Netanyahu évoque les outils de surveillance pour pister les porteurs du COVID-19
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Netanyahu évoque les outils de surveillance pour pister les porteurs du COVID-19

Le Shin Bet affirme qu'il n'utilisera pas la technologie invasive contre ceux en quarantaine ; le procureur général déclare que la mesure sera soumise à des restrictions légales

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Image d’illustration. (iStock)
Image d’illustration. (iStock)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé samedi qu’Israël commencerait à utiliser des outils de surveillance numérique avancés afin de localiser les endroits dans lesquels se sont rendus les porteurs du coronavirus, ce qui a soulevé de graves problèmes de confidentialité et provoqué des accusations de surveillance massive.

Ces technologies de suivi, qui reposent en grande partie sur des données provenant de téléphones portables, ont été auparavant principalement utilisées par le service de sécurité du Shin Bet dans des opérations de lutte contre le terrorisme, et non contre des citoyens israéliens qui n’ont pas été accusés d’un crime.

« Jusqu’à aujourd’hui, j’ai évité d’utiliser ces mesures contre la population civile, mais il n’y a pas le choix », a déclaré Netanyahu lors d’une conférence de presse télévisée.

Bien que le service de sécurité du Shin Bet ait confirmé qu’une telle ligne de conduite était effectivement envisagée, il a démenti les rumeurs selon lesquelles les outils seraient utilisés pour s’assurer du respect des mesures de quarantaine, affirmant qu’ils ne seraient utilisés que pour aider les autorités à déterminer les endroits dans lesquels s’étaient rendus les porteurs confirmés de la maladie afin de retrouver les personnes qu’ils pourraient avoir infectées.

« Il convient de souligner qu’en tout état de cause, il n’est pas prévu d’utiliser ces capacités afin d’appliquer ou surveiller les instructions de quarantaine », a déclaré le service de sécurité.

Netanyahu a reconnu que l’utilisation de telles technologies porterait atteinte à la vie privée des citoyens, mais a déclaré qu’il avait fait vérifier la question auprès du ministère de la Justice.

Le Premier ministre a cité Taiwan comme un autre pays qui a utilisé les données des téléphones afin de lutter contre la propagation du virus, qui a infecté près de 200 personnes en Israël selon les derniers chiffres.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 12 mars 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le gouvernement taïwanais a estimé que son programme de suivi intrusif avait aidé la nation insulaire à maîtriser l’épidémie de coronavirus bien que, là-bas, les données GPS aient principalement été utilisées afin de garantir que les personnes en quarantaine restaient chez elles, plutôt que de suivre leurs mouvements passés, comme le propose Israël.

La technologie en question – dont les détails sont de nature classée défense – est utilisée par les services de sécurité israéliens afin de suivre les mouvements de personnes à la fois en temps réel et rétroactivement, ce qui leur permet de retracer le parcours de leurs cibles et de voir avec qui elles ont interagi.

Le procureur général Avichai Mandelblit a déclaré dans un communiqué qu’un certain nombre de restrictions seraient imposées aux autorités concernant l’utilisation des outils de suivi afin de protéger les individus contre d’éventuelles atteintes à leur vie privée.

« Dans le cadre d’un examen juridique, il a été décidé d’imposer diverses restrictions aux mesures qui seraient utilisées, principalement en termes de durée de fonctionnement, de contrôle juridique de leur fonctionnement et d’utilisation des informations recueillies », a déclaré Mandelblit.

Le procureur général a ajouté que cet effort nécessiterait l’approbation du cabinet et des « comités compétents de la Knesset ».

Il n’a pas immédiatement été déterminé à quelle vitesse cela pourrait être mis en place, car la Knesset ne devrait pas prêter serment avant lundi.

Nitzan Horowitz, dirigeant du parti de gauche Meretz, a dénoncé la proposition, affirmant qu’une telle surveillance ne devrait pas avoir lieu sans contrôle parlementaire et judiciaire.

« La surveillance des citoyens à l’aide de bases de données d’informations et de technologies avancées est un coup dur porté à la vie privée et aux libertés fondamentales. Par conséquent, cela est interdit dans les pays démocratiques », a déclaré Horowitz samedi soir.

Tehilla Shwartz Altshuler, chercheuse en information, communication et technologie à l’Institut de la démocratie israélienne, a également critiqué le projet, arguant qu’il serait difficile de refuser aux autorités civiles l’utilisation de telles capacités de violation de la vie privée une fois qu’elles auront commencé à être utilisées.

« Un état d’urgence ne signifie pas qu’il est acceptable de transformer l’État d’Israël en État policier », a-t-elle écrit dans une série de tweets. « Il est facile de porter atteinte aux droits, il est beaucoup plus difficile de ramener la situation à ce qu’elle était auparavant. »

La députée Ayelet Shaked, du parti Yamina aligné sur Netanyahu, a reconnu que la nouvelle décision de suivre numériquement la localisation des patients atteints de coronavirus via leur téléphone était problématique, ajoutant avoir l’intention de s’assurer qu’elle cause une violation minimale de la vie privée.

S’adressant au site Ynet, Shaked, ex-ministre de la Justice, a déclaré que le suivi est « une étape extrême et une violation grave de la vie privée, mais il pourrait sauver des vies et permettre à l’État d’économiser de grosses sommes d’argent ».

« J’ai l’intention de suivre personnellement les opérations et de m’assurer qu’elles se déroulent de manière minimale et encadrée, et qu’elles seront immédiatement interrompues dès que le danger sera écarté, tout en détruisant toutes les informations recueillies », a-t-elle ajouté.

Un membre de la police des frontières israélienne porte un équipement de protection et un masque contre le coronavirus, au point de contrôle d’Ein Yael, près du zoo biblique de Jérusalem, le 11 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le nombre d’Israéliens diagnostiqués positifs au coronavirus est passé à 200 ce dimanche. Le ministère de la Santé a déclaré que deux des malades se trouvaient dans un état grave, 11 dans un état modéré et les autres souffrant uniquement de symptômes légers.

Près de 40 000 Israéliens sont en quarantaine à domicile après une crainte d’avoir été exposés au virus, dont près de 1 000 médecins, plus de 600 infirmiers, 170 ambulanciers paramédicaux et 80 pharmaciens, selon les chiffres du ministère de la Santé. Jusqu’à présent, les autorités sanitaires ont effectué plus de 6 800 tests du coronavirus dans tout le pays, selon le ministère.

Afin de freiner la propagation du virus dans le pays, tous les Israéliens rentrant de l’étranger doivent se placer en auto-quarantaine chez eux pendant 14 jours. Les ressortissants non-israéliens ne sont plus autorisés à entrer dans le pays depuis le 12 mars, à moins qu’ils ne puissent démontrer de leur capacité à se placer en auto-quarantaine pendant deux semaines.

Le gouvernement a également fermé toutes les écoles et garderies, tous les restaurants et théâtres, interdit les rassemblements de plus de 10 personnes en intérieur, et encouragé les Israéliens à travailler depuis leur domicile si possible, parmi d’autres mesures.

Le nombre de cas de coronavirus dans le monde a dépassé les 150 000 samedi, avec 5 764 décès, provoqués par une flambée d’infections en Italie, selon un décompte de l’AFP compilé à partir de sources officielles.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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