Netanyahu au Likud: Gantz veut un gouvernement minoritaire « fou » avec les Arabes
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Netanyahu au Likud: Gantz veut un gouvernement minoritaire « fou » avec les Arabes

Netanyahu : il y a “urgence”, une telle coalition serait "un danger historique" ; Gantz dit à Rivlin qu'il veut l'unité, ajoute que "l'urgence sont les centaines de roquettes"

Le président Reuven Rivlin (à gauche) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz se rencontrent à la Résidence du Président à Jérusalem, le 16 novembre 2019. (Mark Neiman/GPO)
Le président Reuven Rivlin (à gauche) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz se rencontrent à la Résidence du Président à Jérusalem, le 16 novembre 2019. (Mark Neiman/GPO)

A quatre jours de la fin du mandat de Benny Gantz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu une conférence téléphonique avec les ministres et les députés du Likud ce week-end, où il a souligné « une urgence », estimant que le parti Kakhol lavan de Gantz avait décidé de former un gouvernement minoritaire avec le soutien des partis à majorité arabe. M. Netanyahu a demandé à ses collègues de l’aider à organiser une opposition publique massive contre une telle décision.

Le Premier ministre a également fait appel à Gabi Ashkenazi et Moshe Yaalon de Kakhol lavan – qui, comme Gantz, sont tous deux d’anciens chefs d’état-major de Tsahal – pour empêcher cette décision, leur rappelant que certains députés arabes avaient voulu les traduire devant les tribunaux pour crimes de guerre.

M. Netanyahu a déclaré aux responsables de son parti que les dirigeants de Kakhol lavan avaient pris la décision d’opter pour un gouvernement minoritaire et qu’ils s’efforçaient de convaincre les rangs des partisans les plus faucons de leur parti. On ignorait sur quoi se fondaient les commentaires de Netanyahu, et les dirigeants de Kakhol lavan n’ont fait aucune déclaration en ce sens, insistant sur le fait qu’ils continuaient à chercher une coalition d’unité. Netanyahu a formulé des affirmations similaires à de nombreuses reprises dans le passé.

Une troisième élection, a dit M. Netanyahu aux responsables, serait « un désastre ». Mais « un gouvernement minoritaire dépendant de la Liste arabe unie (principalement arabe) serait encore pire. »

Il a déclaré qu’un tel gouvernement, « dépendant des partisans du Jihad islamique et du Hamas », serait « un danger historique » pour l’Etat juif.

« Nous devons mobiliser la population pour faire tomber un tel gouvernement immédiatement ».

Selon le site d’information Ynet, Netanyahu a ajouté : « Nous allons arrêter toute tentative visant à former un gouvernement minoritaire. Ou nous formerons une puissante opposition qui ralliera des millions d’Israéliens opposés à une telle décision. »

Dans un appel vidéo sur les réseaux sociaux, samedi soir, aux alliés de Gantz au sein de Kakhol lavan, les anciens chefs de Tsahal Ashkenazi et Yaalon, le Premier ministre a posé cette question : « Avez-vous perdu la tête ? Il est encore temps d’arrêter cette folie. »

Il les a exhortés à « parler à Benny Gantz… et lui rappeler que ceux que vous voulez comme partenaires, sur qui vous voulez que votre gouvernement compte [pour leur soutien], voulaient vous faire juger, avec d’autres soldats de Tsahal, pour crimes de guerre ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire de cabinet à son bureau de Jérusalem, le 27 octobre 2019. (Crédit : Gali Tibbon/Pool Photo via AP)

Le Likud a indiqué qu’une conférence d’urgence se tiendrait dimanche soir pour discuter de la ligne de conduite du parti pour la semaine à venir.

Kakhol lavan a nié qu’il y ait eu des progrès dans la formation d’un gouvernement de non-unité bien qu’il n’ait pas nié qu’il chercherait un « gouvernement de transition » si les négociations sur l’unité échouaient.

