Mémorial d’Izieu: Exposition sur la première commémoration de la rafle d’enfants
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Mémorial d’Izieu: Exposition sur la première commémoration de la rafle d’enfants

"L’importance de cette première cérémonie du 7 avril 1946 avait été un peu sous-évaluée. La mobilisation du public a été très forte, très tôt", souligne le directeur du musée

La Maison d'Izieu, où 44 enfants et leurs 7 éducateurs ont été raflés en 1944. (Crédit : Wikipédia)
La Maison d'Izieu, où 44 enfants et leurs 7 éducateurs ont été raflés en 1944. (Crédit : Wikipédia)

Grâce à de fructueuses recherches, le musée-mémorial d’Izieu (Ain) a inauguré mardi une exposition consacrée aux 75 ans de la toute première commémoration de la rafle de 44 enfants juifs menée deux ans plus tôt par la Gestapo de Klaus Barbie.

La direction du mémorial a eu l’idée de cette initiative en recevant un don de la famille de Marie-Antoinette Cojean.

À l’époque, avec le sous-préfet de Belley Pierre-Marcel Wiltzer dont elle était la secrétaire, Mme Cojean avait contribué à trouver un refuge aux enfants juifs traqués par les nazis et leurs complices. Sans toutefois pouvoir empêcher la rafle de 44 d’entre eux et de 7 éducateurs, le 6 avril 1944, sur ordre de Barbie.

Après la guerre, la jeune femme avait assisté à la première commémoration de la rafle, le 7 avril 1946. Elle avait pris des photos depuis restées dans sa famille.

Le procès Klaus Barbie retransmis à la télévision (Crédit: capture d’écran/Mémorial de la Shoah)

Dans ce lot d’images, les responsables du mémorial ont remarqué la présence d’une caméra dans la foule. Ce qui a permis de récupérer auprès de Gaumont un reportage qui dormait depuis 75 ans dans les archives de l’ancienne société d’actualités cinématographiques.

Présenté à l’exposition, ce film commenté de 34 secondes montre les visages des 3 000 personnes présentes autour du ministre communiste des Victimes de guerre, Laurent Casanova, assistant à l’inauguration des plaques commémoratives de la maison et du monument situé en contrebas du hameau, à Brégnier-Cordon.

Fort de ces découvertes, le mémorial a lancé un appel à témoins et d’autres photos ont afflué. Un ancien responsable des Éclaireurs de France a apporté un album de l’association scoute présente à cette journée et des témoins âgés de moins d’une dizaine d’années à l’époque ont confié leurs souvenirs.

Et puis un carton oublié et jauni a été miraculeusement retrouvé dans les sous-sols de la sous-préfecture de Belley, il y a quelques semaines : le dossier de préparation officielle de la cérémonie.

« Je les ai tous connus »

« L’importance de cette première cérémonie du 7 avril 1946 avait été un peu sous-évaluée. La mobilisation du public a été très forte, très tôt », souligne Dominique Vidaud, directeur du musée-mémorial, rappelant également l’impact du procès Barbie dans le souvenir des enfants d’Izieu.

« Pour que la mémoire soit préservée, il faut absolument que des traces soient laissées. Ensuite, il lui faut du temps pour qu’elle se construise », confirme l’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah.

À l’âge de 7 ans, Samuel Pintel était arrivé à Izieu dans la petite carriole tirée par le vélo de Miron Zlatin, mari de la directrice de la colonie Sabine Zlatin, après un trajet de quarante kilomètres dans le froid depuis Chambéry. Il y est resté quelques semaines avant de repartir dans un autre refuge trois mois avant la rafle.

Mais ce n’est qu’au moment du procès Barbie en 1987 que Samuel Pintel réalise qu’il est passé à Izieu, en reconnaissant la maison dans des reportages à la télévision.

« Avant cela, Izieu pour moi c’était le néant, un trou noir. Je n’avais aucune idée où se situait le village ; je n’en avais même pas retenu le nom », confie l’homme qui, depuis, a établi la liste complète de ses camarades assassinés.

« J’ai été le dernier à quitter la maison. Je les ai tous connus. Je ne pouvais pas les laisser tomber », confie Samuel Pintel, qui a mené ses propres recherches.

Son fils Simon a aidé Sabine Zlatin – décédée en 1996 – dans ses démarches pour que la maison devienne le musée-mémorial inauguré en 1994 par François Mitterrand.

Mardi, la cérémonie de commémoration et l’inauguration de cette exposition tenue en plein air s’est faite sans public, en raison des restrictions sanitaires.

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