Motti Cohen jure de faire respecter les règles du confinement
Rechercher

Motti Cohen jure de faire respecter les règles du confinement

Alors que la police est mise en cause pour sa gestion des manifestations et est accusée d'être un outil politique, son chef dit qu'il continuera à poursuivre les contrevenants

Les manifestants anti-gouvernement affrontent la police à Tel Aviv, le 3 octobre 2020 (Crédit : Gili Yaari /Flash90)
Les manifestants anti-gouvernement affrontent la police à Tel Aviv, le 3 octobre 2020 (Crédit : Gili Yaari /Flash90)

Alors que la police est accusée d’avoir eu la main lourde lors des récents mouvements de protestation anti-Netanyahu, le chef de la police Motti Cohen a pris la défense, dimanche, des agissements des forces de l’ordre lors des rassemblements réclamant la démission du Premier ministre, samedi. Il a ajouté que la police continuerait à assumer sa mission de mise en vigueur des règles induites par le confinement.

Ses propos ont été condamnés par les leaders des manifestations qui ont accusé la police de se livrer aux autorités politiques.

Des dizaines de personnes ont été arrêtées alors qu’elles prenaient part à des rassemblements qui ont eu lieu samedi dans tout le pays, suite à l’adoption d’une législation hautement controversée, la semaine dernière, qui interdisait les regroupements de masse dans le cadre des restrictions entraînées par le confinement visant à lutter contre le coronavirus.

Les manifestants, qui réclament au Premier ministre Benjamin Netanyahu de démissionner en raison de son procès pour corruption, ont affirmé que la police avait utilisé une force excessive. Des images ont par ailleurs montré des manifestants être bousculés, voire frappés.

« Nous continuerons à faire appliquer la loi et les régulations de manière impartiale et à maintenir la paix, la sécurité et la santé publiques », a commenté Cohen lors d’un briefing sur la situation.

Il a déclaré soutenir les commandants et les officiers qui, dans les rangs de la police, doivent relever « un défi compliqué et mener à bien de nombreuses missions dans un contexte marqué par un manque certain de reconnaissance ».

« Le rôle de la police, dans un pays démocratique, est de mettre en pratique et de faire appliquer les dispositions contenues dans la loi et décidées à la Knesset, même lorsqu’elles ne bénéficient pas du soutien plein et entier du public et même lorsque ceux qui les violent les considèrent comme désagréables », a continué Cohen.

« Malheureusement, il y a ceux qui contreviennent à la loi et qui n’obéissent pas aux instructions données par la police. Nous ne détournerons pas les yeux face à des violations flagrantes de la loi, que ce soit dans le cadre de manifestations ou ailleurs », a-t-il poursuivi.

Le chef de la police Motti Cohen visite un barrage temporaire à Jérusalem, le 18 septembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Affirmant que le pays se trouve actuellement dans une « situation d’urgence » en raison de l’épidémie de coronavirus, Cohen a appelé la population à se plier aux instructions et à écouter les agents chargés de faire appliquer les règles.

Le mouvement des Drapeaux noirs, l’un des principaux organisateurs du mouvement de protestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a pour sa part demandé à la police de s’opposer au Premier ministre ainsi qu’au ministre de la Sécurité intérieure, Amir Ohana, qui a, dans son portefeuille, la responsabilité des forces de l’ordre.

« C’est attristant de constater la reddition complète de Cohen, le commissaire de police en titre, devant la hiérarchie politique », a affirmé le mouvement dans un communiqué. « La prise de contrôle hostile de l’accusé [Netanyahu] et de son ministre de la haine, Ohana, aurait dû se heurter au mur que représente la police israélienne. »

Le mouvement du « ministre du Crime », un autre groupe de protestation, a indiqué que les propos tenus par Cohen « démontrent le détachement et le déni de la responsabilité de la police dans ses défaillances et dans les actes graves de violences commises contre les manifestants ».

Il a fait savoir, de plus, que « sous l’autorité d’Amir Ohana, et en l’absence d’un chef permanent, la police est devenue une police politique, mise au service d’un accusé criminel. Le résultat en est une perte de conscience, des violences graves et des abus. Si les hauts-responsables de la police ne se réveillent pas et qu’ils ne mettent pas un terme à cette folie, nous allons nous retrouver sur une pente glissante risquant de déboucher sur une absence totale de confiance publique dans la police – une confiance qui est déjà bien entamée ».

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place HaBima de Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Samedi, peu après minuit, Ohana avait twitté son soutien à la police.

« Vous vous tenez, avec la solidité d’un roc, aux côtés de ceux qui respectent la loi et de ceux qui recherchent la vie », avait-il écrit, une référence apparente aux inquiétudes portant sur le danger que les manifestations pourraient représenter en termes de circulation du coronavirus dans la population.

« Vous remplissez pleinement votre mission visant à maintenir la sûreté, la sécurité et maintenant, la santé du public israélien », avait-il ajouté dans sa publication. « Les voix négatives, qui se font entendre pour des motifs inavoués, tentent d’affaiblir l’application de la loi et le maintien de l’ordre. Restez forts : Vous sauvez des vies. »

Des rassemblements adhérant aux directives de distanciation sociale ont eu lieu à des centaines d’endroits pendant tout l’après-midi et toute la soirée de samedi, même si par moments les regroupements – qui se sont généralement déroulés dans le calme – ont donné lieu à des échauffourées entre manifestants et agents des forces de l’ordre.

