« Nous mangeons quotidiennement du poulet », dit Sara Netanyahu aux enquêteurs
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"Nous ne demandons pas de plats pour un duc ou une duchesse"

« Nous mangeons quotidiennement du poulet », dit Sara Netanyahu aux enquêteurs

Selon des informations qui auraient fuité de son témoignage, l'épouse du Premier ministre a nié toute malversation et déclaré qu'elle dirigeait un "régime d'austérité"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et sa femme Sara, reçoivent le président américain Donald Trump et sa femme Melania le 22 mai 2017, à la Résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et sa femme Sara, reçoivent le président américain Donald Trump et sa femme Melania le 22 mai 2017, à la Résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

L’épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Sara, a nié les allégations qui ont mené à sa mise en examen pour le détournement de plus de 100 000 dollars de fonds publics, dépensés pour acheter des produits gastronomiques. Elle aurait déclaré à la police que la résidence du Premier ministre faisait fonctionner un « régime d’austérité » et que le couple mange « quotidiennement du schnitzel » (ndlr : escalopes de poulet panées, traditionnelles dans la culture populaire israélienne).

Sara Netanyahu a été inculpée la semaine dernière aux côtés d’Ezra Saidoff, ancien directeur-général adjoint du Bureau du Premier ministre, pour tromperie et abus de confiance. Tous deux sont accusés d’avoir frauduleusement dépensé la somme de 359 000 shekels en repas gastronomiques au détriment de l’Etat entre 2010 et 2013.

Dans des retranscriptions du témoignage qu’a apporté Sara Netanyahu devant la police au cours de son interrogatoire et qui ont été diffusées vendredi par la Dixième chaîne, elle a affirmé aux enquêteurs que les responsables soumettaient sa famille à une différence de traitement en comparaison avec les précédents Premiers ministres israéliens et que certaines infractions possibles avaient pu survenir parce qu’elle ignorait les changements de procédure effectués dans le but d’ôter certains avantages aux Netanyahu, notamment en ce qui concernait l’embauche de serveurs.

« Je ne savais pas que les règles avaient changé », a-t-elle dit aux enquêteurs, selon le reportage. « Vous nous discriminez », a-t-elle ajouté. « Celui qui a voulu procéder à ce changement à l’ère Netanyahu de façon à ce qu’il y ait plus de serveurs l’a fait avec de mauvaises intentions, et c’est un effort délibéré qui vise à écraser le Premier ministre Netanyahu en utilisant ses propres employés ».

« Tout ce qu’on m’avait dit, c’est que les anciens Premiers ministres en avaient [des serveurs] et qu’on en aurait aussi », a-t-elle dit.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et son épouse Sara Netanyahu organisent un dîner pour le Premier ministre japonais Shinzo Abe et son épouse Akie, à la résidence du Premier ministre à Jérusalem le 2 mai 2018. (Kobi Gideon / GPO)

Elle a clamé que lorsqu’Ehud Olmert était Premier ministre, la résidence officielle de Jérusalem faisait appel à des serveurs pour les événements de travail deux ou trois fois par mois, mais que son mari « ne se reçoit jamais le vendredi soir ».

« Au dîner, il y a lui, ses fils et son épouse », a-t-elle clamé.

Sara a expliqué que c’était Menny Naftali — ancien gestionnaire de la résidence du Premier ministre qui, l’année dernière, a remporté le procès qu’il lui avait intenté pour violences verbales et psychologiques – qui avait frauduleusement commandé les repas et elle a ajouté qu’elle avait mis en oeuvre un « régime d’austérité » à la résidence officielle depuis son départ.

« Depuis Menny, j’ai dit qu’il fallait que nous réduisions les dépenses », a-t-elle précisé. « Aujourd’hui, notre foyer fonctionne sous un régime d’austérité. Je n’aimais pas les gaspillages de Menny. Je suis une personne très modeste et je n’aime pas gaspiller. Nous ne jetons pas la nourriture chez nous… Et ainsi, j’ai demandé que l’on passe moins de commandes à l’extérieur ».

Lorsque l’enquêteur a demandé à Sara pourquoi elle avait commandé tant de repas, l’épouse du Premier ministre a nié l’avoir fait et elle a précisé que le mode de vie familial n’était pas extravagant.

« Chez nous, nous mangeons quotidiennement du schnitzel. Je mange avec simplicité et ma maison est modeste. Il n’y a pas de fantaisies à la résidence du Premier ministre », a-t-elle dit.

