Netanyahu fustige – sans preuve – le « scandale de la fraude électorale arabe »
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Analysis

Netanyahu fustige – sans preuve – le « scandale de la fraude électorale arabe »

La Premier ministre le répète : la police n'enquête pas correctement sur les infractions dans les urnes ; des officiels du Likud auraient été menacés - mais pas de fraude là-dedans

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un discours à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Crédit :  Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un discours à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Alors que les bureaux de vote ouvriront leurs portes dans moins de 20 heures, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a intensifié dimanche ses accusations concernant un scrutin, cette semaine, qui serait en train de lui être « volé » en raison d’un manque de répression contre la fraude électorale « effrénée » au sein des communautés arabes.

Cette accusation l’a amené à s’en prendre à pratiquement tout le monde – depuis ses adversaires politiques du parti « gauchiste » de Kakhol lavan jusqu’à la formation Yisrael Beytenu, qui a rejeté un texte qui aurait permis aux membres du Likud de filmer le déroulement des événements dans les bureaux de vote, en passant par le procureur général qui a refusé d’accorder sa bénédiction à la dite-législation.

Car si ses adversaires ont déjoué la loi sur les caméras, a estimé Netanyahu la semaine dernière, c’est bien qu’ils veulent « voler les élections ».

Dimanche, la responsabilité du « scandale » est tombée sur les épaules du président de la Commission centrale électorale, Hanan Melcer, qui a refusé au Premier ministre de donner suite à sa requête d’un entretien « d’urgence » pour discuter de l’affaire.

« L’attitude de la Commission centrale électorale a été scandaleuse. Sérieusement ! », a clamé le Premier ministre après que Melcer lui a signifié son refus de le rencontrer.

Mais malgré toute sa rage face au scrutin qui lui aurait été « volé » au mois d’avril, et face à la possibilité qu’il puisse subir un nouveau « vol » mardi, force est de reconnaître que les preuves qu’il a présentées pour attester d’une fraude électorale s’avèrent pour le moins limitées.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), rencontre la présidente de la Cour suprême Esther Hayut et le vice-président Hanan Melcer, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 28 mai 2019. (Autorisation)

Dans une allocation amère prononcée depuisq la tribune de la Knesset, dimanche, Netanyahu s’est référé à ce qu’il a qualifié de rubrique de fin de semaine « choquante » publiée dans le quotidien Maariv, qui prétendait que la police n’avait interrogé que deux des 82 officiels électoraux ayant rapporté des irrégularités dans leurs bureaux de vote au cours du scrutin du mois d’avril.

Il est vrai que l’article dressait un portrait accablant du travail réalisé par la police – ou plutôt de son manque de travail – dans l’enquête des contenus confiés par le Likud et issus de 140 bureaux de vote du secteur arabe, là-même où le parti de Netanyahu avait affirmé qu’il y avait eu des irrégularités.

« On nous a volé les dernières élections grâce à une fraude électorale massive dans les urnes. Des plaintes ont été déposées, et nous pensions que ces plaintes avaient donné lieu à des enquêtes », a tempêté Netanyahu.

Un responsable des forces de l’ordre, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a défendu le travail réalisé par la police et ajouté que tandis que le Likud avait présenté des preuves significatives de menaces reçues par les représentants de la formation lors du scrutin du mois d’avril, ces cas ne relevaient pas de la fraude électorale.

Avec un temps et des ressources limitées, la police a choisi de se focaliser sur des investigations plus substantielles dans ce dossier – des enquêtes qui n’ont pas été ouvertes à la suite des preuves fournies par le Likud, a-t-il continué.

Ayman Odeh, leader de la Liste arabe unie, filme le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant le débat sur le projet de loi des caméras à la Knesset de Jérusalem, le 11 septembre 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu a clamé que Raam-Balad, alliance de deux partis arabes qui est parvenue à franchir le seuil d’éligibilité à la Knesset de 3,25 % des voix grâce à quelques centaines de bulletins seulement, avait intégré le Parlement grâce à la triche. Le Premier ministre a affirmé que cette fraude présumée avait privé le Likud d’une coalition majoritaire à la Knesset, forte de 120 membres, et l’avait contraint à réclamer l’organisation de nouvelles élections le 17 septembre.

