« Michelle » à l’Eurovision, ou le rappel de l’intense francophonie en Israël
En dépit de ses très nombreux locuteurs français, environ une personne sur dix, l'État hébreu n'est toujours pas membre de l'OIF
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« Je suis français : la moitié de mon cœur est française et l’autre moitié israélienne », a déclaré le candidat franco-israélien à l’Eurovision, Noam Bettan, quelques jours avant le début de la 70e édition du concours musical (très) populaire en Israël qui démarre ce soir à la Wiener Stadthalle de Vienne, en Autriche.
Les parents du talentueux artiste, originaires de Grenoble, se sont installés en Israël dès 1995. Mais lui, Noam est le dernier de la fratrie à y être né, rappelant ainsi le destin de nombreux Français juifs ayant quitté l’Hexagone pour venir vivre en Israël et qui sont aujourd’hui estimés entre 150 000 à 200 000 âmes.
Ces dernières années, il est ainsi devenu de plus en plus banal d’entendre la langue de Molière en Israël. Pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds en Israël, il faut vous imaginer des villes entières à l’instar de Netanya par exemple où les Israéliens dont la langue natale est l’hébreu se sentent comme des touristes tellement la langue française a envahi l’espace, ou encore, mais dans une moindre mesure Raanana où vit la famille de Noam.
Les caisses de santé ont un service vocal pour les francophones, les menus en français dans les restaurants sont facilement trouvables de même que les pancartes d’annonces immobilières. Vous avez des projections de films doublés en français dans certains cinémas alors que la 23e édition du Festival du film français en Israël se déroule en ce moment même jusqu’au 23 mai dans tout le pays.
Le titre que l’artiste va interpréter s’intitule « Michelle » et il est dans toutes les têtes, surtout celles des francophones, car les paroles sont essentiellement en français.
Cette chanson nous rappelle aussi d’une certaine manière le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais. En effet, malgré la présence de très nombreux francophones dans le pays, Israël ne fait toujours pas partie de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui d’après son site Internet, met en œuvre la coopération multilatérale francophone au service de ses 90 Etats et gouvernements.
Je ne parle pas seulement ici des immigrés de France ou de ce qu’on appelle les « olim » qui auraient fait leur « alyah » comme les parents de Noam Bettan, ou encore ceux venus de Belgique, de Suisse, du Canada, j’englobe ici tous ceux qui sont originaires de pays où le français était la langue parlée et qui ne sont pas passés par un autre pays mais qui sont venus directement s’installer en Israël, surtout dans le sillage de la guerre des Six jours où il ne faisait plus bon d’être juif dans un pays arabe.
Ainsi, selon une évaluation de l’Institut français en Israël datant de 2023, entre 850 000 et 1 000 000 de personnes parlent le français en Israël – autrement dit environ une personne sur dix. Toujours selon cette source, il y aurait par ailleurs plus de 15 000 apprenants par an dans les établissements scolaires et 1 300 dans les Instituts français du pays.
En 1993, l’ambassadeur d’Israël en France de l’époque, Yehuda Lancry, avait reçu l’aval du ministre des Affaires étrangères du gouvernement d’Yitzhak Rabin, Shimon Peres (connu pour sa francophilie), pour lancer la procédure d’adhésion. Israël était alors parvenu à rallier le soutien de la France, qui avait de son côté mandaté l’année suivante une mission d’enquête sur la francophonie dans le pays.
Mais le parti politique du groupe terroriste chiite, créé par l’Iran, qui représente aujourd’hui environ 30 % des Libanais refuse qu’Israël fasse partie de cette organisation – l’accord unanime des pays membres étant requis, une minorité peut ainsi bloquer une candidature.
À l’heure où les relations entre Paris et Jérusalem sont au plus bas, que la ministre française des Armées a cru bon de renvoyer dos à dos le Hezbollah et l’armée israélienne, et que certains commentateurs ont estimé que la chanson pouvait être perçue comme une allégorie de la relation entre Israël et la France, il serait plus que bienvenu que celle-ci se mette un peu à son tour à l’hébreu pour tenter de mieux comprendre les besoins (ô combien existentiels) des Israéliens.
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