Le Labour suspend une élue qui voulait relocaliser Israël
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La députée aurait employé un assistant ayant posté une série de remarques antisémites et anti-israéliennes

Le Labour suspend une élue qui voulait relocaliser Israël

Naz Shah présente ses excuses au Parlement pour son post Facebook demandant qu'Israël soit « transféré » aux États-Unis ; Corbyn la suspend du parti après l’avoir soutenue ; Cameron trouve « extraordinaire » qu’elle n'ait pas été suspendue plus tôt

La députée travailliste Naz Shah a été élue en mai l'année dernière pour représenter le district ouest de Bradford (Crédit photo : Facebook)
La députée travailliste Naz Shah a été élue en mai l'année dernière pour représenter le district ouest de Bradford (Crédit photo : Facebook)

Le parti Travailliste d’opposition en Grande-Bretagne a suspendu, mercredi, une députée qui a demandé le démantèlement et la relocalisation d’Israël, et a ordonné une enquête sur sa conduite.

Le leader travailliste, Jeremy Corbyn, qui fait face à une crise galopante sur l’antisémitisme au sein du parti Travailliste, a pris des dispositions contre Naz Shah après l’avoir initialement soutenue.

Le Premier ministre David Cameron avait dit plus tôt mercredi qu’il était « extraordinaire » que Shah n’ait pas été suspendue. « En attendant une enquête, elle n’a pas le droit de prendre part aux activités du parti », a déclaré le parti Travailliste dans un communiqué.

Mercredi également, un autre député travailliste, Wes Streeting, a déclaré au Times of Israel dans une interview que la réponse de son parti à l’antisémitisme a été jusqu’ici « maladroite et inefficace » et que « maintenant, il y a un contrôle des médias sur l’élection de Jeremy Corbyn. C’est un peu comme soulever une pierre et voir sortir des insectes rampant ».

Luttant contre la tempête déclenchée par sa position sur Israël, Shah a présenté des excuses personnelles à la Chambre des communes pour ses propos, qu’elle a souligné avoir tenus avant de devenir députée. Elle a promis de bâtir de meilleures relations avec les Juifs et tous les autres.

« J’espère que vous me permettrez de dire que je reconnais pleinement que j’ai fait une erreur et que je m’excuse de tout mon cœur envers cette Chambre pour les mots dont j’ai fait usage avant d’en devenir membre », avait déclaré plus tôt Shah.

« J’accepte et je comprends que les mots que j’utilisés ont bouleversé et blessé la communauté juive et je le regrette profondément. L’antisémitisme est du racisme, point final. En tant que députée, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour établir des relations entre les Musulmans, les Juifs et les gens de différentes confessions ou n’en ayant pas ».

Mais Corbyn, ayant initialement accepté ses excuses, l’a suspendue un peu plus tard mercredi après-midi.

Cameron avait trouvé « extraordinaire » que le parti Travailliste n’ait pas suspendu Shah.

Le Guardian cite un assistant du Premier ministre déclarant : « Si le parti travailliste avait une once de décence, elle serait immédiatement suspendue… Jeremy Corbyn devrait avoir honte de lui-même. »

Le Premier ministre britannique, David Cameron, devant le 10 Downing Street à Londres, 27 février 2014 (Crédit : Carl Court/AFP)
Le Premier ministre britannique, David Cameron, devant le 10 Downing Street à Londres, 27 février 2014 (Crédit : Carl Court/AFP)

Avant l’annonce de la suspension de Shah, un important député conservateur, également envoyé spécial de la Grande-Bretagne pour les questions post-Holocauste, a exigé qu’une de ses collègues du parti Travailliste ayant appelé au démantèlement d’Israël soit démise d’un groupe de recherche sur la montée de l’antisémitisme au Royaume-Uni.

Le seul contact que Naz Shah devrait avoir avec le Comité spécial des affaires intérieures à la recherche sur l’antisémitisme, a déclaré Sir Eric Pickles, alors que la controverse continue à tourbillonner autour de Shah, devrait être celui de témoin devant ce comité.

