Netanyahu et Rivlin reconnaissent la victoire du « président élu Biden »
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Netanyahu et Rivlin reconnaissent la victoire du « président élu Biden »

Les deux hommes se sont entretenus avec lui ; le Premier ministre et Biden, soutien d'un "État juif et démocratique", attaché à la sécurité d'Israël, ont convenu de se voir bientôt

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) lors d'une conférence de presse conjointe avec le vice-président américain Joe Biden au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016, lors de la visite officielle de M. Biden en Israël et à l'Autorité palestinienne. (Amit Shabi/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) lors d'une conférence de presse conjointe avec le vice-président américain Joe Biden au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016, lors de la visite officielle de M. Biden en Israël et à l'Autorité palestinienne. (Amit Shabi/POOL)

Dix jours après l’annonce, par les chaînes majeures américaines, de la victoire de Joe Biden aux élections présidentielles des États-Unis, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin se sont entretenus, mardi soir, avec le président élu américain, le félicitant pour son entrée à la Maison Blanche au cours de deux appels téléphoniques distincts.

Les deux hommes ont fait référence à l’ex-vice président sous les termes de « président élu » – une première pour Netanyahu – mettant le point final à une longue saga au cours de laquelle l’État juif s’est montré réticent à l’idée de prendre position sur l’issue du scrutin électoral américain.

Si le Premier ministre avait déjà félicité Biden sur Twitter, il n’avait pas précisé dans son message la raison de ses félicitations et, lundi, il avait semblé éviter à dessein de l’appeler « président élu ». Pour sa part, Rivlin avait employé cette formule pour désigner Biden en date du 8 novembre.

Dans ce qui a été qualifié par le bureau du Premier ministre de « conversation chaleureuse », l’appel entre les deux dirigeants aurait été programmé il y a plusieurs jours. Il aurait duré au moins vingt minutes et a été marqué par leur engagement conjoint à se rencontrer dans un avenir proche.

Le bureau de Netanyahu a émis un communiqué bref sur cet entretien, dont le contenu intégral est le suivant : « Entretien entre le Premier ministre Netanyahu et le président élu Joe Biden : le Premier ministre Netanyahu s’est entretenu dans la soirée du mardi 17 novembre 2020 avec le président élu américain Joe Biden. Au cours d’une conversation chaleureuse, le président élu a répété son profond attachement à l’État d’Israël et à sa sécurité. Le Premier ministre Netanyahu a déclaré que les liens particuliers entre Israël et les États-Unis étaient une composante fondamentale de la sécurité israélienne et de sa politique. Les deux hommes ont convenu de se rencontrer bientôt afin de débattre des nombreuses questions figurant à l’ordre du jour et ils ont réaffirmé la nécessité de continuer à consolider l’alliance indéfectible entre les États-Unis et Israël ».

Un communiqué de Biden a indiqué que ce dernier avait souligné auprès de Netanyahu son « soutien inébranlable à la sécurité d’Israël et à l’avenir du pays en tant qu’État juif et démocratique » et qu’il avait noté « espérer continuer à travailler étroitement avec le Premier ministre pour relever les nombreux défis auxquels font face les deux pays ».

Cette référence à un « État juif et démocratique » est parlante dans la mesure où elle indique un soutien à la solution à deux États, dans le cadre de laquelle Israël se séparerait des Palestiniens en conservant ainsi son caractère juif et démocratique. Le président sortant Donald Trump a pu faire preuve d’ambivalence à certains moments concernant la solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien, même si sa « vision » de paix, dévoilée au mois de janvier, prévoyait l’établissement – soumis à conditions – d’un État palestinien sur environ 70 % de la Cisjordanie, avec quelques échanges de territoires appartenant actuellement à Israël.

Biden a aussi « exprimé sa détermination à garantir que la relation entre les États-Unis et Israël sera renforcée et qu’elle jouira d’un fort soutien bipartisan ».

