ADL, HIAS : l’expulsion des migrants est une « trahison des valeurs juives »
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ADL, HIAS : l’expulsion des migrants est une « trahison des valeurs juives »

Les groupes juifs américains expriment de "graves inquiétudes" face au nouveau plan prévoyant le départ des migrants et des demandeurs d'asile vers des pays-tiers

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Des migrants africains participent à une manifestation, à Tel Aviv, le 10 juin 2017 (Tomer Neuberg / Flash90)
Des migrants africains participent à une manifestation, à Tel Aviv, le 10 juin 2017 (Tomer Neuberg / Flash90)

WASHINGTON — Deux organisations juives américaines ont fait part de leurs « grandes inquiétudes » lundi à l’égard du plan israélien portant sur l’expulsion de milliers de migrants et demandeurs d’asile africains. Elles ont fait savoir au Premier ministre Benjamin Netanyahu que ce programme controversé trahissait les valeurs juives.

« La nature radicale de ce schéma d’expulsion, associée à la difficulté extrême de l’accès au système d’asile israélien, a un impact dévastateur sur la communauté des réfugiés en Israël et trahit les valeurs essentielles que nous partageons en tant que Juifs », a indiqué la lettre envoyée par les chefs de l’ADL (Anti-Defamation League) et du groupe d’aide aux réfugiés HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society).

Dans cette lettre ouverte, signée par le directeur-général de l’ADL Jonathan Greenblatt et le président de la HIAS Mark Hetfield, les deux groupes « ont fortement recommandé » au gouvernement de Netanyahu de « renoncer à mettre en oeuvre ce plan ».

Greenblatt et Hetfield ont appelé le Premier ministre à adopter une politique d’aide aux réfugiés conforme à la loi internationale, qui pourra offrir une protection à ceux qui, de manière légitime, fuient les violences ou les persécutions extrêmes en leur permettant de vivre en Israël jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de retourner chez eux en toute sécurité.

Il y a approximativement 38 000 Africains en Israël qui se considèrent comme des demandeurs d’asile, selon le ministère de l’Intérieur. La majorité d’entre eux est arrivée entre 2006 et 2012, les plus nombreux sont d’origine soudanaise ou érythréenne et vivent à Tel Aviv. Certains habitants et militants leur reprochent un taux de délinquance en hausse et ont fait pression en faveur de l’expulsion auprès du gouvernement.

Au début du mois, les ministres du cabinet ont approuvé un plan prévoyant le placement en détention des migrants qui refusent le départ « volontaire ». Le Premier ministre chercherait également des moyens de forcer au départ les demandeurs d’asile sans papiers pour réduire le poids infligé au système des prisons.

Des demandeurs d’asile protestent au centre de détention de Holot dans le sud du désert du Negev, en Israël, le 17 février 2014 (Crédit : Ilia Yefimovich/Getty Images)

Netanyahu a annoncé que des accords avaient été passés pour envoyer les migrants dans des pays tiers en Afrique mais il a refusé de donner leurs noms, même si les médias ont avancé ceux de l’Ouganda et du Rwanda.

Toutefois, les signataires du courrier de lundi ont affirmé que des informations indiquaient que les migrants contraints au départ ne trouveraient pas de refuge sûr ailleurs.

« Les témoignages des gens qui ont été renvoyés par Israël dans des pays tiers d’Afrique indiquent qu’ils n’ont pas trouvé une protection durable dans ces états et qu’ils ont risqué leurs vies en s’engageant dans des voyages dangereux à travers les zones de conflit au sud-Soudan, au Soudan et en Libye pour trouver une protection ailleurs », a dit la lettre.

« Certains se sont noyés dans la mer alors qu’ils étaient en route vers l’Europe tandis que d’autres auraient été emprisonnés, torturés et se seraient fait extorquer de l’argent par les trafiquants d’êtres humains ».

« Ceux qui seront obligés de quitter Israël sous les termes du plan gouvernemental actuel », a-t-elle continué, « devront probablement faire face aux mêmes situations et aux mêmes défis ».

Israël a tacitement reconnu que les Soudanais et les Erythréens ne peuvent pas retourner dans les pays dangereux dont ils sont originaires et a donc signé des conventions avec des pays tiers qui acceptent d’accueillir les migrants expulsés à condition que ces derniers consentent à cet arrangement, selon les militants.

Au mois d’août 2017, la Haute cour de justice a jugé que cette politique était légale mais a également déclaré que les autorités devaient s’assurer de prime abord que les pays prenant en charge les migrants expulsés étaient sûrs.

Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

Les Africains qui se trouvent actuellement en Israël bénéficient de visas de résidence à court terme qui doivent être renouvelés tous les deux mois.

Le gouvernement a également décidé au mois de décembre de faire fermer le centre de détention de Holot, une structure ouverte située dans le désert du Negev et qui accueille approximativement 1 200 migrants qui sont autorisés à sortir la journée pour aller travailler. Il devrait fermer ses portes au mois de mars.

Les auteurs de la lettre ont souligné que la manière dont Israël gère la situation critique connue par les réfugiés – et en particulier par ceux qui fuient les persécutions – a une résonance profonde auprès des Juifs et d’Israël.

« En tant que Juifs américains, l’une de nos plus grandes inquiétudes est le bien-être et la sécurité d’Israël », ont-ils dit.

« Nous voulons voir le pays prospérer et dépasser tous les défis qui lui sont imposés par sa localisation instable. Nous sommes également préoccupés par nos valeurs juives et notre héritage en termes de réfugiés – une préoccupation authentiquement humaine qui va bien au-delà des frontières et des distances – qui nous unifient en tant que peuple ».

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