Netanyahu joue la carte de l’annexion à la veille des élections
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Netanyahu joue la carte de l’annexion à la veille des élections

Au scrutin de septembre, il avait déjà promis l'annexion "immédiate" de la vallée du Jourdain, bande de terre stratégique comptant pour 30 % de la Cisjordanie, en cas de victoire

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours de la cérémonie d'inauguration d'un nouveau quartier dans l'implantation de Kiryat Arba, le 23 février 2020 (Crédit :  Gershon Elinson/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours de la cérémonie d'inauguration d'un nouveau quartier dans l'implantation de Kiryat Arba, le 23 février 2020 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis dimanche une annexion rapide de la vallée du Jourdain et d’implantations en Cisjordanie, tentant de mobiliser ses appuis de droite à la veille d’élections jugées cruciales à sa survie politique.

Netanyahu, inculpé pour corruption, abus de confiance et malversation dans une série d’affaires, a fait de l’annexion de pans de la Cisjordanie sa priorité en cas de victoire aux élections, a-t-il affirmé dans une interview à la radio publique dimanche matin.

« Ce ne sera qu’une question de semaines, deux mois maximum j’espère », a soutenu M. Netanyahu lors de ce sprint d’entretiens à la veille des législatives, les troisièmes en moins d’un an en Israël après deux scrutins n’ayant pas réussi à le départager de son principal rival, le centriste Benny Gantz.

Pour la première fois de l’histoire de l’Etat hébreu, un chef de gouvernement mène une campagne électorale en dépit d’une inculpation, de surcroît pour corruption, malversation et abus de confiance, avec à la clé un procès qui doit s’ouvrir deux semaines après les élections de lundi. « Un tiers des électeurs qui se disent de droite ne sont vraiment pas à l’aise (avec cette inculpation) ou pensent qu’il est impossible pour une personne inculpée de rester Premier ministre », note Yohanan Plesner, président de l’Institut démocratique d’Israël, un centre d’analyse à Jérusalem. « Mais en même temps cela ne se traduit pas dans les intentions de vote, car l’affiliation (au Likud de Netanyahu) reste forte », ajoute M. Plesner.

Selon les dernières projections, le Likud de Benjamin Netanyahu et la formation centriste Kakhol Lavan obtiendraient 33 sièges chacun sur les 120 de la Knesset, le Parlement, un score quasi identique aux derniers scrutins.

Et en comptant leurs alliés respectifs – la droite et les partis religieux pour Netanyahu, le centre-gauche pour M. Gantz -, aucun des deux grands blocs ne réunirait suffisamment d’appuis pour former un gouvernement, selon ces sondages.

Alors que les indécis sont peu nombreux parmi les électeurs, MM. Netanyahu et Gantz tentent dimanche de mobiliser leur base électorale respective dans l’espoir de gagner quelques sièges supplémentaires et ainsi obtenir du président Reuven Rivlin le mandat de former le prochain gouvernement.

Le président Reuven Rivlin photographié à la résidence du président le 6 janvier 2020 à Jérusalem. (Flash90)

Car la grande inconnue demeure le taux de participation. Dans cette joute pour convaincre les électeurs de se rendre aux urnes, une surprise s’est invitée : le coronavirus. Sept cas ont été confirmés jusqu’à présent en Israël, mais les autorités ont mis en garde contre la propagation de « fausses nouvelles » sur Internet ou par SMS qui pourraient décourager des électeurs de se rendre aux urnes par crainte de contamination.

Plan Trump

A l’approche des législatives de septembre, M. Netanyahu avait déjà promis l’annexion « immédiate » de la vallée du Jourdain, bande de terre stratégique comptant pour 30 % de la Cisjordanie, en cas de victoire électorale.

Mais en janvier, un élément clé a changé dans ce dossier : le dévoilement du projet américain pour le Proche-Orient qui prévoit justement l’annexion de la vallée du Jourdain et des implantations israéliennes, des mesures contraires au droit international et rejetées en bloc par l’ensemble de la classe politique palestinienne, des laïcs du Fatah aux islamistes du Hamas.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump s’exprimant depuis la Maison-Blanche, le 28 janvier 2020. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Le Premier ministre israélien a d’ailleurs confirmé dimanche que le comité « israélo-américain » en charge d’établir la cartographie précise des Territoires palestiniens qu’Israël souhaite annexer, avait « commencé ses travaux la semaine dernière ».

Plus de 450 000 personnes vivent dans les implantations israéliennes en Cisjordanie. La population a bondi de près de 50 % au cours de la dernière décennie marquée par la présence ininterrompue de Benjamin Netanyahu au pouvoir, selon les autorités.

Netanyahu – qui tente de mobiliser son électorat de la droite nationaliste et favorable aux implantations pour une élection qui s’annonce serrée – a multiplié au cours des deux dernières semaines les annonces de projets d’habitations dans les implantations en Cisjordanie, mais aussi à Jérusalem-Est, territoire déjà annexé par l’Etat hébreu.

Le projet pour le Proche-Orient présenté par le président américain Donald Trump prévoit de faire de Jérusalem la capitale « indivisible » d’Israël, au grand désarroi des Palestiniens qui veulent faire de la partie orientale de la ville la capitale de leur futur Etat.

Dans la foulée du « Plan Trump », les Palestiniens suivent « avec un très grand intérêt » la campagne électorale israélienne, a souligné Jihad Harb, analyste politique palestinien.

« Côté palestinien, il y a un désir de voir du changement au sein du leadership israélien qui pourrait ranimer le processus » de paix israélo-palestinien, au point mort depuis des années, a ajouté M. Harb.

Ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Benny Gantz soutient le projet américain pour le Proche-Orient et prône la ligne dure face aux terroristes islamistes du Hamas qui contrôlent la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d’habitants. Mais le rival de M. Netanyahu a aussi plaidé pour un dialogue avec les Palestiniens et son parti compte moins de soutiens dans le mouvement pro-implantations.

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