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Naplouse : L’AP et les groupes terroristes conviennent de mettre un terme aux heurts

La trêve prévoit que l'AP n'arrêtera plus les suspects recherchés par Israël dans la ville, à moins qu'ils n'aient violé les lois palestiniennes

Les forces de sécurité palestiniennes affrontent des palestiniens suite à un raid d'arrestation contre des militants de la ville à Naplouse, en Cisjordanie, le 20 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)
Les forces de sécurité palestiniennes affrontent des palestiniens suite à un raid d'arrestation contre des militants de la ville à Naplouse, en Cisjordanie, le 20 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Les forces de sécurité palestiniennes et les terroristes ont convenu de mettre en place une trêve, mercredi, pour mettre un terme aux violents affrontements qui ont éclaté à Naplouse, une ville connue pour être la capitale économique de la Cisjordanie, ont indiqué les responsables locaux. Des violences qui ont souligné un désenchantement profond face à l’Autorité palestinienne (AP), représentante officielle des Palestiniens au niveau international.

Pour le moment, cet accord mettant fin aux heurts semble apaiser les tensions dans ce secteur qui, mardi, a été le théâtre des démonstrations d’hostilité les plus féroces à l’encontre de l’AP depuis des années.

Les émeutes ont éclaté après l’arrestation par les forces de sécurité palestiniennes de terroristes locaux. Les deux parties ont échangé des coups de feu alors que les résidents, furieux, lançaient des objets sur une jeep blindée, provoquant son départ. Un passant aurait été tué. Ces violences rappellent la manière dont les Palestiniens s’opposent habituellement aux troupes israéliennes.

Ces échauffourées à Naplouse reflètent aussi l’impopularité profonde de l’AP de Mahmoud Abbas, considérée comme permettant le contrôle militaire d’Israël aux presque trois millions d’habitants de la Cisjordanie. L’AP a aussi été éclaboussée par plusieurs scandales de corruption et elle a reporté l’organisation d’éventuelles élections à maintes reprises face à la crainte de les perdre contre son rival du Hamas.

Un semblant de vie normale est revenu mercredi à Naplouse. Des Palestiniens ont fait leurs courses, mercredi, en contournant les débris jonchant les rues qui témoignent encore des violences, alors que les pompiers, dans des grues, ont dégagé le verre brisé des vitrines qui bordent la Place des martyrs, la principale de la ville. Les forces de sécurité de l’AP restent déployées dans des véhicules blindés au centre de Naplouse.

Une commission réunissant des membres des factions terroristes palestiniennes et d’autres personnalités a indiqué que les dispositions de cette trêve prévoyaient que l’AP n’arrêterait plus les suspects recherchés par Israël dans la ville, à moins qu’ils n’aient violé les lois palestiniennes.

Les autorités discuteront de la libération de l’un des hommes qui a été appréhendé dans le cadre de la récente opération. Les Palestiniens placés en détention dans le cadre des heurts, mardi, seront libérés à moins qu’ils n’aient porté atteinte à des biens ou qu’ils se soient livrés à des actes de pillage.

Des jeunes qui caillassaient des blindés de la police locale, des tirs nourris à balles réelles et des rues incendiées. A Naplouse, les affrontements entre Palestiniens témoignent du chaos croissant dans le nord de la Cisjordanie sur fond d’une multiplication des raids israéliens.

Mardi matin, les commerces avaient baissé leur rideau dans la Vieille Ville en proie à des affrontements au parfum de guérilla urbaine.

En cause : l’arrestation de Moussab Shtayyeh, jeune leader en vogue des islamistes du groupe terroriste du Hamas, mouvement rival du Fatah laïc du président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, non par les forces israéliennes, mais palestiniennes.

Sur place, des centaines de jeunes émeutiers palestiniens survoltés menaçaient les rares journalistes, craignant que leurs images ne permettent aux autorités de les appréhender par la suite.

Ibrahim Nabulsi, à gauche, et Musab Shtayyeh sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

Dans une tour surplombant les combats mais au creux de cette ville de près de 200 000 habitants tout en collines, les vitres extérieures des studios de la radio al-Hayat et de la télévision publique Palestine TV sont criblées d’impacts de balles.

« Il y a des raisons plus profondes à ces affrontements que Moussab Shtayyeh », note un journaliste palestinien sur place qui a requis l’anonymat.

