Netanyahu, « une sorte de Jules César, dont personne ne veut être le Brutus » ?
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Démission, élections, statu quo...

Netanyahu, « une sorte de Jules César, dont personne ne veut être le Brutus » ?

"Sur le plan moral, le public se prononcera dans les urnes. Mais sur le plan légal, tant qu'il n'y a pas d'inculpation, nous restons au gouvernement", a commenté Naftali Bennett

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préside la réunion de son cabinet à Jérusalem, le 25 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO / GALI TIBBON)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu préside la réunion de son cabinet à Jérusalem, le 25 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO / GALI TIBBON)

Démission retentissante, élections anticipées, statu quo pesant… : les scénarios possibles de la crise politique causée par les enquêtes de police qui se multiplient contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et ses proches.

Le contexte

L’incontournable Premier ministre est confronté à au moins six enquêtes de police le concernant directement ou indirectement.

La police a recommandé le 13 février son inculpation pour corruption dans deux dossiers. Des très proches sont mis en cause.

Les investigations mettent en question l’avenir de son long règne – près de 12 ans au pouvoir en tout – et celui de son gouvernement qui repose sur une coalition de droite, du centre, de nationalistes religieux et laïcs et d’ultra-orthodoxes.

Un statu quo prolongé : le plus plausible

Les partenaires de la coalition semblent avoir fait le choix pour le moment d’attendre une éventuelle inculpation de Netanyahu.

« Sur le plan moral, le public se prononcera dans les urnes. Mais sur le plan légal, tant qu’il n’y a pas d’inculpation, nous restons au gouvernement », a dit jeudi à la radio le ministre Naftali Bennett, chef de file nationaliste religieux. Même discours de la part du chef centriste Moshe Kahlon.

Naftali Bennett, ministre de l’Éducation, à gauche, Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, au centre, et Moshe Kahlon, ministre des Finances, durant un vote à la Knesset le 21 décembre 2016.
(Yonatan Sindel/Flash90)

Comme d’autres, Kahlon n’a aucun intérêt à de nouvelles élections qui menaceraient de laisser son parti en piteux état.

« La coalition est suspendue aux sondages et aucun parti ne remporte plus de voix que le Likoud » de Netanyahu, dit Denis Charbit, professeur de sciences politiques.

Le procureur général n’est pas lié par les préconisations de la police et l’expérience montre qu’une décision d’inculpation peut prendre des mois. Même inculpé, M. Netanyahu ne serait pas forcé légalement de se retirer.

Elections anticipées : improbable classique

L’actuelle législature est censée s’achever en novembre 2019. Dans un contexte d’instabilité chronique, aucune mandature n’est allée à son terme depuis des décennies. Le leader du parti travailliste (opposition) Avi Gabbay a demandé aux siens de se préparer à reprendre le chemin des urnes.

Avi Gabbay, alors ministre de l’Environnement, en août 2015. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Netanyahu lui-même a provoqué des législatives anticipées en 2015. Mais il ne devrait être tenté de renouveler le pari qui lui avait réussi contre les pronostics en 2015, que s’il sent pouvoir s’imposer comme encore plus indispensable et en se posant en victime d’une chasse aux sorcières, dit Avraham Diskin, professeur de sciences politiques.

Un message posté sur Facebook par Netanyahu résonne comme un avertissement à la majorité et à l’opposition : il s’y empare d’un sondage réalisé dans des conditions obscures mais indiquant que son parti sortirait encore renforcé d’éventuelles élections.

La démission

Son prédécesseur Ehud Olmert y avait été poussé en 2008 avant d’être inculpé pour corruption. Mais Olmert était bien plus fragilisé politiquement que ne l’est Netanyahu actuellement, soulignent les experts.

« Il a le vent en poupe malgré les affaires, donc il ne se retirera sûrement pas de son plein gré », estime Charbit.

En revanche, s’il est inculpé, « il démissionnera sûrement, bien que la loi ne l’y oblige pas », dit Yoram Dinstein, spécialiste de droit israélien.

L’ancien premier ministre Ehud Olmert à la Cour suprême de Jérusalem le 29 décembre 2015. (Photo par Emil Salman/POOL)

Selon la loi, en cas de démission du Premier ministre, le président peut charger quelqu’un d’autre de former un nouveau gouvernement s’il est soutenu par une majorité de députés, sans provoquer de nouvelles élections, explique Dinstein. Faute de majorité, de nouvelles élections sont convoquées.

Netanyahu se met à l’écart

Légalement, Netanyahu pourrait se mettre en disponibilité pendant 90 jours, le temps de régler ses affaires, sans démissionner.

« Aucun des potentiels candidats à sa succession au Likud ne va se risquer à se présenter contre lui en ce moment », estime Charbit.

« Il a réussi à apparaître comme irremplaçable, une sorte de Jules César, dont personne ne veut être le Brutus », dit l’universitaire.

« Les chances qu’il décide de se retirer sont quasiment nulles », abonde Dinstein.

« Je continue et continuerai à diriger l’Etat d’Israël avec responsabilité, mesure et dévouement », a écrit Netanyahu jeudi sur Facebook.

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