Netanyahu insinue qu’il est prêt à essayer, et à réessayer encore et encore
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Netanyahu insinue qu’il est prêt à essayer, et à réessayer encore et encore

Un appel à Bennett et Saar fondé sur l’hypothèse erronée que tous les électeurs de droite le soutiennent suggère que le Premier ministre se prépare déjà à une cinquième élection

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la Conférence annuelle de Jérusalem de la Vingtième chaîne à Jérusalem, le 16 mars 2021. (Olivier Fitoussi / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la Conférence annuelle de Jérusalem de la Vingtième chaîne à Jérusalem, le 16 mars 2021. (Olivier Fitoussi / Flash90)

Peu de gens ont vu ou entendu Benjamin Netanyahu pendant une grande partie de la semaine suivant l’élection. Outre quelques déclarations déjà préparées sur le thème de son conflit avec Benny Gantz durant la réunion de cabinet de cette semaine, Netanyahu n’a pas dit grand-chose et n’est allé nulle part publiquement. Après une campagne frénétique de trois mois, le Premier ministre a passé la semaine cloîtré chez lui.

Puis il est revenu sous les yeux du public mercredi soir avec ce que le Likud a présenté comme une annonce télévisée théâtrale aux heures de grande écoute.

La droite, a-t-il déclaré, avait « clairement » remporté l’élection.

« Après trois élections au cours desquelles aucun camp n’a prévalu, cette fois, le peuple a fait un choix clair. Le public a donné aux partis de droite une nette majorité de 65 sièges. Cela nous permet d’établir un gouvernement de droite stable, un gouvernement dont Israël a besoin comme de l’air pour respirer alors que nous laissons le coronavirus derrière nous », a-t-il déclaré.

Tout autre gouvernement « serait un gouvernement de gauche instable qui serait établi au mépris clair et sans ambiguïté de l’énorme majorité qui a voté pour le Likud et les autres partis de droite ».

Il a terminé le court discours en exhortant Naftali Bennett, le dirigeant de Yamina et Gideon Saar, le dirigeant de Tikva Hadasha à se joindre à lui pour bâtir un gouvernement de droite.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a voté dans un bureau de vote de Jérusalem le 23 mars 2021. (Autorisation : Marc Israel Sellem / Pool)

« C’est ce que l’énorme public qui nous a soutenus au Likud et dans les partis de droite attend de nous », a-t-il déclaré. « Revenez chez vous à votre place naturelle, à droite ».

C’était une déclaration étrange, faite comme si les anciennes divisions gauche-droite étaient toujours le point central de la dispute durant l’élection, et non sa propre présence à la tête du pays depuis 14 ans en tout.

C’est une chose de suggérer que Saar trahirait sa principale promesse à ses électeurs (qu’il ne servirait pas sous Netanyahu) pour le plus grand bien de la stabilité politique en des temps incertains. C’est un argument valable étant donné que le résultat des urnes n’offre aucun résultat clair.

Mais Netanyahu a adopté une approche différente, manifestement fausse : insister sur le fait que les électeurs de Saar et de Bennett voulaient qu’ils soutiennent un gouvernement dirigé par Netanyahu.

Pour autant que nous le sachions, ce n’est pas vrai. Et Netanyahu le sait.

L’ex-député Likud Gideon Saar s’adresse à la presse après avoir déposé son bulletin de vote lors des primaires du parti, à Tel Aviv, le 26 décembre 2019. (Jack Guez/AFP)

L’appel lancé à Saar et Bennett pour qu’ils reviennent à leur « place naturelle » était-il une authentique tentative d’unité de la droite ? Ou bien Netanyahu a-t-il jeté les bases pour accuser les deux hommes du dérapage vers une nouvelle élection, relançant à la fois sa campagne et faisant pression sur eux pour qu’ils acceptent un compromis, ou risquent la colère des électeurs ?

Le fait que les déclarations de Netanyahu n’ont ni répondu ni même reconnu à demi-mot les préoccupations exprimées par Yamina et Tikva Hadasha à son sujet suggère que la réponse est la seconde. Il en va de même pour sa lecture erronée apparemment délibérée de ce que les électeurs disent souhaiter.

Mais alors, que veulent les électeurs ?

Un sondage du 14 mars (lien en hébreu) réalisé par l’Institut israélien de la Démocratie (IDI) est le sondage public le plus détaillé qui posait ces questions de façon claire et franche.

Il était demandé aux électeurs israéliens, par exemple, s’ils « veulent que Netanyahu soit le prochain Premier ministre ».

Les électeurs de Saar ont dit non avec une marge de 86 à 8 %. En fait, les électeurs de Saar étaient plus susceptibles de s’opposer à un autre mandat de Netanyahu que les électeurs de Kakhol lavan (77 %), du Parti travailliste (78,5 %) ou de la Liste arabe unie (75 %).

Netanyahu se trompe également concernant les électeurs de Bennett. Les électeurs de Yamina ont déclaré qu’ils voulaient que Netanyahu démissionne avec une marge de deux contre un, de 62,5 % à 32 %.

Au total, selon le sondage, 53 % des Israéliens veulent qu’il démissionne, contre 41% qui ne le souhaitent pas. C’est un chiffre similaire à d’autres sondages, notamment ceux de Kan et de la Douzième chaîne, qui ont posé la même question au cours des deux dernières semaines.

