Netanyahu affirme que les rassemblements contre lui sont « bizarres »
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Netanyahu affirme que les rassemblements contre lui sont « bizarres »

Après l'interview de Yair Netanyahu, dans laquelle il a qualifié "d'extraterrestres" les manifestants, le Premier ministre a choisi de ne pas se distancier des propos de son fils

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son fils Yair à Tel Aviv, le 23 janvier 2020. (Aleksey Nikolskyi/Sputnik Kremlin Pool Photo via AP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son fils Yair à Tel Aviv, le 23 janvier 2020. (Aleksey Nikolskyi/Sputnik Kremlin Pool Photo via AP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait le choix, mardi, de ne pas se distancier des propos tenus par son fils, lundi, qui avait qualifié les manifestants anti-gouvernement « d’extraterrestres » et qui avait ajouté que le Premier ministre était « amusé » par les rassemblements.

Si Yair Netanyahu est, depuis, revenu sur ses paroles, affirmant qu’il avait simplement voulu dire que les protestataires en costumes étaient des « extraterrestres », le Premier ministre a pour sa part déclaré lors d’une visite effectuée sur une base militaire de Ramlé qu’il y avait un « phénomène bizarre » dans ces manifestations, et que l’intention de son fils avait été d’exprimer cela.

Il n’a pas détaillé la nature de ce « phénomène » mais il a répété que les rassemblements étaient des foyers d’incitations au meurtre à son encontre.

« Il y a un phénomène étrange ici, hormis l’aspect politique, et vraiment, avec ces incitations sans relâche proférées à mon encontre, à l’encontre de mon épouse, à l’encontre de ma famille – avec même des appels directs au meurtre qui sont à peine rapportés par les médias, si ce n’est pas du tout », a dit Netanyahu. « Je pense que ces manifestations sont politiques et qu’elles représentent un phénomène bizarre, et je pense que c’est à cela que mon fils a voulu faire référence », a-t-il ajouté.

L’organisation du Drapeau noir, à l’origine des manifestations, a réagi en estimant que Netanyahu était en proie à une « attaque de panique ».

« Ce qui est ‘bizarre’, c’est un Premier ministre qui s’accorde un crédit d’impôts d’un million de shekels alors qu’il y a des millions de chômeurs », a déclaré le groupe dans un communiqué. « Ce qui est ‘bizarre’, c’est qu’un accusé dans un dossier pénal soit Premier ministre tout en se préoccupant, jour et nuit, de son propre procès. »

Yair Lapid, le leader de l’opposition, a également critiqué Netanyahu.

Le député Yair Lapid s’exprime lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui demandant de démissionner, sur la place Rabin à Tel Aviv, le 19 avril 2020. (Tomer Neuberg/Flash90)

« Parlons de choses réellement bizarres », a-t-il déclaré. « Un gouvernement doté de 36 ministres pendant une crise économique, c’est bizarre. Un crédit d’impôts d’un million de shekels accordé à Netanyahu quand les citoyens n’ont rien à manger, c’est bizarre. Un Premier ministre impliqué dans trois dossiers criminels graves, c’est très bizarre. »

« Ne rivalisez pas avec nous en termes de bizarreries – votre gouvernement hors-sol est l’une des choses les plus bizarres et les plus mauvaises de toute l’histoire du pays », a-t-il ajouté.

Au cours d’un entretien accordé à Galey Israel, lundi, Yair Netanyahu avait déclaré qu’il montrait à son père des « vidéos choisies » des manifestations qui ont lieu plusieurs fois par semaine dans tout le pays et aux abords de la résidence du Premier ministre, à Jérusalem.

Des milliers d’Israéliens sont descendus dans les rues depuis le début de l’été pour appeler le Premier ministre à démissionner en raison de son procès pour des faits de corruption et pour sa gestion de la pandémie de coronavirus.

« Je m’efforce de ne pas lui montrer des trucs trop vulgaires des manifestations parce que c’est finalement pas agréable, mais, vous savez, ça l’amuse. La vérité, c’est même que ça lui donne de la force », avait déclaré le jeune Netanyahu.

Une manifestante brandit un panneau dépeignant le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une manifestation aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 31 juillet 2020. (Crédit : AP/Oded Balilty)

Il a noté une différence entre son père et feu le leader du Likud Menachem Begin, qui avait démissionné suite à des manifestations massives condamnant sa gestion de la guerre du Liban de 1982.

