application de la loi (…), on doit faire bonne figure. »

Bien que Mandelblit ait été accusé d’avoir subi des pressions pour envisager un accord, les pourparlers sur un éventuel accord avec Netanyahu ont fini par échouer, apparemment à cause d’un différend sur la question de savoir si la peine inclurait une suspension de la vie politique. Mandelblit a également été critiqué pour avoir permis à d’autres politiciens de de faire appel dans les derniers jours de son mandat, ce que d’aucuns ont considéré comme un empressement à régler les affaires en suspens avant la retraite.

Mandelblit avait été nommé par Netanyahu, qui l’avait auparavant nommé secrétaire du cabinet. Il a déclaré qu’ordonner une enquête et une éventuelle mise en accusation de son ancien patron était l’une des tâches les plus difficiles qu’il ait eu à faire en tant que procureur général, en raison de son « appréciation personnelle » envers le chef du Likud.

« La décision [d’ouvrir l’enquête] a été prise de manière professionnelle sur la base de preuves et de témoins. Je suis en paix avec cette décision », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Binyamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du cabinet de l’époque, Avichai Mandelblit, lors d’une réunion de cabinet hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 décembre 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)

Durant la phase initiale de l’enquête sur le leader de l’opposition Netanyahu, Mandelblit a été critiqué par la gauche qui l’a accusé de faire traîner l’enquête. Après avoir finalement déposé des accusations dans trois dossiers pour lesquels Netanyahu est actuellement en procès, il a été confronté à un barrage incessant d’accusations de la part de Netanyahu et de ses partisans de droite, affirmant que les accusations étaient une conspiration de la police, du système judiciaire et des médias de gauche visant à voir le Premier ministre remplacé.

Mandelblit a décrié les protestations à son encontre, notamment les interpellations devant sa synagogue ou dans son quartier de Petah Tikva, comme dépassant les limites de l’acceptable, bien qu’il ait affirmé que celles-ci ne le touchaient guère.

« Il est légitime de protester et de faire des revendications. Mais la capacité de ces protestations à changer réellement quelque chose n’est pas représentative », a-t-il déclaré. « Il y a des protestations légitimes, mais il n’est pas légitime de suivre quelqu’un à la synagogue, de le déranger pendant qu’il fait ses courses et certainement pas de vandaliser la tombe de son père. Cela a franchi toutes les lignes rouges ».

La tombe vandalisée du père du procureur Avichai Mandelblit, le 28 décembre 2018. (Adam Shuldman/FLASH90)

Il a également mentionné de manière indirecte les efforts déployés « pour nommer un nouveau ministre de la Justice de manière illégale » et une « mesure sur une période très limitée dans laquelle j’ai identifié des efforts visant à saper la légitimité de l’institution du procureur général. »

S’exprimant lors de la même cérémonie de l’Association du barreau israélien, le ministre de la Justice, Gideon Saar, a félicité Mandelblit pour « être resté sur ses positions, jour après jour, sous un feu nourri, sous un assaut de calomnies, de mensonges et de faussetés en raison de la décision que vous avez prise et de votre autorité ».

« Si vous n’étiez pas resté sur votre position, je ne veux pas finir cette phrase. Vous avez compris le poids qui pesait sur vos épaules, ce que vous protégiez et je vous en remercie », a-t-il ajouté.

Manifestation devant le domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Au cours de son mandat, Mandelblit a averti à plusieurs reprises que les attaques contre lui et les forces de l’ordre menaçaient les institutions démocratiques d’Israël.

A la question de savoir lundi s’il avait jamais demandé à Netanyahu d’arrêter les manifestations, il a répondu par la négative.

« À son honneur, jusqu’aux derniers jours, il y avait encore des réunions de travail », a-t-il dit de Netanyahu. « Il avait cette capacité à faire la différence entre les questions personnelles, qui étaient certainement dans les esprits, et les conseils juridiques que je fournissais. »

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