« On m’a donné l’image d’une duchesse, mais c’est un mensonge. Le Premier ministre et son épouse ne demandent pas de plats dignes d’un duc ou d’une duchesse ».

Le Prince William rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara à la résidence du Premier ministre à Jérusalem le 26 juin 2018. (Crédit : AFP / Pool / Thomas Coex)

Toutefois, elle a noté qu’elle ne voyait aucune raison que le personnel mis à sa disposition ne cuisine que des « ptitim » (couscous israélien). « Voyez-vous une raison ou une autre justifiant qu’on me prépare des ptitim quand j’ai demandé du poisson ? », a-t-elle interrogé. « Qu’ai-je fait pour mériter des ptitim ? », a-t-elle ajouté.

Interrogée par l’enquêteur sur son usage présumé des fonds publics pour commander des centaines de repas gastronomiques à des chefs célèbres en affirmant, à tort, qu’il n’y avait pas de cuisiniers dans son personnel, Sara aurait répondu qu’elle était « une personne qui ne fait que… ce qui est autorisé et légal, et ce qu’on m’a indiqué comme tel ».

Dans l’acte d’inculpation, elle et Saidoff sont accusés d’avoir enfreint des lois interdisant les commandes de repas préparés passées à l’extérieur lorsqu’un chef est d’ores et déjà employé à la résidence du Premier ministre.

Ezra Saidoff, directeur adjoint des opérations au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 10 mai 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon l’acte d’accusation, Netanyahu aurait affirmé de manière mensongère qu’il n’y avait pas de cuisinier disponible à la résidence de Jérusalem afin de justifier l’achat de repas à des restaurants.

Les accusations contre Saidoff sont plus sévères dans la mesure où il est également accusé d’avoir embauché de manière illicite des chefs et des serveurs pour des dîners privés au domicile de Netanyahu. Il aurait également falsifié des factures pour de telles activités pour les faire approuver.

La mise en examen porte également sur l’embauche d’un électricien, une embauche qui avait été initialement annulée par le bureau du Premier ministre en raison des liens proches entretenus entre cet homme et la famille Netanyahu.

Le Premier ministre a critiqué les accusations contre son épouse, qu’il a qualifié d’ « absurde« .

Les avocats de Sara Netanyahu ont également démenti toute malversation de sa part.

« Il n’y a eu ni fraude, ni abus de confiance, ni acceptation de pots de vins, ou quelque délit que ce soit. L’épouse du Premier ministre, qui n’est pas fonctionnaire, ne connaît pas les procédures à suivre et elle est passée au détecteur de mensonges lorsqu’elle a été interrogée à ce sujet », ont-ils dit.

« Non seulement l’acte d’inculpation est basé sur de fausses accusations », ont-ils ajouté, « mais il se base entièrement sur des procédures invalides et illégales qui s’appliquent spécifiquement au Premier ministre Netanyahu et à lui seul ».

La décision de l’ouverture de l’enquête contre Sara Netanyahu est survenue suite à une recommandation du procureur de l’Etat, après la publication d’un rapport établi en 2015 par le contrôleur de l’Etat Yosef Shapira qui faisait le détail de dépenses luxueuses à la résidence officielle de Jérusalem ainsi que dans la propriété de Césarée du couple Netanhyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et son épouse, Sara, accueillent le président polonais Andrzej Duda et sa femme, Agata Kornhauser, à la résidence du président à Jérusalem, le 18 janvier 2017 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Selon les réglementations de l’Etat en vigueur, les repas, à la résidence du Premier ministre, ne doivent concerner que les Premiers ministres et leurs familles immédiates, au quotidien. Lorsqu’il n’y a pas de cuisinier, la famille du Premier ministre est autorisée à commander des repas à l’extérieur au coût maximum de 200 shekels hors taxes par personne. L’Etat est autorisé à régler les factures d’invités privés du Premier ministre ou de son conjoint, dans la mesure où elles ne portent pas sur un événement familial ou social de plus de 20 personnes.

Un projet d’acte d’inculpation, qui avait fuité l’année dernière, aurait détaillé la dépense mensuelle illégale de 25 000 shekels de la part de l’épouse du Premier ministre pour des repas commandés dans les meilleurs restaurants de Jérusalem. Il évoquait également 15 occasions où Sara Netanyahu avait commandé des plats à des chefs extérieurs, notamment à Shalom Kadosh et à Lior Hafzadi.

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