Rechercher

Nouvelles tensions diplomatiques entre Israël et la Pologne

Selon Varsovie, l'ambassadeur israélien refuse le dialogue sur la question des voyages des jeunes Israéliens sur les sites de la Shoah et insinue que la Pologne s’y opposerait

L’ambassadeur d’Israël en Pologne, Yacov Livne, rend hommage au Soldat inconnu à Varsovie, le 12 juillet 2022. (Courtoisie)
L’ambassadeur d’Israël en Pologne, Yacov Livne, rend hommage au Soldat inconnu à Varsovie, le 12 juillet 2022. (Courtoisie)

Le ministère polonais des Affaires étrangères doit convoquer sous peu l’ambassadeur d’Israël en Pologne pour obtenir des éclaircissements sur les propos tenus par ce dernier au sujet des pèlerinages effectués par les jeunes Israéliens sur des sites emblématiques de la Shoah en Pologne.

Ces voyages ont en effet été interrompus à la défaveur d’un conflit diplomatique entre les deux pays.

Le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Pawel Jablonski, a indiqué vendredi que l’ambassadeur d’Israël à Varsovie, Yacov Livne, « induit en erreur la communauté internationale sur les raisons qui justifient l’interruption de ces voyages » et il lui a reproché son refus de s’entretenir avec les autorités polonaises.

Livne avait déclaré jeudi, à l’occasion de la commémoration du 79e anniversaire du soulèvement du camp de la mort de Sobibor, en Pologne, que les jeunes Israéliens « ne pouvaient plus » se rendre sur ces lieux de mémoire du génocide juif « en raison des décisions qui ont été prises par le ministère polonais des Affaires étrangères ».

Il avait ajouté qu’Israël ne comprenait pas le positionnement de la Pologne et que la question devait être impérativement réglée.

Chaque année, des milliers de jeunes Israéliens prenaient habituellement part à ces voyages éducatifs.

Des voyages avaient été naturellement suspendus pendant la pandémie. Au mois de juin dernier, Israël avait fait savoir qu’ils ne reprendraient pas suite aux pressions exercées par le gouvernement de droite polonais, qui voulait contrôler le programme des déplacements.

Les autorités polonaises ont pu se plaindre de « l’image négative » donnée de la Pologne aux jeunes Israéliens – ce qui est prouvé, selon elles, par la présence de gardes armés aux côtés des groupes de jeunes visiteurs, par les déplacements concentrés sur le sites de la Shoah et par l’absence de contacts avec la jeunesse polonaise.

Le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Pawel Jablonski, à Varsovie, en Pologne, le 8 septembre 2020. (Crédit : Czarek Sokolowski/AP)

Jablonski a ajouté que Livne serait convoqué lundi.

La chaîne publique Kan a indiqué que la réunion de clarification serait reportée à mercredi pour tenir compte de la fête juive de Simchat Torah, qui sera célébrée lundi.

« Je regrette que l’ambassadeur [Yacov Livne] préfère communiquer avec [le ministère polonais des Affaires étrangères] via les médias ou en faisant des déclarations publiques », a déclaré Jablonski sur Twitter.

Il a ajouté que le différend entre les deux pays portait sur une demande soumise par Israël, qui a réclamé que les groupes de jeunes Israéliens soient constamment placés sous la protection de gardes.

« Les règles de sécurité devraient être les mêmes que dans d’autres pays comparables, c’est-à-dire qu’il ne devrait pas y avoir besoin d’une protection armée. La Pologne ne doit pas être traitée différemment des autres », a expliqué Jablonski.

Au mois d’août, le gouvernement polonais avait indiqué avoir proposé une reprise des voyages suivant de nouvelles modalités – une proposition à laquelle Israël n’aurait pas répondu.

Le ministère de l’Éducation a ajouté que le programme ne serait sans doute pas renouvelé dans un proche avenir.

Une étudiante israélienne lors de la Marche des Vivants, à Auschwitz, en 2011. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

La Pologne avait été envahie et occupée par l’Allemagne hitlérienne en 1939. Le gouvernement polonais ne devait jamais collaborer avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les membres de la résistance polonaise et du gouvernement en exil avaient, au contraire, tenté de faire comprendre au reste du monde ce qui se profilait, et notamment le massacre des Juifs.

Des milliers de Polonais avaient risqué leur vie pour aider des Juifs.

Toutefois, des chercheurs spécialisés dans la Shoah ont établi que, dans certains villages, des Polonais avaient fait chanter et extorqué de l’argent à des Juifs qui tentaient de fuir le nazisme, lorsqu’ils ne les avaient pas tués de leurs propres mains.

Six millions de Juifs, parmi lesquels la quasi-totalité des 3 millions de Juifs que comptait la Pologne au moment de la guerre, ont été tués par les nazis et leurs complices dans la Shoah.

Les principaux camps de la mort nazis se trouvaient en Pologne.

Ces découvertes historiques constituent une source de grande tension entre Israël et la Pologne.

Jusqu’à très récemment, les jeunes Israéliens se rendaient en Pologne en été, entre la classe de Première et celle de Terminale, pour se sensibiliser à la Shoah en découvrant la réalité des ex-camps nazis et pour rendre hommage à la mémoire des disparus.

Ces voyages constituaient un moment éducatif fort et, avant la pandémie de COVID-19, quelque 40 000 étudiants israéliens y prenaient part chaque année.

Quelque 7 000 personnes auraient souhaité pouvoir effectuer le déplacement l’été dernier, selon le ministère de l’Éducation.

Des organes de presse ont contribué la rédaction de cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...