Négociations avec Abbas : Herzog préfère la carotte au bâton
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Négociations avec Abbas : Herzog préfère la carotte au bâton

Le chef de l'opposition pense que marginaliser les Palestiniens en les menaçant et en les punissant ne sera que contre-productif ; les États sunnites prêts à resserrer leurs liens

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Isaac Herzog prend la parole devant un groupe d'experts lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018. (Crédit : autorisation)
Isaac Herzog prend la parole devant un groupe d'experts lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018. (Crédit : autorisation)

DAVOS, Suisse – Le chef de l’opposition Isaac Herzog a demandé au président américain Donald Trump d’offrir une ouverture aux Palestiniens samedi, affirmant qu’ils devraient être incités à reprendre les pourparlers plutôt que menacés.

Dans une interview accordée au Times of Israel avant son retour du Forum économique mondial de Davos (Suisse), Herzog a déclaré qu’il ne croyait pas qu’il fallait « pousser les Palestiniens dans un coin », dénonçant les tactiques adoptées par Trump et soutenues par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui ont conduit Ramallah à boycotter les efforts de paix des États-Unis.

« Après beaucoup de coups de bâtons, il est temps d’offrir quelques carottes aussi », a-t-il dit.

Jeudi à la conférence, Trump a critiqué les dirigeants palestiniens et menacé de réduire l’aide de Washington à Ramallah si le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas refusait de négocier avec Israël ou de travailler avec les États-Unis sur un plan de paix.

« Ils vont devoir aussi vouloir faire la paix, sinon nous n’aurons plus rien à voir avec cela », a déclaré le président.

Herzog a reconnu le mécontentement de Trump face au refus de l’AP de rencontrer le vice-président américain Mike Pence et a ajouté qu’il était consterné par le discours « totalement inacceptable » d’Abbas devant le Conseil national palestinien plus tôt ce mois-ci, dans lequel il a nié le lien d’Israël avec Jérusalem. « Mais en fin de compte, c’est nous qui devons vivre ensemble. »

Le président américain Donald Trump s’entretient avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’une réunion bilatérale en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018 (Crédit photo : Amos Ben Gershom / GPO)

« La réduction de leur budget peut avoir un impact négatif sur la situation, plonger les Palestiniens dans la pauvreté et créer davantage de conflits », a affirmé le président de l’opposition et ancien chef du parti travailliste.

Les liens entre Washington et l’AP se sont détériorés depuis que Trump a annoncé le 6 décembre qu’il reconnaissait Jérusalem comme la capitale d’Israël. Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur état.

Lors d’une réunion avec Netanyahu à Davos, M. Trump a déclaré que cette initiative avait pour but de permettre aux parties de régler l’une des questions centrales les plus insolubles qui a contribué à attiser le conflit.

« Nous avons retiré Jérusalem de la table, donc nous n’avons plus besoin d’en parler », a dit Trump jeudi.

Evoquant le large soutien israélien à la décision de Trump de reconnaître Jérusalem, Herzog a dit qu’il « a rendu justice au sionisme et au monde juif ».

Mais il a fait valoir que Trump n’avait pas l’intention de la retirer complètement des négociations.

« Ce n’est certainement pas hors de la table, » a-t-il dit. « Jérusalem est une question centrale dans tout processus de paix, et c’est la question la plus compliquée qui devrait être laissée pour la fin des négociations. »

Herzog a affirmé que le président voulait dire que Jérusalem est la capitale d’Israël, et que cela n’est plus négociable.

Herzog a été invité à Davos avec Netanyahu et a déclaré qu’il était là pour présenter une alternative au gouvernement israélien de droite.

Quand il était à la tête du Parti travailliste, Herzog a vu ses fortunes politiques diminuer depuis sa défaite contre Netanyahu aux élections de 2015. L’année dernière, il a perdu la direction du parti travailliste au profit du néophyte Avi Gabbay, qui a infléchi le parti vers la droite, mais il a été autorisé à rester à la tête de l’opposition puisque Gabbay n’est pas membre de la Knesset. Les critiques ont accusé Herzog de ne pas avoir été un contrepoids assez musclé à la coalition au pouvoir de Netanyahu.

Herzog a déclaré que, pendant son séjour à Davos, il a rencontré divers dirigeants mondiaux en marge du forum, y compris ceux des « États sunnites modérés », qui ont indiqué qu’ils seraient prêts à établir des liens avec Israël.

Isaac Herzog (g) et Mahmoud Abbas en novembre 2014 (Crédit : Flash 90)

« Le message que j’ai reçu d’eux était clair », a dit Herzog. « Nous sommes prêts à emboîter le pas à l’Égypte et à la Jordanie en officialisant les liens avec vous et, pour cela, vous devez vous engager avec les Palestiniens. Il doit y avoir un plan et vous devez prendre certaines mesures. »

Il a déclaré qu’il ne pensait pas que Netanyahu, qui s’enorgueillit de liens secrets croissants avec les États sunnites, en particulier l’Arabie saoudite, soit prêt à prendre les mesures nécessaires.

M. Herzog a déclaré que Netanyahu devrait « parler moins et faire plus » à la lumière de l’impasse entre Israël et les Palestiniens, mais il a quand même loué le Premier ministre, qui est également le ministre des Affaires étrangères, pour la pléthore de réunions qu’il a tenues avec les dirigeants du monde à Davos, y compris les réunions avec Trump, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel.

Herzog lui-même avait failli rejoindre le gouvernement de Netanyahu en 2016, dans le cadre d’un accord qui aurait été négocié par l’Égypte et les États-Unis pour faire avancer les pourparlers de paix. L’initiative s’est toutefois effondrée et Herzog a été condamné par son propre parti pour avoir envisagé de se joindre à la coalition, ce qui l’a conduit à son éviction.

Le chef de l’opposition a admis qu’avoir perdu les élections à la direction du parti travailliste en juillet dernier « n’a pas été une situation simple ».

Depuis qu’il a pris la tête du parti, Gabbay s’est efforcé de répondre aux attentes d’électeurs plus centristes, voire de droite. Il a dit que « la gauche a oublié ce que signifie être juif » et s’est engagé à ne pas évacuer les implantations dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens.

L’ancien ministre de la coalition du parti Koulanou a aussi juré qu’il ne siégerait pas dans une coalition avec le Likud de Netanyahu ou le parti Yisrael Beytenu du ministre de la Défense Avigdor Liberman.

Herzog n’est pas d’accord avec son successeur. Pour lui, Gabbay « devrait maintenir toutes les options afin de pouvoir diriger le pays ».

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