« Ces jeunes ne sont ni Fatah ni Hamas ni Jihad islamique, ce sont des jeunes Palestiniens d’une nouvelle génération qui ne tombe sous la coupe de personne et qui enrage à la fois contre Israël et l’Autorité palestinienne », estime-t-il, en faisant référence au parti laïc du chef de l’AP, et des groupes terroristes palestiniens de la bande de Gaza.

« Israël et l’Autorité palestinienne, c’est le même logiciel », renchérit dans la rue Mohammed Mhawe, qui écoute du hip-hop pourfendant ce qu’il appelle les « collaborateurs » de l’AP et rendant hommage au « héros de l’islam » Ibrahim al-Nabulsi.

Des émeutiers palestiniens affrontent les forces de sécurité palestiniennes à Naplouse en Cisjordanie, le 20 septembre 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Dans la foulée d’une vague d’attaques anti-israéliennes au printemps, fatales à 20 personnes, les forces israéliennes ont multiplié les raids dans le nord de la Cisjordanie, notamment à Jénine, d’où étaient originaires les auteurs de certains attentats, mais aussi à Naplouse – deux localités connues pour être des bastions des groupes terroristes palestiniens.

Ces deux villes sont situées dans la zone « A » de la Cisjordanie, territoire palestinien contrôlé depuis 1967 par Israël, où la sécurité est normalement la prérogative des forces palestiniennes et non israéliennes.

En filigrane de ces tensions, Ibrahim al-Nabulsi, âgé de 18 ans, a fédéré des centaines, voire des milliers, de jeunes Palestiniens par sa rhétorique musclée contre les forces israéliennes et son appel à fédérer ce qu’il appelle les « résistants » par delà les factions terroristes.

Sur les réseaux dits sociaux, notamment Tik Tok, les comptes de jeunes Palestiniens rendant hommage à Nabulsi, surnommé le « lion de Naplouse » et tué dans un raid israélien début août, ont pullulé ces derniers mois.

Dans le souk, des commerçants vendent effigies, bracelets et pendentifs ornés de la photo de Nabulsi, mâchoire carré, barbe charbonneuse et fusil d’assaut M-16 en main.

« Plus jeune, Ibrahim était un doux. Il aimait le design et la décoration, mais l’injustice tout autour de lui l’a amené de l’autre côté », estime sa mère, Huda, le visage ceint d’un foulard opalin devant des photos de son fils armé.

« La jeune génération qu’il fédérait n’est pas folle. Ce sont des jeunes qui ont grandi sous l’occupation, qui ne connaissent que les raids et l’injustice et tout cela les rend profondément en colère », juge son père, Alaa, sans vouloir critiquer l’AP, accusée par de jeunes Palestiniens d’impassibilité, voire d’être de mèche avec les Israéliens.

« Cette multiplication des raids israéliens à Jénine et Naplouse affaiblit l’Autorité palestinienne », pense-t-il.

Des manifestants palestiniens affrontent les forces de sécurité palestiniennes suite à un raid d’arrestation contre des militants de la ville à Naplouse en Cisjordanie, le 20 septembre 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Israël de son côté multiplie les raids en Cisjordanie pour « empêcher » de nouveaux attentats en Israël, le Premier ministre Yaïr Lapid affirmant qu’il « n’hésiterait pas à agir partout où l’Autorité palestinienne ne maintient pas l’ordre ».

Dans un article évoquant une « Intifada 3.0 », en référence aux soulèvements palestiniens de 1987-93 et 2000-2005, le commentateur militaire israélien Alon Ben David estime aussi que la multiplication des raids israéliens « érode le statut déjà contesté de l’Autorité palestinienne ».

« Les responsables israéliens disent depuis des années qu’ils doivent se préparer au ‘jour après Abou Mazen’ (…) Or ce jour est déjà arrivé », écrit-il dans les pages du quotidien Maariv en référence aux craintes de conflits intra-palestiniens pour la succession de Mahmoud Abbas.

A Naplouse, devant les violences qui opposent jeunes palestiniens et forces locales, Abou Saada, 67 ans, lui, craint le pire. « Voir les Palestiniens s’affronter me brise le coeur. Ce n’est pas bon du tout pour nous, Palestiniens ».

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