« Netanyahu, je vois que vous avez utilisé le terme ‘urgence’ parce qu’il y a une chance que votre règne prenne fin bientôt », a écrit Gantz sur Facebook. « Non. Des centaines de roquettes [tirées] sur des citoyens israéliens constituent une situation d’urgence », a-t-il dit, faisant référence aux affrontements qui ont eu lieu cette semaine entre Israël et les terroristes à Gaza.

« Comprenez bien que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous empêcher d’entraîner les Israéliens vers une troisième élection », a-t-il dit. « Je l’ai toujours dit et je le répète : ‘Venez négocier sans votre bloc d’immunité, sans tours de passe-passe et sans pirouettes' ».

Et le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a tweeté : « Netanyahu est un politicien cynique qui a perdu deux élections consécutives et laissera une terre brûlée dans sa tentative désespérée pour rester au pouvoir.

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh, (à droite), et Ahmad Tibi, membre du parti, arrivent à la Knesset pour une réunion de faction, le 22 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Hé le magicien », a-t-il dit, se référant à l’image de Netanyahu en tant que génie politique. « Il est temps de disparaître. Les citoyens arabes et juifs sont plus importants que vous. »

Le n°2 de Kakhol lavan a fait écho à l’appel de Gantz, disant que Netanyahu devrait dire à ses partis religieux « que le bien du pays passe en premier, dire au revoir gentiment et venir à des pourparlers directs… Tant que vous ne voulez pas le faire, votre hystérie est simplement l’hypocrisie d’un homme craignant de perdre sa place. »

La Douzième chaîne a rapporté qu’en dépit des avertissements inquiétants du Premier ministre, il y avait peu de chances qu’un gouvernement minoritaire soit formé, même si Kakhol lavan tentait de le former, car Yisrael Beytenu était considéré comme peu susceptible de le soutenir.

Sans le soutien des députés arabes et d’Avigdor Liberman, Gantz ne peut envisager un tel projet.

M. Gantz a rencontré le président Reuven Rivlin samedi soir, quatre jours avant l’expiration de son mandat pour former un gouvernement. Les deux ont discuté de l’intensification des efforts pour parvenir à un compromis qui permettrait la formation d’un gouvernement d’unité.

Le président Reuven Rivlin (à droite) et le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz se rencontrent à la résidence du président, le 15 novembre 2019. (Mark Neiman/GPO)

« M. Gantz a informé le président de l’État d’avancement des négociations de la coalition et a discuté des détails de l’ébauche du président [pour une coalition d’unité], dans une tentative destinée à empêcher de nouvelles élections », a déclaré la Résidence du président après leurs entretiens. « Les deux ont accepté de rester en contact si nécessaire ».

Le bureau de Rivlin a déclaré vendredi que la réunion était prévue à la demande de Gantz et « à la suite de conversations entre le président et un large éventail de personnalités politiques concernant la formation d’un gouvernement le plus tôt possible ».

Gantz a jusqu’au 20 novembre pour former un gouvernement.

Il a demandé à rencontrer Rivlin « pour discuter des défis de former un gouvernement et pour lui demander conseil », selon une déclaration sur la page Facebook de Gantz.

A quelques jours de la fin, M. Gantz a réitéré son engagement à former un « gouvernement d’unité libérale large », tout en se disant ouvert aux alternatives.

Gantz a été chargé le mois dernier par Rivlin de mettre sur pied une coalition après l’échec de Netanyahu à le faire, suite aux élections de septembre, laissant Kakhol lavan et le Likud du Premier ministre sans majorité gouvernementale avec leurs alliés respectifs.

