Manifestation contre Netanyahu et la loi d’urgence controversée à Tel Aviv
Rechercher

Manifestation contre Netanyahu et la loi d’urgence controversée à Tel Aviv

Les manifestants dénoncent l'enveloppe législative qui donnerait au gouvernement davantage de pouvoirs pour traiter le coronavirus et qui empièterait sur les libertés civiles

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la dite-loi sur le Coronavirus à Tel Aviv, le 4 juin 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la dite-loi sur le Coronavirus à Tel Aviv, le 4 juin 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des centaines de personnes ont manifesté contre un projet de loi qui instaurerait des régulations d’urgence radicales avec pour objectif de prendre en charge la pandémie de coronavirus à Tel Aviv, jeudi.

Les manifestants ont dénoncé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’accusant d’utiliser la pandémie pour prôner une législation servant ses intérêts politiques propres.

Le mouvement de protestation a démarré sur la place Rabin, dans la ville, avant de se déplacer vers le carrefour des rues King David et Ibn Gabirol, bloquant la circulation sur l’une des principales artères de la ville.

Dans la soirée, la police a dispersé le rassemblement par la force, procédant à l’arrestation de douze personnes. Les manifestants qui ont été appréhendés auraient bloqué le passage des voitures, agressé des passants et des agents et commis des actes de vandalisme, ont rapporté les forces de l’ordre.

Certains participants ont jeté des bouteilles et de la peinture sur les véhicules en circulation et des objets sur la police et ont affronté les agents venus pour disperser la foule, a noté le site Walla.

Les manifestants brandissaient des panneaux où était écrit « Pots-de-vin, fraude et abus de confiance » et « Netanyahu détruit la société israélienne », scandant « Lutter contre la corruption », une référence aux dossiers criminels que doit affronter le Premier ministre.

Les organisateurs du mouvement ont affirmé avant le défilé que « le travail sur la loi Coronavirus continue. Nous sommes sûrs que c’est une loi malveillante qui fait partie du plan visant à sauver l’accusé de son procès tout en ignorant notre démocratie ».

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la dite-loi sur le Coronavirus à Tel Aviv, le 4 juin 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Selon une ébauche du projet de loi qui a été rendue publique dimanche dans la soirée, le gouvernement aurait obtenu des pouvoirs particuliers pour prendre en charge l’épidémie de coronavirus pendant 45 jours, la Knesset ayant la capacité de prolonger la période d’urgence tous les trente jours indéfiniment.

Dans la loi dite « du coronavirus » : la capacité de restreindre les visites dans les habitations privées, la permission accordée à la police d’entrer dans les foyers sans mandat et d’utiliser la force pour faire respecter les régulations et – de manière cruciale – le pouvoir donné au gouvernement de décider de nouvelles mesures sans qu’elles ne soient approuvées au préalable par la Knesset. Selon le projet de loi, le ministre chargé de l’administration de la législation serait le Premier ministre lui-même.

Netanyahu a été inculpé, l’année dernière, pour fraude et abus de confiance dans trois dossiers criminels. Les affaires évoluent autour de pots-de-vin qui auraient été reçus par le Premier ministre et de faveurs politiques accordées par ce dernier en échange d’une couverture médiatique positive à son égard.

Alors que son procès a ouvert le mois dernier, Netanyahu a, une fois encore, nié toute malversation et rejeté les accusations lancées à son encontre en évoquant un complot des forces chargées de faire appliquer la loi, des médias et de ses adversaires politiques, avec pour objectif de lui faire quitter son poste. Il n’a jamais apporté la preuve de ces affirmations.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, portant un masque de protection, préside la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 31 mai 2020. (Crédit : RONEN ZVULUN / POOL / AFP)

Suite aux nombreuses critiques de la loi sur le coronavirus, Netanyahu a expliqué, lundi, que le gouvernement n’autoriserait pas les agents de police à entrer et à perquisitionner les habitations sans mandat dans le cadre de la législation.

S’exprimant lors d’une réunion de faction du Likud, qui a eu lieu dans la journée de lundi, Netanyahu a parlé des informations portant sur certaines clauses contenues dans la loi, les qualifiant « d’infox ».

« En ce qui concerne les droits civils et les droits à la vie privée, je viens tout juste de m’entretenir avec le ministre de la Sécurité intérieure et nous avons convenu, sans équivoque, que nous ne permettrons pas à la police de pénétrer sans mandat dans les foyers israéliens », a-t-il clamé.

« Cela n’arrivera pas », a-t-il continué. « Nous trouverons l’équilibre nécessaire entre l’obligation de mettre en œuvre les exigences de quatorzaine et celle de sauvegarder les droits civils et la vie privée des citoyens. »

« Nous sommes conscients que certains pensent que nous avons l’intention de nuire à cet équilibre mais nous ne l’avons pas fait jusqu’à présent et nous ne le ferons pas à l’avenir », a dit Netanyahu.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a indiqué de manière similaire, lundi, que le gouvernement garantirait la protection des libertés individuelles. Il a également juré d’assouplir certaines parties de la législation proposée.

