Nouvelles sanctions américaines et reprise des activités de l’usine de Fordo
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Nouvelles sanctions américaines et reprise des activités de l’usine de Fordo

Les sanctions visent neuf personnes, dont un haut-commandant du Corps des Gardiens de la Révolution ; Inquiétude de Moscou

Le Département du Trésor américain (Crédit : Florian Hirzinger/CC BY-SA/WIkimedia commons)
Le Département du Trésor américain (Crédit : Florian Hirzinger/CC BY-SA/WIkimedia commons)

Les Etats-Unis ont annoncé lundi de nouvelles sanctions contre des commandants et des fonctionnaires, à l’occasion du 40e anniversaire de la prise d’otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran qui a marqué le début de 444 jours de crise.

Les sanctions, annoncées sur le site de Département du Trésor américain, visent neuf personnes, dont un haut-commandant du Corps des Gardiens de la Révolution, Mohammad Bagher ; le chef du système judiciaire, Ebrahim Rais ; Ali Akbar Velayati, un haut-conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Les sanctions s’appliquent également au personnel général des forces armées iraniennes.

L’Iran a annoncé mardi vouloir reprendre ses activités d’enrichissement d’uranium dans son usine de Fordo (à quelque 180 km au sud de Téhéran), gelées conformément à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien adopté en 2015.

« A partir de demain, nous commencerons à injecter du gaz (hexafluorure d’uranium) à Fordo », avait déclaré Hassan Rouhani, en faisant référence au procédé utilisé pour produire de l’uranium enrichi en isotope 235 à partir de ces machines. Rouhani a précisé que les centrifugeuses de Fordo resteraient sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), comme le reste des activités nucléaires de l’Iran, soumis au régime d’inspection le plus strict jamais mis en place par cet organe de l’ONU.

Il s’agit de la quatrième étape dans la réduction des engagements iraniens en riposte au retrait des Etats-Unis, un an plus tôt, de l’accord de Vienne.

« Notre soutien (à l’accord de Vienne) dépend du plein respect de ses engagements par l’Iran », a déclaré lundi la porte-parole de Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie de l’Union européenne. « Nous sommes très préoccupés par l’annonce du président Hassan Rohani qui revient sur les engagements pris par Téhéran. Nous exhortons l’Iran à ne pas prendre de nouvelles mesures qui mineraient davantage l’accord sur le nucléaire qui devient de plus en plus difficile à défendre », a déclaré Maja Kocijancic, la porte-parole de Federica Mogherini.

« L’Union européenne fondera son évaluation sur la base du rapport de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), seule instance habilitée à vérifier le respect de ses engagements par l’Iran », a annoncé Maja Kocijancic.

« Mais Mme Mogherini a averti qu’il devenait de plus en plus difficile de défendre et de préserver l’accord », a-t-elle souligné.

« Nous avons dit très clairement que notre volonté de mettre en oeuvre notre engagement dépend du respect de ses engagements par l’Iran », a-t-elle rappelé.

« Nous continuons d’exhorter l’Iran à inverser sans tarder les mesures prises en contravention de ses engagements et à s’abstenir de toute autre mesure susceptible de compromettre l’accord », a ajouté la porte-parole.

La « quatrième étape, comme les trois premières, est réversible », a assuré Rouhani mardi.

Et Téhéran reste engagée dans « les négociations en coulisse que nous avons avec certains pays » en vue de trouver une solution, a encore déclaré le président, en faisant allusion aux efforts diplomatiques engagés par la France pour tenter de sortir de l’impasse sur la question nucléaire iranienne.

Mais « le monde doit savoir que la grande nation d’Iran est résistante : elle résiste et elle négocie en même temps », a-t-il dit.

« Nous maintenons ouverte la voie de la négociation » et, « dans les deux mois qui viennent, nous négocierons encore » a ajouté le président, disant espérer une solution permettant à l’Iran de « vendre facilement (son) pétrole » et d’accéder au système financier international.

Dans ce cas, « nous (…) reviendrons complètement à la situation précédente », a-t-il assuré.

Au cours des trois premières étapes de sa riposte au retrait américain de l’accord de Vienne, l’Iran a commencé à produire de l’uranium enrichi à un taux supérieur à la limite de 3,67% prévue par ce texte, s’est affranchi de la limite de 300 kilos que celui-ci impose à ses stocks d’uranium faiblement enrichi, et a mis en production des centrifugeuses avancées.

Lundi, la République islamique a indiqué avoir nettement accéléré son rythme de production d’uranium faiblement enrichi au cours de deux derniers mois, et obtenir désormais 5 kg par jour de cette matière.

Téhéran se limite à ce stade à produire de l’uranium enrichi à 4,5% maximum, très loin des 90% nécessaire pour une utilisation militaire.

La Russie s’est dite « préoccupée » après l’annonce par l’Iran de la reprise d’activités d’enrichissement d’uranium gelées jusqu’alors, une nouvelle réduction des engagements pris par Téhéran devant la communauté internationale concernant son programme nucléaire.

« Nous observons avec préoccupation le développement de la situation car la rupture de l’accord sur le nucléaire iranien ne présage, bien sûr, rien de bon », a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

M. Peskov a néanmoins dit « comprendre les inquiétudes » iraniennes face aux sanctions américaines « sans précédent et illégales » prises à l’encontre de Téhéran.

« Nous restons engagés en faveur du JCPoA (l’accord de 2015) et exhortons l’Iran à revenir sur ses décisions contraires à l’accord », a déclaré de son côté la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

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