Mladenov aux manifestants palestiniens : N’abandonnez pas votre rêve d’État
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Mladenov aux manifestants palestiniens : N’abandonnez pas votre rêve d’État

Des représentants de l'UE, Japon, Russie et Chine se sont aussi adressés à la foule réunie malgré le coronavirus et le blocage de bus par l'armée

Des Palestiniens participent à un grand rassemblement pour protester contre le projet d'annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, à Jéricho, le 22 juin 2020. (ABBAS MOMANI / AFP)
Des Palestiniens participent à un grand rassemblement pour protester contre le projet d'annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, à Jéricho, le 22 juin 2020. (ABBAS MOMANI / AFP)

Un rassemblement de masse organisé par le Fatah contre l’annexion prévue par Israël de certaines parties de la Cisjordanie a attiré des milliers de personnes dans la vallée du Jourdain lundi, malgré les craintes de propagation du coronavirus et le fait que les forces israéliennes aient refoulé les bus qui transportaient les manifestants à l’événement.

C’était le plus grand rassemblement de ce genre depuis que Trump a dévoilé en janvier son plan controversé pour la paix israélo-palestinienne, qui donne à Israël le feu vert pour annexer les implantations israéliennes en Cisjordanie et la vallée stratégique du Jourdain, soit environ 30 % du territoire.

Dans un discours prononcé lors du rassemblement, l’envoyé spécial des Nations unies au Moyen-Orient, Nikolay Mladenov, a dit aux Palestiniens de ne jamais renoncer à leur rêve d’un État. Mladenov a répété la position de l’ONU selon laquelle l’annexion israélienne violerait le droit international, ajoutant qu’elle pourrait « tuer l’idée même que la paix et l’État pour les Palestiniens sont réalisables par le biais de négociations ».

« Vous n’êtes pas locataire ici, c’est votre maison. Vous ne jetez pas les clés de quelque chose que vous construisez depuis 25 ans. Vous la protégez et vous investissez dans l’avenir, un avenir qui est construit sur des valeurs communes de démocratie, de responsabilité et de prospérité pour tous », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devrait annoncer sa stratégie pour mettre en œuvre le plan de M. Trump dès le 1er juillet.

Le plan Trump envisage la création d’un État palestinien, mais sur un territoire réduit et sans répondre à la demande palestinienne d’avoir sa capitale à Jérusalem-Est. Les Palestiniens ont rejeté ce plan et ont essayé de rallier le soutien international contre lui.

« Peuple de Palestine, ne désespérez pas – n’abandonnez pas, n’abandonnez jamais », a dit Mladenov, « parce que la paix est ce pour quoi nous sommes tous ici. »

« Pas d’Etat palestinien sans la vallée du Jourdain », « la Palestine n’est pas à vendre », « le plan Trump ne passera jamais », « le droit international est clair, nous sommes ici en Palestine », pouvait-on lire sur des pancartes.

Il a également observé un moment de silence avec la foule à propos de la mort par balle d’Iyad Halak, un jeune Palestinien autiste de Jérusalem-Est, par la police israélienne qui pensait à tort qu’il était armé.

L’envoyé spécial des Nations unies, Nikolay Mladenov, prend la parole lors d’une manifestation contre l’annexion organisée par le Fatah dans la vallée du Jourdain, le lundi 22 juin 2020. (Capture d’écran/Palestine TV)

« Iyad est la dernière victime en date d’un nombre insensé de meurtres et de décès d’Israéliens et de Palestiniens. Sa mort nous rappelle combien la paix est chère et précieuse et combien elle est difficile à maintenir », a déclaré M. Mladenov.

La mère de Halak s’est également exprimée lors de la manifestation, condamnant ce qu’elle a appelé la domination israélienne « despotique » à Jérusalem et disant qu’elle espérait que son fils serait « le dernier martyr ».

« En tant qu’enseignante, je dis : ‘Enseignez dans vos écoles que nous ne voulons pas la guerre' », a-t-elle déclaré.

Le rassemblement a été une sorte d’exploit diplomatique pour les Palestiniens. Rarement autant de représentants internationaux de premier plan se sont réunis dans les Territoires palestiniens en utilisant le même langage pour affirmer leur opposition aux politiques israéliennes. Outre M. Mladenov des Nations unies, le représentant de l’Union européenne Sven Kühn von Burgsdorff, ainsi que les ambassadeurs de Russie, de Chine, du Japon et de Jordanie ont également pris la parole lors de l’événement.

Le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, a déclaré que l’événement était « sans précédent », ajoutant : « Je n’ai jamais rien vu de tel ».