« Oui, dans les cas d’urgence, l’Etat doit se défendre mais nous garantirons que les droits civils seront respectés et nous superviserons la situation – même au vu de son caractère d’urgence. La démocratie israélienne est plus forte que le coronavirus et cela restera le cas », avait-il dit dans une série de tweets publiés en soutien aux mesures prévues.

Gantz, répondant aux critiques de l’opposition qui ont affirmé que cette loi accorderait au gouvernement un pouvoir illimité, a dit que le texte prévoyait, pour la toute première fois, la mise en place d’un mécanisme de supervision approprié pour surveiller les régulations entraînées par le coronavirus.

Le Premier ministre d’alternance et ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une réunion du cabinet du nouveau gouvernement dans la salle Chagall de la Knesset, à Jérusalem, le 24 mai 2020 (Crédit : ABIR SULTAN / POOL / AFP)

Le ministre de la Justice Avi Nissenkorn, issu lui aussi des rangs de Kakhol lavan, le parti de Gantz, a pour sa part écrit sur Twitter que « les autorités disposeront des outils pour faire appliquer les directives mais aucun agent de police ne pénètrera de manière arbitraire dans les habitations ».

« Dans les prochains jours, nous allons continuer à travailler de manière acharnée pour nous assurer que cette législation sera efficace, mais proportionnée », avait ajouté Nissenkorn.

Répondant aux informations portant sur le projet de loi, dimanche soir, le chef de l’opposition Yair Lapid avait déclaré que le gouvernement « tente de faire passer les directives sous les radars ».

Le député de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi, a pour sa part comparé les directives aux « législations anti-démocratiques que nous avons vu apparaître dans la Hongrie de Viktor Orban. C’est là où cela va nous mener ».

Le pays a commencé à lever les restrictions sur les institutions d’éducation, les synagogues, les centres commerciaux, les restaurants et autres. Alors que les directives de distanciation sociale et d’hygiène restent en vigueur, il semble y avoir eu un relâchement chez de nombreux Israéliens face à ces mesures – notamment l’obligation du port du masque dans la majorité des espaces publics, à l’extérieur des habitations.

Mais une hausse récente du nombre de nouvelles infections, en particulier dans les écoles, a entraîné des mises en garde des responsables du gouvernement, qui ont averti de la possibilité d’imposer un nouveau confinement.

Plus de vingt établissements scolaires ont été fermés, jeudi, en raison des infections au coronavirus, alors que l’Etat juif enregistrait la plus forte hausse du nombre de cas de coronavirus en une seule journée depuis plus d’un mois.

Selon le ministère de l’Education, ce sont 87 écoles et crèches qui ont dorénavant été fermées pour endiguer la propagation du virus, contre 65 en début de journée.

Le ministère a ajouté que 301 élèves et professeurs ont été testés positifs au COVID-19 dans le contexte de cette nouvelle recrudescence et que 13 696 personnes se trouvaient en quarantaine en raison de leur exposition potentielle au virus.

La zone commerciale de Mamilla à Jérusalem, le 4 mai 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Ces fermetures ont eu lieu vingt-quatre heures après l’annonce faite par le gouvernement que les établissements scolaires resteraient ouverts mais qu’il utiliserait un principe de fermetures ciblées dans les écoles où un cas de coronavirus serait confirmé dans le but d’aider à réduire la hausse récente des infections. Si les cours ont repris après deux mois d’interruption, les élèves et les professeurs sont tenus de porter des masques et de respecter des mesures d’hygiène strictes.

Le ministère de la Santé, qui aurait poussé à fermer les écoles dans le pays tout entier, a indiqué que le nombre en hausse des infections parmi les élèves était le tout premier facteur à prendre en compte dans l’augmentation récente des cas.

Jeudi soir, le ministère a fait savoir que 118 nouveaux cas de COVID-19 avaient été enregistrés au cours des dernières vingt-quatre heures – la hausse la plus importante en un jour depuis le 2 mai.

Le nombre de cas actifs dans le pays est de 2 191, avec 17 495 infections enregistrées depuis le début de la pandémie.

Il n’y a pas eu de décès supplémentaires des suites de la maladie et le bilan des morts reste à 291.

Le ministère de la Santé a aussi indiqué que 12 929 tests avaient été réalisés mercredi – une hausse marquée par rapport à ces derniers jours.

Le bond dans le nombre de nouveaux cas survient après une baisse constante du nombre de contaminations pendant tout le mois de mai, entraînant l’allègement, par Israël, de la restriction des mouvements, de l’activité économique et des rassemblements qui avaient été mis en place pour contenir la pandémie.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...