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Mort de Jérémy Cohen : Pas de « motifs discriminatoires » à ce stade, dit le procureur

"Aucun élément ne permet à ce jour d’établir avec certitude que la victime était porteuse de manière apparente ou non d’une kippa", a déclaré le procureur de Bobigny

Jeremy Cohen, un Juif français, qui a été tué après avoir été heurté par un tramway, apparemment alors qu'il tentait d'échapper à une agression antisémite près de Paris en février 2022. (Autorisation)
Jeremy Cohen, un Juif français, qui a été tué après avoir été heurté par un tramway, apparemment alors qu'il tentait d'échapper à une agression antisémite près de Paris en février 2022. (Autorisation)

Les violences qui ont précédé la mort de Jeremy Cohen, jeune homme de confession juive percuté par un tramway mi-février, n’ont pas de « motifs discriminatoires » à ce stade de l’enquête, a déclaré mardi le procureur de Bobigny Eric Mathais.

« Il ne ressort pas des témoignages recueillis jusqu’à présent que l’agression ait été commise pour des motifs discriminatoires », a dit M. Mathais lors d’une conférence de presse.

« Aucun élément ne permet à ce jour d’établir avec certitude que la victime était porteuse de manière apparente ou non d’une kippa au moment de la scène de violence », a-t-il ajouté.

Le président et candidat Emmanuel Macron a demandé mardi « la clarté complète » sur ce drame qui selon lui ne doit pas donner lieu à « manipulations politiques ».

Meyer Habib, homme politique franco-israélien et député de la huitième circonscription des Français établis hors de France depuis 2013, a rapidement réagi à cette déclaration.

Le cabinet d’Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone avec les parents de Jeremy Cohen, « pour leur transmettre un message de compassion et leur faire savoir que (…) tous les moyens d’enquête seront mis en œuvre », a indiqué l’Elysée mardi.

Macron « a demandé au garde des Sceaux de suivre de près et de tenir le président personnellement informé », a précisé l’Élysée.

Lundi soir, l’avocat de la famille, Franck Serfati, a affirmé sur BFMTV que « la famille Cohen ne vient pas crier à l’antisémitisme ». « Ce serait dénaturer les faits et préjuger. Mais il ne faut pas exclure à l’heure qu’il est l’élément aggravant d’antisémitisme. »

Depuis sa révélation hier, la mort de Jérémy Cohen, habitant de Seine-Saint-Denis, soulève de nombreuses questions et autant de réactions politiques.

Comment est mort Jérémy Cohen ?

Mercredi 16 février, peu après 20H00, le jeune homme se trouve dans le centre-ville de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Sur une vidéo abondamment partagée sur les réseaux sociaux lundi, on le voit recevoir de violents coups de poing, encerclé par une dizaine de personnes. Il tombe à terre, se relève puis traverse en courant la chaussée l’air désorienté, avant d’être percuté par le tramway.

En arrêt cardio-respiratoire et victime d’un traumatisme crânien, il est décédé à l’hôpital peu après minuit.

Selon Me Serfati, Jeremy Cohen « avait un handicap physique et mental ».

« Il a vraiment un bon cœur, il donne tout ce qu’il a, c’est quelqu’un de très sensible et très doux », avait confié le 31 mars son père Gérald Cohen au micro de Radio Shalom.

Selon la famille, une kippa a été retrouvée près du corps du défunt.

Quelles enquêtes ont été ouvertes ?

À la suite de ce drame, une première enquête a été ouverte pour ce qui s’apparentait alors à un accident mortel de la circulation.

Mais la famille s’interroge, tracte dans le quartier du drame et recueille des témoignages et une vidéo.

« Toutes les preuves ont été remises aux autorités nécessaires aussi bien la police que le parquet », a affirmé Gérald Cohen, sur Radio Shalom, indiquant que la première enquête a été classée.

Une vidéo, reçue le 10 mars par les enquêteurs, accrédite l’hypothèse d’une altercation, selon une source policière.

Une seconde enquête pour « violences volontaires en réunion » a été ouverte, a indiqué lundi le procureur de Bobigny Eric Mathais dans un communiqué, car « rapidement les éléments recueillis permettaient de comprendre que quelques instants avant l’accident, la victime avait subi des violences ».

Ces procédures ont conduit à l’ouverture d’une information judiciaire le 29 mars pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner », la « qualification la plus haute envisageable à ce stade des investigations », a précisé le procureur dans son communiqué. Les investigations sont désormais confiées à un juge d’instruction et la police judiciaire du département.

Quelles répercussions sur la campagne présidentielle ? 

À six jours du premier tour, presque tous les candidats à l’élection présidentielle ont réagi à ce drame.

Le candidat d’extrême droite Eric Zemmour (Reconquête) est le premier à avoir médiatisé l’affaire, sur demande de la famille de la victime.

« Est-il mort pour fuir les racailles ? Est-il mort parce que juif ? Pourquoi cette affaire est-elle étouffée ? », écrivait-il lundi sur Twitter. Sa rivale Marine Le Pen (RN) évoquait elle ce qui « pourrait être un meurtre antisémite ».

« Toute la lumière doit être faite », sur le drame ont de leur côté demandé deux autres candidats à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV).

« Je trouve regrettable que ces mots de soutien soient outrancièrement médiatisés », a critiqué mardi matin l’avocat de la famille sur France 2.

Réactions

Au sein de la communauté juives, des appels à la justice se sont également fait entendre de la part de dirigeants communautaires et personnalités médiatiques.

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