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Netanyahu est trop « clivant » pour être un Premier ministre convenable, dit Bennett

Le Premier ministre sortant, qui n'exclut pas d'intégrer un gouvernement placé sous l'autorité du chef du Likud, a dit ne pas avoir décidé s'il se présenterait au prochain scrutin

Le premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu, à gauche, serre la main de son successeur, le nouveau premier ministre Naftali Bennett, après une session spéciale pour voter sur un nouveau gouvernement à la Knesset à Jérusalem, le 13 juin 2021. (Emmanuel Dunand / AFP)
Le premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu, à gauche, serre la main de son successeur, le nouveau premier ministre Naftali Bennett, après une session spéciale pour voter sur un nouveau gouvernement à la Knesset à Jérusalem, le 13 juin 2021. (Emmanuel Dunand / AFP)

Le Premier ministre Naftali Bennett a insisté, vendredi, sur le fait que son prédécesseur Benjamin Netanyahu, qui est le chef de l’opposition actuelle, était trop clivant pour redevenir chef du gouvernement. Il a toutefois affirmé très clairement qu’il n’excluait pas lui-même de siéger dans un futur gouvernement placé sous l’autorité du leader du Likud.

Bennett, qui a accordé plusieurs entretiens aux médias israéliens, a indiqué ne pas avoir décidé s’il se présenterait ou non aux prochaines élections. Il se concentre plutôt aujourd’hui sur la nécessité de préparer le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid qui doit lui succéder au poste de Premier ministre de transition, comme le stipule l’accord de coalition qui avait été conclu entre les deux hommes, a-t-il expliqué.

Bennett et Lapid ont annoncé, lundi, leur décision de présenter une législation prévoyant la dissolution de la 24e Knesset après une seule année passée au pouvoir, en raison de leur incapacité à maintenir la cohésion et la discipline au sein de la coalition au pouvoir très diversifiée.

La décision prise par Bennett de former un gouvernement avec Lapid, la faction de gauche du Meretz et le parti islamiste Raam lui avait valu les critiques de sa base électorale de droite alors même qu’il avait fait campagne sur son refus d’intégrer une alliance de ce type si l’occasion devait se présenter.

Il avait justifié sa décision en notant qu’il avait aussi promis de faire en sorte d’éviter à tout prix un cinquième scrutin consécutif et que cette association avec des partis divers – dont le point commun était le désir d’écarter du pouvoir Netanyahu – était le seul moyen pour lui d’éloigner la perspective d’un nouveau retour aux urnes des Israéliens.

Une explication qui n’avait pas paru convaincre de nombreux électeurs – et les sondages le confirment, n’accordant que quatre ou cinq sièges à Yamina si un vote devait avoir lieu aujourd’hui. Dans ce contexte, des rumeurs ont laissé entendre que Bennett pourrait ne pas se représenter ou qu’il pourrait faire une pause dans sa carrière politique, comme l’ont déjà fait, dans le passé, plusieurs chefs de gouvernement avant lui.

Alors qu’il était interrogé sur ses intentions, Bennett a expliqué qu’il ne prendrait aucune décision avant que Lapid ne le remplace comme Premier ministre, ce qui pourrait arriver dès lundi si la Knesset arrive au bout des quatre lectures nécessaires pour que la loi sur la dissolution de la Knesset soit adoptée.

Le Premier ministre Naftali Bennett (G) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d’une conférence de presse conjointe à la Knesset, annonçant l’effondrement de leur coalition, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Bennett a ensuite affirmé que les mauvais pourcentages avancés pour sa formation Yamina dans les enquêtes d’opinion ne guidaient pas ses prises de décision.

« Je ne me poserai qu’une seule question : celle de savoir si, au vu des fractures sans précédent qui déchirent la nation, ma candidature aux élections aidera à l’unité », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne.

« Je me demanderai, dans les prochains jours, si c’est une bonne chose pour l’État et si tenir un rôle est essentiel pour moi. Et si la réponse est positive, alors oui, je me présenterai – et si la réponse est négative, alors non : Ce n’est pas la fin du monde », a-t-il dit.

« Beaucoup de gens me disent : ‘Vous avez été un bon Premier ministre, continuez, continuez – d’une manière ou d’une autre, continuez’, » a-t-il ajouté. « J’avoue que c’est moins le cas à la maison », a-t-il poursuivi en riant, reconnaissant les conséquences de son travail sur sa vie familiale.

Alors qu’il lui était demandé quelle était son approche face aux prochaines élections, Bennett a fait savoir qu’il s’opposait à Netanyahu mais qu’il n’excluait pas une future coopération avec lui.

