Netanyahu mobilisé pour montrer sa puissante emprise sur le Likud
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Analyse

Netanyahu mobilisé pour montrer sa puissante emprise sur le Likud

Ce qui représentait un défi pour le Premier ministre s’est transformé en un spectaculaire tour de force

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au bureau de vote à Jérusalem, le 14 juin 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au bureau de vote à Jérusalem, le 14 juin 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Le Comité central du Likud, organe de décision clef du parti au pouvoir, a fait quelque chose dimanche que l’on ne voit pas souvent dans la vie politique. Il a voté contre une motion lui accordant plus de pouvoir.

Une proposition qui aurait pris le pouvoir de nommer la liste des candidats à la Knesset du parti des membres du Likud et qui l’aurait donné au Comité Central n’a pas été adoptée. Elle a rassemblé seulement 38,7 % des 2 689 votes exprimés par les membres du comité.

Une proposition concurrente présentée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui accorde au comité un pouvoir beaucoup plus restreint de nomination – en ayant le pouvoir de ne designer qu’une poignée de personnes de la liste des candidats de la Knesset aux places réservées pour les branches régionales des partis -, a été adoptée avec 57,9 % des voix.

Le vote peut sembler de l’extérieur être un peu plus qu’une victoire procédurale pour le chef du parti. Mais c’était beaucoup plus que cela.

Une lecture attentive des forces déployées l’une contre l’autre dans ce vote montre l’emprise de Netanyahu sur les nombreuses factions rivales au sein du Likud et la façon dont le Premier ministre forge des alliances et des manœuvres entre une grande variété d’intérêts pour maintenir à la fois son leadership au sein du parti et ses exigences.

Le vote a divisé certaines des personnes les plus puissantes au sein du Likud.

Deux titans de l’appareil du parti, le ministre des Transports, Yisrael Katz, et le ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom, ont travaillé tranquillement, mais de manière intensive, contre le compromis de Netanyahu.

Les deux hommes avaient tout à gagner avec un Comité central doté de plus de pouvoir. Shalom a passé de longues années au sommet des rangs du Likud pour nommer les partisans fidèles au comité. Katz est le président du Secrétariat du parti, essentiellement l’organe exécutif qui supervise son fonctionnement réel. Cette supervision comprend le pouvoir de fixer la façon dont les sections locales du parti sont représentées au comité central. Katz a utilisé ce pouvoir au fil des ans pour assurer la nomination en grand nombre de ses propres partisans au sein du comité.

Le ministre de l'Intérieur nouvellement nommé Silvan Shalom (à gauche) et le ministre sortant Gilad Erdan (à droite) du ministère de l'Intérieur à Jérusalem le 17 mai 2015 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Le nouveau ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom (à gauche), et le ministre de l’Intérieur sortant Gilad Erdan (à droite), à Jérusalem, le 17 mai 2015 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Le camp pro-comité a également bénéficié de deux avantages puissants.

Tout d’abord, comme il a déjà été noté, il exhortait le comité à faire quelque chose – ce que chaque institution politique aspire par défaut – pour devenir moins puissant.

Deuxièmement, il a joué sur la frustration de longue date parmi les militants du parti d’être mis à l’écart des leviers d’influence du parti sous Netanyahu. C’était Netanyahu, quand il a repris le contrôle du Likud, après qu’Ariel Sharon l’a quitté pour Kadima, qui a pris le pouvoir de l’élection primaire du comité.

Et ce fut Netanyahu qui, intentionnellement, a permis aux branches et aux institutions du parti de s’atrophier au cours de la dernière décennie, par manque de financement et d’activité. Pour Netanyahu, des institutions comme le Comité central représentaient depuis longtemps des menaces potentiellement déstabilisantes sur son contrôle du parti et donc du pays dans son ensemble. Sa rivalité de longue date avec certains faucons du Likud, généralement menés par le ministre des Sciences Danny Danon, sur leurs tentatives de donner au Comité central le pouvoir de définir la politique du parti envers les Palestiniens, n’ont servi qu’à légitimer ces préoccupations.

Mais Netanyahu n’est pas resté immobile devant l’inquiétude dans les rangs du Likud. Il a passé la plus grande partie des deux dernières années à se réengager avec la base, à consolider l’estime de soi des institutions du parti et à donner un bon résultat au Likud lors du scrutin.