Le jour du scrutin, plus de 46 % des électeurs ont voté pour les partis qui se sont engagés à évincer Netanyahu, et 10 % ont voté pour les partis qui y étaient ouverts.

Le chef de Yamina Naftali Bennett et son épouse Gilat, à droite, arrivent pour voter dans un bureau de vote à Raanana le 23 mars 2021. (Autorisation : Gili Yaari / Flash90)

Le fait attristant du point de vue de Netanyahu, le fait qui peut expliquer sa disparition soudaine de la scène publique durant la semaine qui a suivi les élections, est que le 23 mars, la plupart des Israéliens ont réaffirmé qu’ils voulaient qu’il soit remplacé.

Les partis de droite dont il insiste maintenant qu’ils doivent faire allégeance à son prochain gouvernement ont été élus par des électeurs qui, pour la plupart (et dans le cas de Saar, presque entièrement), s’opposent à ce qu’il dirige le prochain gouvernement.

La frustration de Netanyahu est palpable et compréhensible. Sur le papier, il devrait être un clair vainqueur. En tant que Premier ministre, il vient de livrer à son peuple une campagne de vaccination quasi miraculeuse de premier plan, ainsi que quatre traités de paix avec les pays du monde arabe. L’ancienne alliance Kakhol lavan s’est brisée en morceaux. La participation arabe a chuté de façon spectaculaire. Comment de telles conditions apparemment idéales pourraient-elles se terminer par le même échec, la même impasse ? Comment les électeurs pourraient-ils rester insensibles à ses efforts et à ses réalisations ?

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu effectue une visite au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, un jour avant les élections générales, le 22 mars 2021. (Olivier Fitoussi / Flash90)
La cinquième étape : l’acceptation

Et donc le découragement s’est installé.

« Son apparition ce soir », écrit Ariel Kahana du quotidien pro-Netanyahu Israel Hayom à propos de l’émission de mercredi, « montre à mon avis le début de l’acceptation par Netanyahu des résultats des élections. Après de nombreuses années au cours desquelles il s’est habitué à la position du régime d’un homme où il est l’arbitre final, Netanyahu comprend que dans un proche avenir, il sera dépendant des autres – et pas seulement des autres, mais de ceux qu’il déteste le plus, Bennett et Saar, contre lesquels il mène une guerre totale depuis 2013 ».

Netanyahu a exhorté Saar et Bennett à mettre le passé derrière eux, mais personne, ni Saar, ni Bennett, ni même Kahana, ne semblait y croire.

« Personne ne croit que Netanyahu est honnête quand il appelle à mettre le passé derrière nous », écrit Kahana. « Après tout, il laisse derrière lui un long et large sillage de promesses non tenues, y compris son piétinement d’un accord signé avec Benny Gantz ancré dans une Loi fondamentale. Mais qui sait, peut-être que dans un mois ou deux, lorsque la menace d’une cinquième élection se rapprochera et que d’autres processus se seront avérés vains, Saar pourrait s’adoucir légèrement ».

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, près de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem le 20 mars 2021, trois jours avant les élections. (Yonatan Sindel / Flash90)

Les choses peuvent encore s’arranger, bien sûr. Dans un mois à peu près, faisant face à une cinquième élection, Saar pourrait effectivement fléchir. Il en va de même pour Betzalel Smotrich du Parti sioniste religieux, dont le refus de siéger dans une coalition dépendante du parti musulman Raam met Netanyahu dans une situation aussi difficile que l’intransigeance de Saar et de Bennett. Il peut y avoir des transfuges qui acceptent de traverser le fossé au cours des prochaines semaines, ou quelqu’un peut convaincre Netanyahu de quitter le cabinet du Premier ministre au profit de la maison du Président. Une cinquième élection n’est pas inévitable.

Mais dans l’état actuel des choses, et après une semaine de réflexion silencieuse, Netanyahu semble avoir décidé qu’une cinquième élection était la voie la moins coûteuse pour lui – ou du moins que c’est le résultat le plus vraisemblable, quoi qu’il décide.

Il semble probable que le ton soudain de conciliation de Netanyahu a peu à voir avec le prochain gouvernement et tout à voir avec le rejet de la responsabilité des prochaines élections sur quelqu’un d’autre.

Si cela s’avère vrai, si une cinquième élection est pratiquement certaine, alors Netanyahu vient de lancer sa campagne.

« N’importe quel gouvernement autre que ce gouvernement de droite serait un gouvernement de gauche instable », a-t-il déclaré mercredi. « Et je vous le dis, il tombera vite, très vite…. En ce moment, alors que nous sommes les premiers au monde à laisser derrière nous le coronavirus, ce serait un énorme désastre pour le pays, un énorme désastre pour l’économie israélienne. «

Si les vaccins, les traités de paix et la rupture de Kakhol lavan n’ont pas donné de résultat différent, qu’est-ce qui pourrait y parvenir ? La nouvelle campagne de Netanyahu semble avoir trouvé une réponse. Son message est quelque chose comme ceci: « Vous ne m’aimez peut-être pas personnellement, mais mes électeurs sont l’élément le plus stable du jeu politique en ce moment. Vous n’obtiendrez donc pas de stabilité sans moi. Si vous voulez finalement mettre fin à l’impasse, si vous voulez la stabilité, je suis le seul à pouvoir vous la donner ».

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