« Mon père est un homme fort. Ca le fait rire », avait dit Yair. « Il voit ce qu’il voit – tous ces extraterrestres lors des rassemblements. Ca le fait rire, comme un truc amusant. »

Il avait ultérieurement ajouté sur Twitter : « Quand j’ai parlé d’extraterrestres lors des manifestations gauchistes de Jérusalem, j’ai voulu parler de ceux qui sont habillés comme des extraterrestres, de ceux qui se déshabillent, de ceux qui brandissent des trucs vulgaires, qui se mettent un plat à spaghettis sur la tête ou qui s’habillent en Spiderman. Il y en a beaucoup comme ça et c’est drôle. »

« Le reste, ce n’est vraiment pas drôle – les incitations et les appels explicites au meurtre qui s’intensifient chaque jour et qui explosent les records en termes d’encouragement incessant des médias », avait-il ajouté.

Des milliers de manifestants scandent des slogans et brandissent des pancartes lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant sa résidence à Jérusalem, le samedi 25 juillet 2020. (AP/Ariel Schalit)

Les organisateurs des rassemblements ont accusé le fils du Premier ministre de les déshumaniser dans un communiqué.

« Pour la famille de l’accusé, nous ne sommes même pas des êtres humains – nous sommes des extraterrestres. Il n’est pas Premier ministre, il est un suspect traduit devant les juges qui trouve une source d’amusement dans la situation malheureuse des citoyens. Les mouvements de protestation continueront à croître jusqu’à ce qu’il présente sa démission », ont-ils dit.

Amir Haskel, ancien officier des forces aériennes et l’un des organisateurs du mouvement, a déclaré devant les caméras de la Douzième chaîne : « Je ne suis pas un extraterrestre et ce n’est pas le cas non plus de mes amis qui participent aux manifestations de la rue Balfour [aux abords de la résidence du Premier ministre]. Nous sommes des citoyens normaux qui nous préoccupons de ce qu’il se passe actuellement dans notre pays. Il est triste de constater que nous devions faire campagne en faveur [de la nomination] d’un occupant à la résidence du Premier ministre qui, au lieu d’être amusé par les difficultés que connaît la population, serait plutôt motivé à l’idée de travailler plus dur pour le bien de tous », a-t-il ajouté.

L’interview et les clarifications ultérieures qui ont été apportées sont survenues vingt-quatre heures après que Yair Netanyahu a reçu l’ordre de la part des magistrats de la cour de Jérusalem de supprimer un tweet dans lequel il identifiait et exposait les leaders du mouvement de protestation contre son père. Yair Netanyahu a ainsi diffusé les adresses des activistes, encourageant les plus de 88 000 personnes abonnées à son compte à se rassembler devant chez eux.

Le militant israélien et ancien général de l’armée de l’air Amir Haskel tient une conférence de presse à Tel Aviv, le 28 juin 2020. (Autorisation : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le tribunal a également demandé à Yair Netanyahu de cesser de harceler les militants pendant six mois, « sous n’importe quelle forme », selon les médias israéliens.

Benjamin Netanyahu a raillé les manifestations à plusieurs occasions en déclarant qu’elles attiraient un nombre de participants équivalent à « un quart de siège à la Knesset », accusant les médias d’exagérer leur importance.

Yair Netanyahu a une présence importante et incendiaire sur les réseaux sociaux.

Le 27 juillet, il s’était excusé après avoir fait face à une vague de réactions de colère de la part d’hindous qui s’étaient offensés de l’un de ses tweets. Il avait en effet publié une photo de la déesse hindoue Durga avec le visage de Liat Ben Ari, procureure dans les affaires de corruption de son père, placé en surimpression sur le visage de la déesse, qui apparaissait ses nombreux bras levés, brandissant le majeur.

Début juillet, le jeune Netanyahu avait présenté des excuses laconiques à la journaliste Dana Weiss pour avoir laissé entendre que la célèbre présentatrice avait obtenu son poste grâce à des faveurs sexuelles.

Au mois de février, il avait été accusé d’avoir utilisé la même rhétorique à l’égard d’une femme qui soutenait le président de Kakhol lavan, Benny Gantz, en lui faisant subir du harcèlement en ligne.

Il avait également accusé d’éminents politiciens d’avoir organisé un coup d’État contre son père. Il avait affirmé que la présidente de la Cour suprême Esther Hayut avait comparé le Premier ministre à Hitler et avait déclaré souhaiter que « tous les musulmans quittent la terre d’Israël », ce qui lui avait valu d’être temporairement bloqué sur Facebook.

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