« Netanyahu n’est pas la bonne personne [au poste de Premier ministre]. Son comportement est le plus clivant qu’il m’ait été donné d’observer depuis des années », a affirmé Bennett, qui a cité « la machine à poison » actionnée, selon lui, par le leader du Likud face à ses opposants politiques et ajoutant que la politique israélienne était, en conséquence, polluée par moults mensonges et méchancetés.

L’ex-Premier ministre et député Benjamin Netanyahu arrive pour une audience dans son procès, au tribunal de Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Toutefois, le Premier ministre a affirmé que Netanyahu pourrait toujours redevenir Premier ministre, une référence apparente à son opposition à une tentative de dernière minute de la part de ses partenaires de coalition de présenter un projet de loi qui aurait interdit à des députés comme Netanyahu, qui sont mis en examen pour de graves délits, d’assumer la fonction de chef de gouvernement.

Bennett a affirmé que les Israéliens devaient être les ultimes décideurs.

« Je ne vais invalider la candidature de personne. Si tout le monde rejette tout le monde, nous n’aurons aucun gouvernement et vous verrez que nous devrons encore organiser quatre nouvelles élections », a-t-il dit, prenant ainsi ses distances par rapport à la majorité de ses autres partenaires de coalition – à gauche, à droite et au centre – qui ont rejeté toute possibilité de rejoindre un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu et qui considèrent ce dernier comme un danger.

Alors que les élections sont presque certaines, la coalition a encore besoin d’adopter la législation qui ordonnera la dissolution de la Knesset pour qu’un nouveau scrutin soit organisé.

Plusieurs membres de la faction Yamina de Bennett ont tenté d’empêcher un retour aux urnes des Israéliens en formant un gouvernement d’alternance en faisant appel aux députés qui siègent actuellement au sein du Parlement israélien, avec l’aide des partis d’opposition de droite.

Une initiative dont la réussite est peu probable, une majorité de législateurs refusant d’intégrer un gouvernement avec Netanyahu dans la Knesset actuelle.

Le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, à droite, s’entretient avec la ministre de la Justice de l’époque, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais la numéro deux de Bennett, Ayelet Shaked, l’une des membres de la coalition la plus à droite, aurait eu des entretiens marathon avec des leaders variés des partis de l’opposition et de la coalition pour tenter de forcer les choses depuis que Bennett a pris sa décision, lundi. Shaked se trouvait au Maroc, à ce moment-là, et elle n’est revenue au sein de l’État juif que jeudi. Elle a rencontré Bennett vendredi mais aucune information n’a filtré sur le contenu de leur entretien.

Toutefois, la chaîne publique Kan et la Douzième chaîne ont fait savoir qu’elle aurait confié à ses proches qu’elle avait livré tous les efforts possibles pour former une coalition alternative au sein de la Knesset actuelle.

Les deux chaînes ont également indiqué que Shaked espérait prendre le contrôle de Yamina si Bennett décidait de ne pas se présenter, même si certains pensent que, comme Bennett, elle pourrait prendre une pause dans sa carrière politique face au manque de popularité du parti Yamina dans les sondages.

Néanmoins, Bennett pourrait préférer confier les rênes de sa formation au vice-ministre des Affaires religieuses, Matan Kahana, qui a été l’un des soutiens les plus fervents du Premier ministre au cours de l’année qui vient de s’écouler.

A gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz, le 14 juillet 2021 ; à droite, le ministre de la Justice Gideon Saar, le 7 mars 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90; Yonatan Sindel/Flash90)

Concernant les autres partis de la coalition, la Douzième chaîne a rapporté vendredi que le parti centriste Kakhol lavan, du ministère de la Défense, avait offert à Tikva Hadasha, formation de droite du ministre de la Justice Gideon Saar, de faire liste commune au cours du prochain scrutin. Si Kakhol lavan s’est stabilisé avec huit ou neuf sièges dans la majorité des enquêtes d’opinion, la faction de Saar franchit à peine le seuil électoral. Grâce à cette proposition, les deux formations pourraient obtenir un meilleur résultat que si elles se présentaient séparément, a laissé entendre la chaîne.

De plus, vendredi, le législateur du Likud Miki Zohar a indiqué qu’il n’aurait aucun problème à voir le député d’extrême-droite du parti Sionisme religieux Itamar Ben Gvir devenir ministre si le bloc dirigé par Netanyahu parvenait à mettre en place une coalition.

Ben Gvir, disciple du rabbin extrémiste Meir Kahane, avait fait son entrée à la Knesset pour la toute première fois l’année dernière, grâce à une fusion avec le parti de l’Union nationale, de Bezalel Smotrich – une fusion qui avait été orchestrée par Netanyahu.

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