Les pourparlers pour l’unité ont échoué à cause de l’insistance de Netanyahu et de ses partenaires religieux de droite à négocier comme un bloc commun, une condition rejetée par Kakhol lavan, et de l’exclusion de Gantz d’un gouvernement avec le dirigeant du Likud, qui fait face à des accusations de corruption.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz (à droite) et le chef de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, s’adressent aux journalistes après leur rencontre à Ramat Gan, le 14 novembre 2019. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Gantz a rencontré jeudi Liberman, dont le parti Yisrael Beytenu détient le rapport de force au sein de la Knesset. Liberman, laïc de droite, a fait campagne pour forcer à un gouvernement d’unité entre le Likud et Kakhol lavan qui n’inclut pas les partis ultra-orthodoxes ou « messianistes » si aucun des deux ne pouvait former un gouvernement sans lui après le scrutin du 17 septembre.

« J’admire vraiment la détermination de Liberman à respecter ses principes et son désir de former un gouvernement d’unité que je m’efforce également de constituer », a déclaré Gantz dans son communiqué.

M. Gantz a déclaré qu’il espérait parvenir à un accord d’ici cette semaine pour éviter « des élections inutiles et coûteuses » et a imputé à Netanyahu l’impasse politique.

Le dirigeant de Kakhol lavan a appelé les alliés de droite du Likud à ne pas laisser Netanyahu « entraîner » le pays vers un troisième tour des élections, en moins d’un an.

Gantz a également mis en doute la faculté de Netanyahu de travailler à plein temps comme Premier ministre s’il était inculpé.

« Placez Israël au premier plan, venez négocier rapidement sans le bloc d’immunité et nous serons prêts pour des compromis qui respectent nos principes », a-t-il dit.

Le n°2 du parti Kakhol lavan, le député Yair Lapid, prend la parole lors d’une réunion de la faction du parti à la Knesset, le 3 octobre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

En contre-attaque, le Likud a demandé à Lapid « de libérer Gantz de ses obligations envers le bloc ». Les dirigeants de Kakhol lavan – composés du parti Hossen LeYisrael de Gantz, de Yesh Atid de Lapid et de Telem de Moshe Yaalon – seraient en désaccord sur l’opportunité de rejoindre un gouvernement d’unité avec Netanyahu.

Le parti HaYamin HaHadash a également rejeté l’appel de Gantz à se séparer de Netanyahu.

« Nous ne démantèlerons pas le bloc. Toute tentative de votre part pour nous diviser échouera », a déclaré le parti dans un communiqué.

En plus de rencontrer Rivlin samedi, Gantz rencontrera à nouveau Liberman cette semaine. Netanyahu a invité Liberman pour des discussions dimanche.

Le week-end dernier, Liberman a appelé Netanyahu à mettre de côté son bloc de négociation et Gantz à accepter la proposition de Rivlin sur l’unité, disant qu’il permettrait à ceux d’entre eux qui accepteraient ses conditions de former un gouvernement.

Après avoir rencontré Gantz, Liberman a fait allusion à des désaccords au sommet de Kakhol lavan, disant que tous les dirigeants du parti doivent annoncer qu’ils acceptent le plan d’unité, qui permettrait à Netanyahu de servir comme Premier ministre mais de se retirer temporairement s’il venait à être inculpé.

« De la part de Netanyahu, nous avons clairement entendu ‘non’ – il n’acceptera pas le plan complet comme je l’ai proposé. Ici, je n’ai pas entendu ‘non’, mais je n’ai pas non plus entendu ‘oui’ d’une manière positive. C’est ce qui manque cruellement », a dit M. Liberman.

Selon un rapport de la Treizième chaîne, jeudi, la proposition de coalition pour l’unité de Rivlin a été bloquée lorsque Netanyahu n’a pas voulu s’engager à ne pas demander l’immunité parlementaire contre ses enquêtes pour corruption.

Le procureur général Avichai Mandelblit est censé annoncer s’il inculpera Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible et a prétendu que les enquêtes sont le fruit d’un effort des rivaux politiques, des médias, des procureurs et des forces de police pour le démettre de ses fonctions.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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