Plus tôt, le dirigeant travailliste, Jeremy Corbyn, au centre de toutes les attentions du fait d’une augmentation perçue de l’antisémitisme au sein de son parti, avait qualifié les commentaires de Shah d’offensants et d’inacceptables, mais il avait également noté qu’ils avaient été effectués avant qu’elle ne devienne députée et avait précisé qu’il acceptait ses excuses. Il avait également dit que le parti Travailliste est « implacablement opposé à l’antisémitisme et à toutes les formes de racisme. »

Naz Shah avec l'ancien maire de Londres, Ken Linvingstone, à Bradford, en avril 2015, avant son élection comme députée travailliste. (Crédit photo : Wikimedia Commons, goodadvice.com, CC BY-SA 4.0)
Naz Shah avec l’ancien maire de Londres, Ken Linvingstone, à Bradford, en avril 2015, avant son élection comme députée travailliste. (Crédit photo : Wikimedia Commons, goodadvice.com, CC BY-SA 4.0)

Mercredi également, des rapports sont ressortis, montrant que Shah avait employé un assistant qui a posté des tweets antisémites, qualifié Israël d’état de terreur génocidaire et blogué que les Juifs russes orthodoxes sont impliqués dans le commerce du sexe et que beaucoup de Juifs ultra-orthodoxes sont des clients réguliers de maisons closes.

Dans sa déclaration exigeant que Shah soit exclue du groupe de recherche sur l’antisémitisme, Pickles a déclaré que sa présence dans le comité risquerait de détruire son travail avant même qu’il n’ait été commencé, et que les experts mettrait en doute sa crédibilité.

« L’enquête du Comité spécial des affaires intérieures sur les maux de l’antisémitisme est opportune et très importante. Les conclusions du Comité spécial sont à juste titre respectées et dignes de confiance », écrit-il.

« La participation comme députée de Naz Shah au Comité des affaires spéciales risque de fondamentalement saper et discréditer son enquête avant même qu’elle n’ait débuté. Les témoins experts témoignant devant le Comité se demanderont s’ils recevront un procès équitable en sa présence et, malheureusement, quels que soient les résultats, ses conclusions seront fatalement compromises ».

Le président du Conservative Friends of Israel, Rt. Hon. Sir Eric Pickles lors de la réception annuelle de la CFI, à Manchester le 6 octobre 2015 (Crédit : Autorisation)
Le président du Conservative Friends of Israel, Rt. Hon. Sir Eric Pickles lors de la réception annuelle de la CFI, à Manchester le 6 octobre 2015 (Crédit : Autorisation)

Il a conclu : « Le seul contact que Naz Shah devrait avoir avec l’investigation du Comité spécial des affaires intérieures est en tant que témoin elle-même ».

Le post Facebook de Shah a été publié lundi, bien qu’il ait initialement été mis en ligne par Shah en 2014. Il a attiré des réponses agacées des dirigeants de la communauté juive, qui ont appelé à une clarification « urgente ».

Shah, une députée de Bradford West, située dans le Yorkshire dans le nord de l’Angleterre, avait partagé un post montrant un graphique dans lequel une petite silhouette de la carte d’Israël est disposée à l’intérieur de la carte des États-Unis intitulée « Solution pour le conflit Israël-Palestine – Relocaliser Israël aux États-Unis ».

Le graphique ajoute que : « L’Amérique a bien assez de terres pour accueillir un 51e État », « le coût du transport équivaudrait à moins de 3 ans des dépenses de défense » et « les Palestiniens récupéreront leur terre et leur vie ». Il dit aussi que : « Le Moyen-Orient sera à nouveau pacifique sans ingérence étrangère » et « les prix du pétrole vont baisser, l’inflation va baisser, le monde entier sera heureux ».

Shah, qui est musulmane, ajoute au post un statut : « Problème résolu. Vous économisez 3 milliards de livres de frais bancaires que vous transférez chaque année ».

Le post a été partagé en 2014, avant que Shah ne soit été élue au Parlement britannique. Il a d’abord été publié lundi sur le site politique britannique de Guido Fawkes. Tous les posts Facebook de Shah depuis 2014 ont depuis été supprimés.

nazshah

Shah a publié un communiqué mardi, disant : « Ce post datant d’il y a deux ans a été fait avant que je sois députée. Il ne reflète pas mon point de vue et je suis désolée pour toute offense causée ».

Elle a également publié des excuses sur Twitter dans lesquelles elle a annoncé qu’elle quitterait son poste de secrétaire privée parlementaire (PPS) de John McDonnell.

La publication du post a été accueillie par des dénonciations agacées des groupes de coordination juifs du Royaume-Uni. « Les commentaires de Naz Shah sur la relocalisation des Israéliens aux Etats-Unis sont tout simplement épouvantables », a déclaré le porte-parole du Conseil des députés juifs britanniques. « Le Conseil des députés des Juifs britanniques a demandé une réunion d’urgence pour des éclaircissements sur son point de vue sur Israël et la communauté juive du Royaume-Uni. »

Mercredi, le leader du parti Travailliste, Corbyn, a déclaré que « ce que Naz Shah a fait était offensant et inacceptable. Je lui ai parlé et j’ai été clair ».