« Aujourd’hui, le monde est venu à nous, ils nous ont parlé, et ils nous ont dit que nous n’étions pas seuls. Ils sont avec nous dans la bataille pour la liberté, la dignité et la justice. Ils ont dit à Netanyahu et Trump, vous êtes d’un côté, et face à vous se trouve le droit international », a déclaré Erekat dans un discours prononcé lors du rassemblement.

« Nous avons désormais avec nous une large coalition internationale contre le projet israélien d’annexion de terres en Cisjordanie », composée des « pays arabes, des pays non-alignés, de l’Afrique et de l’Europe », a déclaré lundi à l’AFP le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat.

« Aucun pays n’est en dehors de cette coalition, sauf Israël et les Etats-Unis », a-t-il affirmé.

Au moins 1 000 manifestants ont assisté à la manifestation, qui s’est déroulée près de Jéricho, dans la vallée du Jourdain. Le taux de participation a été bien plus élevé que celui d’un autre rassemblement contre l’annexion qui s’était tenu à Ramallah début juin et qui n’avait attiré que quelques centaines de personnes. Le secrétaire général du Fatah, Jibril Rajoub, avait annoncé dimanche que le rassemblement se poursuivrait comme prévu malgré les nouvelles restrictions de mouvement en Cisjordanie pour empêcher la propagation d’une « deuxième vague » de coronavirus.

Les Palestiniens agitent des drapeaux lors d’un grand rassemblement organisé par l’Autorité palestinienne pour protester contre le plan d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, à Jéricho, le 22 juin 2020. (ABBAS MOMANI / AFP)

« Notre participation à la marche sera absolument conforme aux instructions du ministère de la Santé, en ce qui concerne la distanciation sociale, les masques et les gants et le respect de toutes les consignes de sécurité », avait déclaré M. Rajoub.

Alors que la foule portait des masques et des gants, le mouvement n’a pas respecté la distanciation sociale, malgré les efforts déployés pour espacer la foule. Des rangées de hauts responsables politiques palestiniens se sont assis côte à côte et se sont salués par des embrassades amicales.

Des dizaines de bus transportant des manifestants ont également été refoulés par les forces israéliennes au carrefour d’al-Hamra, dans la vallée du Jourdain. L’armée israélienne a bloqué les entrées de Jéricho et les sorties de Naplouse à des points de contrôle temporaires pour empêcher les bus d’entrer, ont rapporté les médias palestiniens.

« Après évaluation de la situation, il a été décidé de ne pas autoriser l’entrée des bus », a déclaré un porte-parole de l’armée israélienne au Times of Israel, refusant de s’étendre davantage sur le sujet.

Des affrontements ont éclaté entre les manifestants et les forces de sécurité israéliennes à al-Hamra. Les forces de sécurité israéliennes ont utilisé des balles à bout de caoutchouc et des gaz lacrymogènes contre les manifestants et au moins quatre Palestiniens ont été blessés, selon le service d’urgence du Croissant Rouge Palestinien.

Des membres importants de la direction palestinienne, dont Erekat, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh, Rajoub, et des ministres du gouvernement de l’AP de Cisjordanie ont participé à ce rassemblement.

Des manifestants à Jéricho ont brandi des pancartes disant « La Palestine n’est pas à vendre » et « Pas d’Etat palestinien sans la vallée du Jourdain ».

Le représentant de l’UE, M. von Burgsdorff, a déclaré dans ses remarques lors du rassemblement que le projet d’Israël constituait une grave violation du droit international. Il a déclaré que même sans annexion, les Palestiniens continueraient à vivre sous une occupation dont l’UE ne reconnaît pas la souveraineté.

« Une annexion unilatérale causerait des dommages réels et peut-être irréparables à la perspective d’une solution négociée à deux États. Nous continuons à soutenir la solution à deux États basée sur des paramètres internationaux et les lignes de 1967 avec Israël et une Palestine indépendante, démocratique, contiguë et viable vivant côte à côte », a déclaré M. von Burgsdorff.

L’Union européenne s’intéresse depuis longtemps aux affaires palestiniennes et constitue la principale source de financement de l’Autorité palestinienne. L’UE fournit environ 650 millions d’euros par an à l’Autorité et à d’autres organisations palestiniennes, et a fourni jusqu’à présent 115 millions d’euros d’aide supplémentaire cette année au secteur palestinien de la santé en difficulté.

Il a également mis en garde les Palestiniens contre toute action unilatérale de leur part en réponse à l’annexion israélienne.

« Si Israël annexe, il n’y aura plus de terres pour un État palestinien », a déclaré le manifestant Mohammed Ishloon, 47 ans, qui est venu à la manifestation depuis le camp de réfugiés d’Aqabat Jaber, près de Jéricho.

« Nous ne laisserons pas Israël voler nos terres », a ajouté le manifestant Kamal Said.

L’AFP a contribué à cet article.

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