Rechercher

Netanyahu s’insurge contre l’usage illégal présumé de Pegasus par la police

L'opposition déplore les révélations de Calcalist, réclame une enquête en urgence soutenue par l'opposition et la coalition ; Gideon Saar réagit

Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu s'exprime pendant une réunion de faction du Likud à la Knesset, le 7 février 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu s'exprime pendant une réunion de faction du Likud à la Knesset, le 7 février 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu a dénoncé, lundi, le piratage illégal présumé de téléphones par la police – ceux de son fils et de personnalités impliquées dans son procès notamment – évoquant « un jour sombre pour l’État d’Israël ».

« Cela concerne tous les citoyens israéliens, pas seulement la droite ou la gauche », a-t-il déclaré en séance plénière de la Knesset.

« C’est quelque chose d’inconcevable qui est survenu ici. Certains éléments, dans la police, ont espionné illégalement d’innombrables citoyens en utilisant les outils les plus agressifs dans le monde – espionnant des journalistes, des activistes de droite et de gauche, des maires, des hommes d’affaires, des politiciens et des familles de politiciens », a dit l’ex-Premier ministre.

« Ils ont violé l’intimité de citoyens, ils les ont suivis, ils les ont écoutés, ils ont eu accès à leurs secrets les plus enfouis. Qui sait à quelle pratique répréhensible ils se sont adonnés pour ce faire ? Une application de surveillance, créée pour combattre le terrorisme et pour combattre nos ennemis, transformée en un outil du quotidien par la police qui l’a utilisé pour espionner les civils, contrevenant en cela à toutes les lois, à toutes les normes », a-t-il ajouté.

Isaac Herzog et Yariv Levin à la Knesset de Jérusalem, le 2 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces propos ont été tenus suite à la publication d’un reportage explosif, lundi matin, dans le quotidien économique Calcalist , selon lequel la police avait utilisé le logiciel espion Pegasus développé par le NSO Group afin de pirater les téléphones de responsables gouvernementaux, de maires, d’activistes, de journalistes ainsi que les membres de la famille de Netanyahu et ses conseillers.

Netanyahu a comparé cet espionnage présumé à Tsahal qui « utiliserait les avions destinés à combattre l’Iran, le Hezbollah et le Hamas pour bombarder les civils israéliens ».

L’ancien chef de gouvernement a précisé qu’une enquête sur ces accusations devrait être soutenue par la coalition et l’opposition, apportant son appui à une proposition faite antérieurement par le Likud.

« Ce n’est que de cette manière que nous pourrons restaurer la confiance dans notre État et dans notre démocratie », a-t-il continué.

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d’Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

S’exprimant dans la journée lors d’une réunion de faction du Likud avant que Netanyahu ne prenne lui-même la parole, le chef de la faction, Yariv Levin, avait déclaré que ces piratages illégaux présumés « devraient empêcher de dormir » les citoyens israéliens.

« Ce n’est pas une question de droite ou de gauche. C’est un abus, un abus terrible, du pouvoir immense confié aux forces chargées de faire respecter la loi. Leur mission est de protéger la société démocratique, ce n’est pas de la détruire et de créer une nouvelle réalité où nous vivrions dans l’ombre de régimes opaques », avait-il ajouté.

Levin avait ensuite vivement recommandé à la coalition comme à l’opposition d’en appeler au président Isaac Herzog, pour qu’il s’implique lui-même dans la mise en place d’une commission d’enquête. Il avait proposé que Herzog et des représentants de la coalition et de l’opposition nomment ensemble les membres de la commission.

Il ne semble pas que la suggestion de Levin ait séduit au sein du gouvernement, de nombreux ministres réclamant la mise en place d’une commission d’enquête d’État sur ces accusations sans mentionner une quelconque implication de Herzog ou de l’opposition.

Le ministre de la Justice Gideon Saar dirige une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 22 novembre 2021. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le ministre de la Justice Gideon Saar a lui fait une apparition dans les studios de télévision des journaux du soir, lundi, pour évoquer les accusations lancées contre la police. Il a assuré aux téléspectateurs que ces accusations feraient l’objet d’une enquête et que les erreurs commises seraient corrigées.

« On ne va pas couvrir ça », a-t-il déclaré devant les caméras de la Douzième chaîne, de la Treizième chaîne et de Kan respectivement. « Et si quelqu’un a commis quelque chose d’illégal, il y aura des poursuites », a-t-il dit à la Treizième chaîne.

Il a indiqué à la Douzième chaîne que le ministère de la Justice n’avait pas eu connaissance d’éventuels abus, au-delà d’un contenu de téléphone vidé qui avait été mentionné dans une enquête menée par le procureur-général-adjoint. Les détails publiés par Calcalist, lundi matin, étaient ignorés par le ministère.

« Si on m’avait parlé de ça, j’aurais sans doute dit que c’était fabriqué mais qu’il fallait le vérifier », a-t-il noté devant les caméras de la Douzième chaîne. Malgré son scepticisme affiché, il a indiqué à la Treizième chaîne qu’il prenait pour hypothèse que son téléphone pouvait être piraté et que ses secrets pouvaient être révélés au grand jour, et qu’il fallait généralement faire preuve de prudence.

Alors qu’il lui était demandé s’il avait vérifié si Pegasus se trouvait sur son téléphone, il a répondu par la négative et il a remarqué qu’il y a quelques années, quand il lui avait été dit qu’une organisation était susceptible d’avoir infiltré son téléphone, il l’avait tout simplement jeté et il en avait racheté un autre.

« Je pense qu’il faut faire preuve de vigilance dans notre vie d’aujourd’hui », a-t-il dit. Mais alors qu’il lui était demandé avec empressement si les Israéliens devaient s’inquiéter d’être espionnés, il a paru faire volte-face, expliquant que seules les personnalités qui ont accès à des contenus sensibles devaient se montrer prudents.

Il a déclaré à la Treizième chaîne qu’Israël ne devait pas abandonner ses forces de police suite à ce scandale dans la mesure où « il n’y en a pas d’autre. Il n’y a personne d’autre sur la ligne de front contre le crime ».

Gali Baharav-Miara. (Autorisation)

Il a ajouté que le scandale de Pegasus serait discuté avec la prochaine procureure-générale Gali Baharav-Miara et il a défendu le fait qu’il avait choisi cette avocate relativement peu connue pour le poste, disant à la Treizième chaîne que les juristes « ne sont pas généralement des célébrités » et niant être « dans la poche » de l’avocate.

Saar a indiqué à la Douzième chaîne qu’il n’a jamais abordé la question d’une éventuelle négociation de peine de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu avec elle.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...