Netanyahu aurait demandé aux US la création de la jetée à Gaza -ex-collaborateurs de Biden
Selon les Lew et Satterfield, le président américain de l'époque "suivait le nombre de camions jour par jour" pour éviter la famine dans la bande de Gaza ; il n'y aurait pas eu de détournement majeur de cette aide par le Hamas
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Deux anciens hauts responsables de l’administration Biden ont révélé que c’est le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui a demandé au président américain Joe Biden, l’an dernier, d’installer une jetée temporaire au large des côtes de Gaza de façon à acheminer davantage d’aide.
Dans un éditorial publié conjointement dans le magazine Foreign Affairs, Jack Lew, qui a été ambassadeur des États-Unis en Israël, et David Satterfield, qui a été envoyé des États-Unis pour les questions humanitaires au Moyen-Orient, expliquent qu’en février 2024, Netanyahu a demandé à Biden de faire construire une jetée flottante par l’armée américaine.
A ce jour, ce projet était considéré comme une initiative purement américaine.
Les ex-collaborateurs de Biden estiment que cette jetée a permis d’alimenter 450 000 Gazaouis mais elle traine une réputation d’échec coûteux en raison de ses multiples avaries et de sa fermeture au terme de moins d’un mois d’exploitation.
Lew et Satterfield rappellent qu’Israël a, à l’époque, accepté d’ouvrir le port d’Ashdod dans le but de faciliter la circulation de l’aide en échange de l’installation de cette jetée – une concession demeurée en place bien après la fermeture du quai flottant.
Les deux hommes ont par ailleurs souligné qu’Israël avait apporté une « aide importante à la construction de la jetée », sans compter sa contribution à la sécurité de l’enceinte et l’interruption de certaines activités militaires israéliennes dans les environs pour optimiser son fonctionnement.
Les hommes ont en outre rappelé que le ministre de la Défense de l’époque, Yoav Gallant, avait joué un rôle essentiel dans l’accès de l’aide humanitaire à Gaza et notamment permis de surmonter l’opposition des partenaires de la coalition d’extrême droite de Netanyahu.
Gallant a en effet convaincu les membres du gouvernement d’autoriser l’acheminement de l’aide à Gaza via le passage de Kerem Shalom, début 2024, après que les États-Unis ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU exigeant un cessez-le-feu immédiat à Gaza.
Lew et Satterfield ont fait valoir que la surveillance étroite de la situation humanitaire au plus haut niveau par l’administration Biden avait permis d’éviter la famine qui, selon les ONG, pèse actuellement sur Gaza.
« Même Biden suivait quotidiennement le nombre de camions », rappellent les anciens responsables américains. Depuis l’élection du président américain Donald Trump, en novembre 2024, et sa prise de fonctions en janvier dernier, « la nouvelle administration à Washington est nettement moins impliquée dans l’acheminement pratique de l’aide – sans compter le démantèlement de l’aide américaine partout dans le monde ».
Le 19 mai dernier, Israël a repris l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza, interrompu depuis le 2 mars, et le mois dernier, il a autorisé la reprise des largages aériens de vivres dans la bande de Gaza sous la pression de la communauté internationale redoutant une famine généralisée. Selon les ONG, l’aide qui parvient dans la bande de Gaza n’est pas suffisante pour les deux millions de personnes qui y vivent, ce qui justifie selon elles la levée de toutes les restrictions sur les camions entrant à Gaza par voie terrestre.
Israël assure n’avoir fixé aucune limite à la quantité d’aide susceptible d’entrer à Gaza et accuse l’ONU et les ONG humanitaires de tarder à distribuer les vivres et autres fournitures déjà parvenus dans la bande de Gaza.
Selon les deux anciens responsables de Biden, « ni l’armée israélienne ni l’ONU ne nous ont apporté la preuve– ou dit en privé – que le Hamas détournait des fournitures financées par les États-Unis et fournis par le Programme alimentaire mondial ou des ONG étrangères ».
En outre, ajoutent-ils, « il n’y a aucune preuve de détournement, par le Hamas, d’une part importante de l’aide financée par l’ONU ou des organisations non gouvernementales ».
Israël affirme pourtant que le Hamas soustrait de manière massive et organisée l’aide humanitaire, ce qui a conduit, en mai dernière, à la création de la très polémique Fondation humanitaire de Gaza, soutenue par les États-Unis.
Israël a fourni quelques photos d’hommes armés qui, selon lui, sont des agents du Hamas chargés de la réquisition des camions d’aide humanitaire, mais le New York Times a, le mois dernier, cité deux hauts responsables militaires ayant témoigné que si le Hamas volait un peu d’aide, rien ne prouvait le caractère systémique du phénomène.
Lew et Satterfield ajoutent que « le Hamas a trouvé les moyens de taxer, extorquer et, dans une certaine mesure, détourner l’aide humanitaire, y compris celle de l’Égypte gérée par la Société du Croissant-Rouge palestinien », allusion à un point soulevé par Satterfield lors d’une interview avec le Times of Israel le mois dernier.
Mais ils assurent que « le vol et le détournement de l’aide de l’ONU sont pour l’essentiel l’œuvre de bandes criminelles » opérant à Gaza.
Pendant les premiers mois de la guerre, Israël a laissé la police du Hamas sécuriser les convois dans le but d’empêcher les criminels de piller les camions avant de se raviser, persuadée que le Hamas en profitait pour garder la main sur Gaza. Dès janvier 2024, les autorités israéliennes ont commencé à s’en prendre aux membres du groupe terroriste, laissant le champ libre aux gangs criminels et aux pillards, affirment Lew et Satterfield.
Dans un premier temps, Israël a confié la sécurité des convois à des entrepreneurs privés avant de se rendre compte qu’ils travaillaient avec le Hamas et les gangs criminels, ce qui a sonné le glas de cet arrangement.
Lew et Satterfield ont écrit que la Fondation Humanitaire de Gaza (GHF) devait, à la base, « se déployer à Gaza dans l’après-guerre, sur un territoire sécurisé par des forces internationales », mais qu’elle « avait été mise en œuvre en pleine guerre, dans des conditions très différentes ».
Ils ont rappelé qu’à Gaza, depuis le déploiement de la GHF, il n’était pas rare que les personnes à la recherche d’aide « se fassent tuer ou blesser, lors de mouvements de foule ou de tirs à balles réelles de Tsahal, du Hamas ou de gangs criminels ».
Les Nations Unies demandent la fermeture de la Fondation Humanitaire de Gaza mais Lew et Satterfield suggèrent plutôt que les ONG travaillent toutes ensemble pour aider au mieux les Gazaouis.
« L’ONU doit accepter les garanties que procurent Tsahal, la Fondation Humanitaire de Gaza ou ses propres sous-traitants », ont-ils écrit. « Au lieu d’essayer de mettre la Fondation Humanitaire de Gaza sur la touche, l’ONU ferait mieux de travailler avec elle ou, à tout le moins, en parallèle. Et Fondation Humanitaire de Gaza devrait écouter les enseignements de l’ONU, dont la connaissance approfondie des opérations à Gaza et de la façon dont se structure l’aide humanitaire n’est plus à démontrer. »
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