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Meta, le nouveau nom de Facebook, signifie « mort » en hébreu

« Ne vous inquiétez pas, nous sommes dessus », tweete le service d’urgence ZAKA après l’annonce du changement, alors que les internates anglophones se moquent du nouveau nom

Les employés de Facebook prennent une photo avec le nouveau nom et le nouveau logo de l'entreprise à l'extérieur de son siège social à Menlo Park, en Californie, le jeudi 28 octobre 2021, après que l'entreprise a annoncé qu'elle changeait son nom pour Meta Platforms Inc. (AP Photo/Tony Avelaire)
Les employés de Facebook prennent une photo avec le nouveau nom et le nouveau logo de l'entreprise à l'extérieur de son siège social à Menlo Park, en Californie, le jeudi 28 octobre 2021, après que l'entreprise a annoncé qu'elle changeait son nom pour Meta Platforms Inc. (AP Photo/Tony Avelaire)

L’annonce de Facebook jeudi que la société s’appellerait désormais Meta a été largement ridiculisée sur les réseaux sociaux. Mais en Israël, le changement de nom a fait beaucoup de bruit pour une autre raison : le nouveau nom de la société veut dire « mort » au féminin en hébreu.

« En hébreu, *meta* signifie *mort* », a tweeté Nirit Weiss-Blatt, une experte en technologie, en réponse à l’annonce de l’entreprise. « La communauté juive ridiculisera ce nom pour les années à venir », a-t-elle ajouté.

Le service d’urgence ZAKA, spécialisé dans la collecte de parties du corps à la suite d’accidents ou d’attaques terroristes pour assurer un enterrement juif approprié, a tweeté : « Ne vous inquiétez pas, nous sommes dessus. »

ZAKA a ajouté le hashtag hébreu פייסבוק_מתה#,signifiant Facebook_Dead, mais prononcé Facebook_Meta.

D’autres qui ont compris la traduction humoristique ont tweeté le hashtag #FacebookDead.

Cette nouvelle identité a été annoncée alors que le célèbre réseau social se bat contre l’une de ses pires crises à ce jour, et tente de concrétiser ses ambitions pour la version « métaverse » de réalité virtuelle d’Internet, que le géant de la technologie voit comme l’avenir.

En expliquant le changement de marque, Zuckerberg a déclaré que le nom « Facebook » n’englobait tout simplement plus « tout ce que nous faisons ». Le réseau de Zuckerberg comprend Instagram, Messenger, WhatsApp, son casque Quest VR, sa plate-forme Horizon VR et plus encore – le tout en plus de Facebook.

Zuckerberg a décrit le métavers comme un « environnement virtuel » à l’intérieur duquel vous pouvez vous rendre – au lieu de simplement regarder sur un écran. Essentiellement, il s’agit d’un monde de communautés virtuelles infinies et interconnectées où les gens peuvent se rencontrer, travailler et se divertir, en utilisant des casques de réalité virtuelle, des lunettes de réalité augmentée, des applications pour smartphones ou d’autres appareils.

« Cela signifie que le métavers n’est pas un projet accessoire », a estimé Colin Sebastian, analyste de Baird. « L’entreprise est totalement engagée dans le développement de la prochaine plateforme numérique, le successeur de l’internet mobile. »

Lundi, lors de la présentation des résultats, Mark Zuckerberg a estimé que les sommes consacrées à Facebook Reality Labs, la tête de pont du métavers, allaient amputer le résultat opérationnel (la marge tirée des activités du groupe) de plus de dix milliards de dollars, dès cette année.

« Et je prévois que cet investissement va croître chaque année à l’avenir », a révélé le cofondateur du réseau social.

Le pari à risque de Facebook

Les documents internes exfiltrés par la lanceuse d’alerte Frances Haugen ont montré que le groupe de Menlo Park (Californie) s’inquiétait de pas recruter suffisamment d’utilisateurs au sein de la jeune génération, non seulement sur Facebook, déjà boudé depuis longtemps, mais aussi sur Instagram.

Par ailleurs, la récente mise à jour du système d’exploitation de l’iPhone a perturbé sa relation avec les annonceurs, qui manquent désormais de visibilité sur l’efficacité de leurs campagnes.

C’est aussi l’un des enjeux phares du projet métavers, qui cherche à contourner Apple et tous les intermédiaires en proposant un écosystème qui se suffit à lui-même, explique Audrey Schomer, analyste du cabinet eMarketer.

Mark Zuckerberg a ainsi beaucoup insisté sur la nécessité de l’interopérabilité (facilité des transferts entre univers virtuels): il a invité des acteurs extérieurs à se joindre à l’aventure, tout en se positionnant comme le créateur et le référent d’un système universel comme ont pu l’être l’App Store d’Apple, le moteur de recherche de Google ou même l’internet dans son ensemble.

La création de Meta ne ressemble pas à celle d’Alphabet, devenu maison mère de Google en 2015, car elle ne signalait pas un changement de paradigme. Et pour Colin Sebastian, « ce n’est pas (non plus) un +moment iPhone+ », qui rappellerait le lancement de ce qui allait devenir le produit phare d’Apple.

Steve Jobs en 2010. (Crédit : Matthew Yohe/Wikipedia Commons)

A l’époque, le directeur général Steve Jobs avait un produit disponible à présenter, ce qui n’est pas le cas de Mark Zuckerberg, souligne l’analyste. Colin Sebastian considère néanmoins que le lancement du Cambria, le nouveau casque de réalité virtuelle de Facebook/Meta attendu l’an prochain, sera « une étape cruciale pour les produits VR et l’AR (réalité augmentée) ».

Se pose néanmoins la question de l’attractivité d’un univers parallèle, VR et AR étant actuellement bien moins populaires que prévu il y a quelques années.

« Aujourd’hui, la réalité virtuelle semble menacée de caler complètement, et de ne devenir qu’une petite partie de l’univers des passionnés de jeux vidéo », a réagi, sur son blog, Benedict Evans, spécialiste de la technologie.

Pour Audrey Schomer, ce relatif échec tient, pour partie, au prix assez élevé des casques de réalité virtuelle, mais aussi au fait qu’il « n’y a pas assez de contenus attractifs disponibles ».

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, prononce le discours d’ouverture de la conférence des développeurs de Facebook, à San Jose, en Californie, le 1er mai 2018. (AP Photo / Marcio Jose Sanchez, File)

Pour accélérer la pénétration de ces appareils, Mark Zuckerberg veut les vendre « à prix coûtant ou les subventionner », c’est-à-dire les vendre à perte ou les donner, tout en prévenant : « nous devons nous assurer que nous ne perdrons pas trop d’argent en route ».

Les annonces de Mark Zuckerberg depuis lundi n’ont pas inquiété pour l’instant les analystes qui, à une ou deux exceptions près, conseillent toujours, par dizaines, de conserver ou d’acheter le titre Facebook, et le voient encore gagner 20 % dans l’année qui vient.

« La voie de Facebook vers le métavers est relativement dégagée », affirme, sur Twitter, Eric Seufert, analyste pour le site Mobile Dev Memo.

Pour lui, le groupe est déjà engagé sur « la voie de l’inévitabilité », celle qui va en faire « l’entreprise la plus importante dans la vie de la plupart des Terriens pour les 20 ou 30 prochaines années ».

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