Cette accusation n’est soutenue par aucune preuve, et des investigations policières sur d’éventuelles tricheries électorales n’ont révélé la présence que d’irrégularités minimales, certains des cas de fraude connus ayant en fait bénéficié au Likud ou au parti ultra-orthodoxe Shas.

A Kisra-Sumei, une ville druze du nord d’Israël, des preuves de votes frauduleux lors du scrutin d’avril, ont indiqué que ces derniers avaient bénéficié au Likud tandis qu’à Tamra, également dans le nord, un représentant du Shas est soupçonné d’avoir ajouté sept enveloppes dans les urnes. Dans ce dernier cas, la police a annoncé que le coupable présumé allait être inculpé.

De plus, le Times of Israel a obtenu les registres de plus de 100 bureaux de vote qui auraient affiché un taux de participation électorale inhabituelle en comparaison avec les chiffres affichés par les bureaux de vote adjacents.

Tandis qu’une partie de ces bureaux de vote se situent dans des villes arabes, ils constituent moins d’un tiers du total – un total qui comprend également des taux de participation électorale irréguliers dans les implantations ultra-orthodoxes de Modiin Illit et de Beitar Illit, ainsi que dans les villes de Petah Tikva, Afula, Netanya, et Rosh Haayin.

Une Palestinienne de Jérusalem se prépare à voter lors des élections locales du 30 octobre 2018 à Shuafat, à Jérusalem Est. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Le responsable de la police qui s’est entretenu avec le Times of Israel a reconnu qu’il y avait eu plus que quelques tentatives de falsifier les résultats électoraux, mais il a insisté sur le fait que la police avait les moyens de traiter le problème et qu’il ne s’agissait ni d’un « phénomène », ni « d’un problème propre à une communauté particulière ».

« Et dire que rien n’est fait pour combattre la fraude électorale est ridicule », a ajouté l’officiel, se référant au programme-pilote lancé par Melcer pour le vote de mardi.

Cette initiative prévoit le déploiement de 3 000 observateurs indépendants dans les bureaux de vote de tout le pays. Ils seront équipés de caméras portatives dont ils pourront se servir lorsqu’ils craignent légitimement une fraude électorale et après avoir obtenu la permission de la commission électorale.

Lorsque le scrutin s’achèvera à 22 heures, l’équipe-pilote sera stationnée dans des bureaux de vote spécifiques qui, selon la Commission centrale électorale, ont été touchés par des irrégularités lors du décompte des bulletins pendant les élections du mois d’avril.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime pendant un débat sur la loi dite des Caméras à la Knesset, le 11 septembre 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après le départ du dernier électeur du bureau, les observateurs devront filmer le processus tout entier du décompte des suffrages. Ils ne seront pas autorisés à partir avant que celui-ci ne soit complètement achevé.

Orly Ades, directrice de la Commission centrale électorale, a organisé la semaine dernière une conférence de presse au cours de laquelle elle a détaillé les mesures supplémentaires qui seraient mises en place pendant le décompte, des procédures qui, a-t-elle dit, retarderont la révélation des résultats de « quelques bonnes heures ».

Mais ces mécanismes ne sont d’aucune utilité pour Netanyahu qui s’est engagé dans une campagne désespérée et de dernière minute de ralliement de ses soutiens pour les convaincre de se rendre en plus grand nombre possible aux urnes. Une campagne qui pose également les fondations des deux déclarations possibles qu’il pourrait faire mardi soir : soit les partisans du Likud seront venus en foule et auront déjoué les initiatives de la gauche de « voler les élections », soit la fraude électorale aura été tellement importante que les résultats, dans leur ensemble, pourront être remis en doute.

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