Netanyahu : les Africains qui doivent être expulsés ne sont pas des « réfugiés »
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Netanyahu : les Africains qui doivent être expulsés ne sont pas des « réfugiés »

Le Premier ministre a rejeté les critiques sur l’expulsion des demandeurs d'asile vers des pays tiers, affirmant que cela était « parfaitement conforme au droit international »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une réunion du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 21 janvier 2018 (Alex Kolomoisky / POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une réunion du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 21 janvier 2018 (Alex Kolomoisky / POOL)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté dimanche les critiques du projet controversé de son gouvernement visant à expulser des milliers de demandeurs d’asile africains d’Israël vers des pays tiers, arguant que les personnes visées par ces expulsions n’étaient pas de véritables réfugiés.

« Nous ne prenons pas de mesures contre les réfugiés », a déclaré Netanyahu en introduction de la réunion hebdomadaire de son cabinet.

« Nous prenons des mesures contre les immigrants illégaux qui viennent ici pour travailler. Israël continuera d’être un refuge pour les vrais réfugiés et expulsera les clandestins illégaux. »

Le mois dernier, la Knesset a approuvé un amendement à la loi dite des clandestins, ordonnant la fermeture du centre de détention de Holot et la mise en œuvre d’expulsions forcées de migrants et de demandeurs d’asile érythréens et soudanais à partir de mars. Netanyahu a annoncé l’instauration d’accords afin d’envoyer les migrants dans des pays tiers en Afrique, mais a refusé de spécifier quels étaient ces pays. Selon plusieurs sources, il s’agirait de l’Ouganda et du Rwanda.

Cependant, la semaine dernière, les politiciens rwandais et ougandais ont nié que leurs pays accepteraient d’accueillir des demandeurs d’asile expulsés de force d’Israël.

La semaine dernière, deux organisations juives américaines ont exprimé de « graves inquiétudes » concernant les expulsions planifiées d’Israël, expliquant à Netanyahu que le plan trahirait les valeurs juives.

« La nature radicale de ce projet d’expulsions, associée à l’extrême difficulté d’accès au système d’asile israélien, a un impact dévastateur sur la communauté de réfugiés en Israël et trahit les valeurs fondamentales que nous partageons en tant que Juifs », indiquait la lettre envoyée par les responsables de la Ligue Anti-Diffamation et de l’HIAS, principal groupe de défense de l’immigration juive.

Netanyahu a déclaré dimanche qu’il avait « entendu les nombreuses revendications », mais que les accords « garantissaient la sécurité personnelle de ceux qui quitteraient Israël. Ils reçoivent des autorisations leur permettant de vivre, de travailler et de s’intégrer dans le pays. S’ils le veulent, ils peuvent aussi retourner dans leur pays d’origine. Ils recevront une aide financière importante de notre part. »

Des migrants africains participent à une manifestation à Tel Aviv, le 10 juin 2017 (Tomer Neuberg / Flash90)

« N’oublions pas qu’Israël leur a consacré une fortune durant leur séjour et qu’il le fera également quand ils se rendront dans un pays tiers afin de poursuivre leur vie », a-t-il ajouté.

« Les accords que je décris ici ont été approuvés par le système judiciaire et seront supervisés en permanence par des fonctionnaires d’Israël et du pays tiers. J’ai approuvé le versement de fonds supplémentaires afin d’accélérer l’examen des demandes d’asile en Israël. Cette politique rentre parfaitement en accord avec les recommandations de la Cour suprême et du droit international. Par conséquent, les allégations portées contre nous sont sans fondement. »

Selon les responsables associatifs, Israël reconnaît tacitement que les Soudanais et les Erythréens ne peuvent pas retourner dans leurs patries sans se mettre en danger. Ainsi, Netanyahu a-t-il signé des accords avec des pays tiers qui accepteront d’accueillir les migrants à la condition que ces derniers y consentent.

L’Autorité d’immigration et des frontières (PIBA) a déjà commencé à créer environ 100 nouveaux postes afin que les expulsions puissent démarrer en mars. Les salaires pourront aller jusqu’à 30 000 shekels (7 200 euros) par mois pour un contrat de deux ans. Le PIBA estime que les procédures d’expulsion coûteront environ 300 millions de shekels (72 millions d’euros), comprenant une « allocation de sortie » de 3 500 dollars (2 900 euros) pour chaque migrant et demandeur d’asile quittant le pays ainsi que des versements de 5 000 dollars (4 100 euros) à destination du gouvernement rwandais pour chaque migrant qu’il accueillera.

Des demandeurs d’asile africains se rassemblent devant le centre de détention de Holot, dans le sud d’Israël, à l’occasion de la Journée internationale des réfugiés, le samedi 18 juin 2016 (Tomer Neuberg / Flash90)

Le Rwanda et l’Ouganda ont déjà accepté l’arrivée d’environ 4 000 migrants et demandeurs d’asile qui ont signé un document affirmant qu’ils avaient « volontairement quitté » Israël. Néanmoins, jusqu’à présent, les pays n’ont accepté aucun migrant expulsé de force.

En août 2017, la Haute Cour de justice a jugé que cette politique était légale, mais a également déclaré que les autorités israéliennes devaient d’abord s’assurer que les migrants se trouveraient en sécurité dans les pays vers lesquels ils seraient expulsés.

Selon le ministère de l’Intérieur, on compte environ 38 000 migrants et demandeurs d’asile africains en Israël. Environ 72 % d’entre eux sont Erythréens et 20 % Soudanais. La grande majorité d’entre eux est arrivée entre 2006 et 2012. Beaucoup vivent dans le sud de Tel Aviv, où certains résidents et activistes les accusent d’une hausse du taux de criminalité et font pression sur le gouvernement pour leur déportation.

Les Africains qui se trouvent en Israël détiennent actuellement des visas de résidence de courte durée qui doivent être renouvelés tous les deux mois.

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