La police a indiqué que 38 personnes avaient été arrêtées à Tel Aviv pour « trouble à l’ordre public et agression sur personne dépositaire de l’autorité ». Toutes ont, depuis, été remises en liberté, à l’exception d’un individu qui se trouve encore en détention, soupçonné d’avoir agressé un agent.

Des informations ont fait état de manifestants agressés par des activistes qui s’opposaient à eux. Plusieurs personnes ont dû être hospitalisées et un protestataire a eu le bras cassé.

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana au cours d’un entretien avec la Douzième chaîne, le 12 septembre 2020. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Guy Lev, dont le bras a été fracturé lors d’un regroupement survenu à Pardes Hannah, a évoqué devant les caméras de la Douzième chaîne « une tentative de lynchage ».

« Le sentiment que j’ai actuellement, c’est que nous ne sommes plus en sécurité. Il devrait y avoir des agents de police qui nous viennent en aide et qui puissent nous aider à défendre notre droit à manifester », a-t-il ajouté.

Il s’est souvenu qu’en arrivant, au volant de sa voiture, sur le lieu de la manifestation, il avait vu un homme sortir de son habitation et cracher sur une jeune femme qui semblait se diriger vers le rassemblement. Lev a expliqué avoir alors arrêté son véhicule et avoir laissé libre cours à sa colère devant l’homme, qui est alors retourné vers son domicile avant de revenir accompagné par plusieurs personnes.

En l’espace de quelques secondes, « des hommes et des femmes ont attaqué », a-t-il dit. « J’ai eu le sentiment que ma vie était en péril. Je suis tout simplement parti en courant. Il leur a fallu dix secondes pour me rattraper, et me donner des coups de poing. »

Il s’est retrouvé au sol, a-t-il raconté, et les agresseurs présumés ont alors commencé à le frapper brutalement sur tout le corps. Ils l’ont ensuite ramené à sa voiture et lui ont donné l’ordre de partir.

« C’est peut-être les plus âgés, dans le groupe, qui ont permis d’arrêter ce lynchage », a-t-il déclaré.

Un homme de 25 ans a été arrêté par la police en lien avec cet incident. L’enquête se poursuit.

Dimanche, la cour de Tel Aviv a prolongé la détention de Pini Luzon, 35 ans, qui est soupçonné d’avoir projeté son véhicule dans un groupe de manifestants au cours d’un rassemblement qui a eu lieu jeudi soir à Tel Aviv. Luzon a expliqué avoir été effrayé par les protestataires qui entouraient sa voiture, disant qu’il avait brusquement accéléré pour s’échapper.

Le mouvement des « Drapeaux noirs » a indiqué que les données recueillies par ses militants, sur le terrain, ont permis de déterminer que plus de 100 000 personnes avaient manifesté dans tout le pays.

Ce chiffre ferait du mouvement de protestation d’hier le plus important depuis le début, cet été, des rassemblements – entraînés par la colère contre le Premier ministre, qui a refusé de démissionner malgré son procès pour corruption, et par la mauvaise prise en charge de la crise du coronavirus par son gouvernement.

Samedi, les manifestants ont semblé très largement porter le masque, mais un communiqué émis par les forces de l’ordre a déclaré qu’ils avaient intentionnellement contrevenu aux directives de distanciation sociale et aux mesures établies sur l’ampleur autorisée des regroupements.

La police a indiqué dans un communiqué que « de nombreux manifestants avaient perturbé l’ordre public, bloqué des routes, ignoré les instructions des agents et recouru à des violences physiques et verbales. Une large majorité a ouvertement contrevenu aux régulations mises en place dans le cadre de l’urgence lorsqu’elle s’est rassemblée sans adhérer aux impératifs de distanciation sociale, sans porter le masque, mettant en péril la santé publique ».

De nouvelles mesures adoptées la semaine dernière interdisent aux Israéliens de se déplacer à plus d’un kilomètre de leur domicile pour manifester, limitant les rassemblements à des « capsules » de vingt personnes maximum sous réserve du respect des obligations de distanciation sociale – même si elles autorisent apparemment la présence de groupes multiples de 20 personnes dans les secteurs disposant d’un espace suffisant pour permettre l’adhésion aux règles de distanciation sociale.

L’approbation de ces restrictions a été considérée comme un coup porté aux réunions hebdomadaires qui ont lieu aux abords de la résidence officielle de Netanyahu à Jérusalem.

Cohen est chef temporaire de la police depuis le mois de décembre 2018. La crise politique traversée par le pays – avec trois élections non-concluantes qui ont eu lieu en l’espace d’un an et demi – a empêché, jusqu’à présent, la désignation d’un commissaire permanent.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a annoncé vendredi que sa formation Kakhol lavan allait immédiatement prendre des initiatives de manière à ce qu’un procureur d’Etat permanent – le poste est vacant depuis le mois de décembre 2019 – soit nommé, ainsi qu’un chef de la police.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...