Netanyahu tend la main à Gantz mais croise les doigts
Rechercher

Netanyahu tend la main à Gantz mais croise les doigts

Le Premier ministre a appelé Kakhol lavan à négocier "sans conditions préalables" - juste après avoir signé un accord qui rendrait ces discussions impossibles

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Benjamin Netanyahu et Benny Gantz échange une poignée de main durant un évènement marquant le troisième anniversaire de la mort du président Shimon Peres, le 19 septembre 2019. (Crédit : GPO)
Benjamin Netanyahu et Benny Gantz échange une poignée de main durant un évènement marquant le troisième anniversaire de la mort du président Shimon Peres, le 19 septembre 2019. (Crédit : GPO)

On reproche souvent aux responsables politiques de dire une chose et d’en penser une autre. En général, cependant, quand ils le font, ils essayent de ne pas dévoiler leurs véritables intentions.

L’appel lancé par Benjamin Netanyahu jeudi au chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, à entamer des négociations pour constituer un gouvernement d’union nationale « sans conditions préalables » aurait pu être considéré comme une tentative digne d’un véritable homme d’État de remettre les compteurs à zéro après une campagne électorale acrimonieuse et médiocre. Le scrutin de mardi n’a pas garanti de majorité à aucun des deux blocs rivaux, et on pourrait croire que Benjamin Netanyahu propose de bâtir une coalition ex-nihilo.

Le problème, c’est que la proposition du président du Likud survient alors qu’il vient juste de promettre tout le contraire. En effet, jeudi matin — avant l’appel de Benjamin Netanyahu à un gouvernement d’union et avant un discours dans lequel il semblait se dire ouvert à une rotation avec Benny Gantz au poste de Premier ministre — le Likud a publié un document dans lequel le parti et les dirigeants de toutes les formations de la droite religieuse ont convenu d’entrer dans un gouvernement en tant que bloc uni et de négocier les conditions d’une nouvelle coalition ensemble.

À la lumière de cet accord, Netanyahu tendait la main à Gantz les doigts croisés — et ce, même pas dans le dos.

« Je suggère que nous nous rencontrions dès que possible, sans conditions préalables, pour œuvrer ensemble à la formation d’un vaste gouvernement d’union représentant tous ceux qui croient en un État d’Israël juif et démocratique », a déclaré le Premier ministre lors d’un événement commémorant le troisième anniversaire de la mort de l’ancien président et Premier ministre Shimon Peres.

Il a ensuite glissé la possibilité d’une rotation à la tête du gouvernement, comme l’avaient fait Shimon Peres et Yitzhak Shamir après des élections sans vainqueur clair en 1984. « Shimon croyait en l’unification de notre peuple » et dans cet objectif « Shamir et lui ont convenu de coopérer », a rappelé Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononce un discours lors d’une cérémonie en l’honneur du défunt président Shimon Peres, au mont Mount Herzl à Jérusalem, le 19 septembre 2019 (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Mais le document signé plus tôt par Netanyahu et les dirigeants du Shas, de Yahadout HaTorah et Yamina promet que leur parti « mèneront des négociations de coalition ensemble et n’entreront dans un gouvernement qu’ensemble. Aucun parti ne procédera à des négociations seul ou n’entrera dans un gouvernement sans les autres partis ».

Le document précise également : « Benjamin Netanyahu est notre candidat au poste de Premier ministre ».

Cela ressemble beaucoup à des conditions préalables et paraît rendre caduque la promesse de Benjamin Netanyahu de ne pas fixer de conditions alors qu’il a demandé un tête-à-tête avec Gantz jeudi « à tout moment » pour parvenir à une coalition d’ici la fin de la journée.

Sans surprise, Kakhol lavan — qui a maintes fois exclu de siéger dans un gouvernement dirigé par Netanyahu, menacé par une mise en examen dans trois affaires distinctes, et ni aux côtés des partis ultra-orthodoxes — a rejeté la proposition de son rival, qu’il a qualifiée de « manœuvre politicienne ». Il a souligné que son parti avait remporté plus de sièges que le Likud et accusé le Premier ministre de tenter de rejeter la faute sur Kakhol lavan puisqu’il ferait tout pour conduire à un troisième scrutin.

De façon prévisible, c’est ce que Netanyahu vient juste de faire, déclarant dans un communiqué réagissant au rejet de son rival qu’il était « surpris et déçu que Benny Gantz refuse toujours de répondre à mon appel à l’heure actuelle… L’État d’Israël a besoin d’un gouvernement d’union aussi vaste que possible — pas de nouvelles élections et certainement pas d’un gouvernement qui repose sur des partis anti-sionistes. Gantz, j’ai suggéré que l’on se rencontre. C’est ce que la population attend de nous ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...