Le vote de dimanche n’était pas seulement le défi le plus important pour Netanyahu en tant que chef du parti depuis peut-être une dizaine d’années, c’était aussi un test spectaculaire sur sa position dans les institutions du parti dans le sillage de ces récents efforts.

Et ce n’était donc pas une mince affaire pour Netanyahou de réussir à rallier les adhérents de tous les secteurs du parti pour défendre l’architecture du pouvoir politique que lui-même a instituée cours de la dernière décennie.

Qui a soutenu Netanyahu?

Tout d’abord, Netanyahu a bénéficié du soutien surprenant de la jeune garde du parti – surprenant car ils ont bâti leur réputation autant en défiant Netanyahu qu’en l’approuvant. Ceux-ci incluent les ministres de la Culture, Miri Regev, de l’Intégration, Zeev Elkin, du Tourisme, Yariv Levin et même Danon, qui est à la fois le ministre des Science et président du Comité central. Il est révélateur qu’ils soient tous ministres aujourd’hui.

Ensuite, il y a des bases plus traditionnelles du pouvoir dans le parti, comme le ministre des Affaires sociales, Haim Katz, un « homme d’appareil » classique du Likud, qui représente le syndicat des travailleurs d’Israel Aircraft Industries au sein du parti et qui est considéré comme ayant de nombreux « soldats fidèles » au sein du comité. Pour Katz, la bonne volonté de Netanyahu se traduit par l’influence politique des électeurs de son syndicat, ce fut le principal avantage de soutenir le Premier ministre lors du vote.

Et, non moins puissant, il y a l’homme qui a l’affection de nombreux membres du comité et qui est, en effet, assez populaire pour être considéré comme un successeur possible de Netanyahu : le numéro deux du parti, Gilad Erdan, qui a ouvertement soutenu le Premier ministre.

Enfin, et ce qui est révélateur, la coalition de Netanyahu a été rejointe par les factions des résidents des implantations et les anciens partisans du militant d’extrême-droite Moshe Feiglin au sein du comité. Ce sont des groupes qui sont célèbres pour voter aux primaires du Likud mais votent rarement pour le parti lui-même le jour du scrutin. Cette pratique leur permet d’exercer une double influence – sur le parti au pouvoir à travers les primaires, pour HaBayit HaYehudi ou d’autres partis de droite le jour du scrutin. Ces groupes auraient également perdu du terrain dans un parti dont la liste à la Knesset est établie par un vote du Comité central, où il est beaucoup plus difficile de submerger le système avec des supporters.

La bataille autour du vote est devenue viscérale ces derniers jours. Le long règne de Netanyahu sur le parti a inévitablement créé du ressentiment parmi ses opposants.

Ainsi, les partisans d’un Comité central doté de plus de pouvoir ont dépeint la faction Netanyahu comme étant dominée par des électeurs non-Likud, alors qu’en fait, ces groupes représentaient une petite minorité de sa coalition dans le vote de dimanche.

L’épouse de Shalom, l’animatrice de télévision Judy Mozes, a tweeté la semaine dernière : « C’est drôle que les gens disent que les primaires sont préférables à un vote du comité. Je ne comprends pas ceux qui veulent que des gens qui ne votent pas Likud puissent choisir les membres de la Knesset. » (« Ce n’est que mon opinion », a-t-elle ajouté, mettant ainsi en évidence le fait que c’est une position défendue par son mari.)

Netanyahu, quant à lui, a expliqué que l’effondrement traumatique du Likud à 12 sièges – après la scission d’Ariel Sharon pour Kadima en 2006 – était dû en partie à la perception de la population que le Comité central était une kleptocratie corrompue, une opinion « complètement fausse – dans la plupart des cas », a-t-il ajouté délicatement aux membres du comité lors d’un rassemblement récent.

En fin de compte, Netanyahu a remporté le vote, a empêché le renversement de ses réformes internes de longue date, et, peut-être plus important, a montré à quel point le Likud d’aujourd’hui, en dépit de ses diverses factions et de la surabondance de dirigeants concurrents et ambitieux, a été façonné à l’image de son leader de longue date.

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