Selon la Treizième chaîne, l’appel entre Biden et Rivlin s’est « curieusement » tenu avant l’entretien téléphonique entre le président élu et le Premier ministre. Le bureau de Rivlin a donc été le premier a émettre un communiqué, à 19 heures, disant que, pendant leur conversation, le président israélien avait salué le nouveau futur président en évoquant un « ami de longue date de l’État d’Israël » et qu’il avait souligné que les relations entre les deux pays allaient « au-delà des politiques partisanes ». Il avait ajouté que l’État juif « n’a aucun doute sur le fait que, sous votre présidence, les États-Unis s’attacheront à la sécurité et à la réussite d’Israël ».

Dans un compte-rendu du bureau du président, Rivlin a aussi déclaré que les États-Unis « n’ont pas d’allié plus solide que l’État d’Israël. Rien n’est plus fort que l’amitié qui relie les Israéliens et les Américains et le président américain n’a pas d’ami plus fervent que le président de l’État d’Israël, comme nous l’avons prouvé au fil des années ».

« En tant qu’ami de longue date de l’État d’Israël, vous savez que notre amitié se base sur des valeurs qui vont au-delà de la politique partisane et nous n’avons aucun doute sur le fait que, sous votre présidence, les États-Unis s’attacheront à la sécurité et à la réussite d’Israël », a dit Rivlin.

Le président a ensuite exprimé l’espoir que son homologue œuvrerait à étoffer la liste des pays qui ont commencé à normaliser leurs relations avec l’État juif pendant le mandat le Trump, et l’a invité à Jérusalem. Il lui a aussi demandé de transmettre ses vœux à la vice-présidente élue Kamala Harris.

Le bureau de Biden, pour sa part, a indiqué qu’il avait « souligné son profond attachement à l’égard de la sécurité israélienne » et qu’il était impatient « de travailler aux côtés d’Israël à construire un partenariat plus fort que jamais entre nos deux pays ».

Le long compte-rendu de Rivlin a été suivi, 17 minutes plus tard, par le bref communiqué de Netanyahu.

Douze heures après l’annonce par les médias américains de la victoire du candidat démocrate lors du scrutin du 7 novembre, le chef du gouvernement israélien avait transmis ses félicitations sur Twitter à Biden – sans préciser toutefois l’objet de ses félicitations. Nombreux sont ceux qui estiment qu’il avait évité d’utiliser le terme « président élu » pour éviter la colère de Trump, qui continue à refuser le résultat des élections.

Le président Donald Trump prononce un discours dans l’East Room à la Maison Blanche, pendant la nuit électorale, le 4 novembre 2020. (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

Interrogé avec insistance sur le sujet, mardi, au micro de la station de radio Galey Israel, Netanyahu avait répondu : « Pourquoi est-ce que je devrais exprimer une opinion ? Les Américains ont leur processus organisé, ils ont leur processus interne. Je pense que tout le monde comprend plus ou moins ce qui va plus ou moins se passer ».

Lundi soir, le Premier ministre avait failli appeler Biden « président élu » ou « président américain », se corrigeant à la dernière seconde.

« On m’a dit que, dans un avenir très proche, je m’entretiendrai avec le président… », avait dit le chef du gouvernement aux journalistes, avant de se reprendre brusquement et de se corriger : « Avec Joe Biden, qui devrait être nommé prochain président ».

Alors qu’il lui était demandé ce qu’il pensait des accusations lancées par Trump – et qui ne sont soutenues par aucune preuve – portant sur d’importantes fraudes commises lors du scrutin qui l’avaient privé de la victoire, Netanyahu avait refusé de répondre.

« Nous avons suffisamment de politique ici », avait-il botté en touche.

Netanyahu avait construit une relation étroite avec Trump et son administration, qui avaient renversé des décennies de politique américaine en reconnaissant la souveraineté israélienne sur Jérusalem et sur le plateau du Golan, et qui avaient mis fin à l’opposition traditionnelle aux constructions d’implantations israéliennes en Cisjordanie.

Cette proximité entre le Premier ministre et les Républicains avait entraîné l’inquiétude sur une perte potentielle du soutien bipartisan de l’État juif aux États-Unis. Une préoccupation que Netanyahu a écartée cette semaine en déclarant que « Démocrates et Républicains, il n’y a aucune différence ».

Trump a refusé de reconnaître sa défaite, évoquant sans preuves de graves fraudes électorales et revendiquant la victoire. Il a promis de recourir aux tribunaux.

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