Cependant, a-t-il continué, « ce sont des messages de médias sociaux tirés de son historique qui ont été postés avant qu’elle ne soit membre du Parlement. Naz a publié des excuses complètes. Ces messages ne reflètent pas ses idées et elle accepte qu’elle a eu parfaitement tort de publier ces posts ».

Mercredi également, le Jewish Chronicle de Londres, citant le site de Guido Fawkes, a rapporté que Shah avait employé un assistant, Mohammed Shabbir, qui avait « par le passé posté des tweets au sujet d’un ‘Holocauste palestinien à Gaza’ et à plusieurs reprises utilisé le terme ‘Zio’. Dans un billet de blog sur les crimes sexuels et de prédation sexuelle », explique le rapport, Shabbir « a revendiqué que les Juifs russes orthodoxes étaient impliqués dans ‘le commerce de la traite sexuelle – la demande est particulièrement élevée chez les Haredim, les conservateurs juifs orthodoxes, dont beaucoup sont des clients réguliers de maisons closes…’. »

Mohammed Shabir (Crédit photo : autorisation)
Mohammed Shabir (Crédit photo : autorisation)

Dans un billet de blog d’août 2014, au moment de la guerre entre Israël et le Hamas, Shabbir a également écrit qu’Israël est « une ‘terreur’ et un l’Etat ‘d’apartheid’ », et il a défendu le déploiement du drapeau palestinien, mais pas du drapeau israélien, à Bradford Town hall.

En réponse aux critiques demandant pourquoi le drapeau israélien ne pouvait pas être également déployé, Shabbir a écrit : «…Beaucoup ici à Bradford seraient nauséeux de voir le drapeau nazi ou d’un autre groupe fasciste avec leurs saluts et chants nazis …

« Franchement, Israël est une ‘terreur’ et un Etat de ‘l’apartheid’ », son emblème est devenu un symbole du despotisme et du génocide. À mon avis, il n’y a pas de moment approprié pour déployer ce drapeau à Bradford. On pourrait se demander quand pourrait être ce moment. Pourrait-il être au retour des Israéliens britanniques de Gaza avec du sang sur les mains ? Je ne pense pas. Pourrait-il être au cours de la commémoration de l’Holocauste ? Beaucoup de Juifs et autres vont remettre en question l’amalgame d’une tragédie, d’un crime tel que l’Holocauste avec un drapeau commettant un nouveau nettoyage ethnique. Quel est donc le moment opportun ? Il n’y en a pas. »

Lors de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, l’an dernier, Shabbir a écrit au sujet d’une visite qu’il avait faite au musée Yad Vashem d’Israël. Faisant référence à l’Holocauste, il a écrit, « pose la question de pourquoi le monde permet à l’expérience palestinienne de continuer ? Une nation qui n’a pas été responsable de l’Holocauste porte le fardeau de l’antisémitisme européen et de sa culpabilité. Nous avons des politiciens de tous les acabits au Royaume-Uni, y compris le conseil de Bradford, qui annoncent fièrement qu’ils sont sionistes. Je ne peux pas imaginer comment ils le peuvent en toute connaissance de cause des atrocités qui se déroulent en Palestine « .

Le parti Travailliste, principal parti d’opposition de la Grande-Bretagne, a été au centre de toutes les attentions au cours des dernières semaines, au milieu d’une série de scandales impliquant des allégations d’antisémitisme.

Au cours des élections de mai 2015, Shah a défait le titulaire George Galloway, chef du poids plume Respect Party, qui est connu pour sa rhétorique anti-israélienne stridente. Avant ces élections, Galloway avait déclaré son district interdit aux Israéliens, y compris les touristes.

Le Jewish Chronicle a également rapporté mardi que Shah a publié un tweet en août 2014, avec un lien vers un blog qui revendique que le sionisme a été utilisé pour « encourager » les Juifs à « exercer une influence politique au plus haut niveau de la fonction publique », et qui a comparé le sionisme à Al-Qaïda.

L’article, intitulé « Colonisation, Israël, la résistance palestinienne et … », tiré d’un blog appelé Walk Together (Marcher ensemble), déclare que le sionisme, « comme Al-Qaïda, a été et est un mouvement politique en lien avec le symbolisme religieux. »

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